18ème Dimanche du Temps Ordinaire - 1er août 2021

Jn 6, 24-35

 

Le choix de notre vie est simple : il est d’être des adorateurs ou des consommateurs. Ces termes s’emploient au pluriel parce que ce choix nous ne le faisons pas tout seuls, ni même une fois pour toutes : il est de tous les jours et il dépend pour une large part des personnes avec qui nous vivons.
Adorateurs ou consommateurs font partie de ces termes qui n’ont de sens qu’au pluriel. Dans la Bible le meilleur exemple est ‘les pauvres’. Heureux les pauvres de cœur, dit Jésus, ceux qui ont suffisamment de liberté intérieure, de liberté à l’égard des questions matérielles pour adorer Dieu, le louer, le révérer et le servir, suivant la formule de saint Ignace de Loyola qu’il est bon de citer au lendemain de sa fête, en cette année qui lui est dédiée pour le 400ème anniversaire de sa canonisation et le 500ème anniversaire de sa conversion

Louer, révérer et servir Dieu. Louer et servir, nous comprenons. Révérer fait le lien entre les deux qui signifie traiter avec le plus grand respect, craindre au sens biblique (la crainte de Dieu), placer au-dessus de tout : à Lui tout honneur et toute gloire.

“L’homme est créé pour louer, révérer et servir Dieu notre Seigneur et par là sauver son âme”.

Ce texte de saint Ignace, ‘Principe et fondement’ (au paragraphe 23 des Exercices spirituels), est un parfait éclairage de l’évangile que nous venons d’entendre sur le travail de l’homme : Travaillez, dit Jésus, non pour consommer et assouvir vos envies, ni pour accumuler des biens voués à disparaître, mais pour ce qui fait grandir dans l’amour et participer à la construction de ce Corps dont le Christ est la pierre angulaire

Adorateurs ou consommateurs, que choisir ?

Nous regardons avec étonnement les victimes d’addictions qui se multiplient, addictions que nous qualifions de pathologiques, nécessitant une aide médicale, en oubliant que la pire des addictions, la plus sournoise sont les biens matériels, l’argent, la propriété, le confort.

Cet esclavage est récent : les plus âgés d’entre nous, qui avaient douze ou quinze ans en 40 et ont vécu l’Exode, ont tout quitté en quelques heures avec une petite valise, laissant tous leurs biens, mais ils savaient par force la fragilité de l’existence. Il faut aller en Afrique ou d’autres pays du monde pour retrouver cette lucidité de l’homme sur la précarité et l’illusion des sécurités matérielles.

Heureux les pauvres de cœur car ils ne mettent pas leur confiance dans les biens matériels.

Les personnes les plus sages que j’ai rencontrées ont connu ces deux états : la richesse et la pauvreté, qu’il vaut mieux vivre dans ce sens-là, la sécurité dans l’enfance puis la privation, pour nous rendre à nous-mêmes et à Dieu.

Jésus a commencé à nourrir les foules, parce que c’était l’urgence, et encore, après leur avoir parlé longtemps, la Lettre aux Hébreux le dit magnifiquement : après leur avoir parlé à bien des reprises et de bien des manières, à nos pères et par les prophètes, à la fin, en ces jours qui sont les derniers, Dieu nous parle par son Fils héritier de toutes choses et par qui il a tout créé, puisqu’il est Dieu lui-même.

Cette séquence est celle de nos messes : Dieu nous parle, Il nous nourrit de sa Parole, et nous passons du rappel de sa vie vécue parmi nous et donnée jusqu’au bout, au mémorial de son sacrifice, au Jour qu’il fut livré, nous donnant son corps immolé et glorifié pour que nous vivions toujours avec lui, et ce toujours s’appelle adorer.

L’excellence de l’Eucharistie, ainsi que l’a rappelé le Concile de Trente en sa XIIIème session (1551), est de rendre présent l’Auteur de la Sainteté en personne : « Toi qui es vraiment saint, toi qui es la source de toute sainteté ». Les autres sacrements n’ont leur vertu sanctifiante que lorsqu’on les reçoit. Le Concile de Trente, dans son décret sur l’Eucharistie, dit que ce n’est pas parce qu’il a été institué par le Christ comme nourriture qu’on doit moins l’adorer

Quelle différence entre adorer et consommer ?

C’est la différence d’attention entre le désir de l’âme et le désir du corps. Dieu seul peut combler le premier. La vie animale s’arrête au second : une sorte de ‘plafond de terre’. Les Béatitudes de l’évangile de saint Luc nous mettent en garde : Malheur à vous, les riches, qui avez votre consolation. Quel malheur pour vous qui êtes repus (Lc 6, 25), satisfaits de peu, en fait de rien, car votre âme en vérité a faim de justice et d’amour.

A tous ceux qui s’inquiètent de quoi demain sera fait, qui souffrent de ne pas avoir ce qu’ont les autres autour d’eux, sont données ces paroles du Psaume :
« Ne t’indigne pas à la vue des méchants, n’envie pas les gens malhonnêtes ;
aussi vite que l’herbe, ils se fanent ; comme la verdure, ils se flétrissent.
Fais confiance au Seigneur, agis bien, habite la terre et reste fidèle ;
mets ta joie dans le Seigneur : il comblera les désirs de ton cœur » (Ps 36, 1-4)

On peut aussi reprendre ce chant dont le refrain dit : « Plus près de toi mon Dieu j’aimerais reposer : c’est toi qui m’as créé. Et tu m’as fait pour toi, mon cœur est sans repos tant qu’il ne demeure en toi ». La première phrase du premier couplet résume en effet le dilemme de notre vie : Qui pourra combler les désirs de mon cœur, répondre à ma demande d’un amour parfait ?

Adorateurs ou consommateurs ?
Posons-nous la question :
Qui comblera les désirs de mon cœur ?

Qui, sinon toi, Seigneur, Dieu de toute bonté, Toi l’Amour absolu de toute éternité.

***

Principe et fondement (Exercices spirituels de saint Ignace de Loyola) :

“L’homme est créé pour louer, révérer et servir Dieu notre Seigneur et par là sauver son âme, et les autres choses sur la face de la terre sont créées pour l’homme, et pour l’aider dans la poursuite de la fin pour laquelle il est créé. D’où il suit que l’homme doit user de ces choses dans la mesure où elles l’aident pour sa fin et qu’il doit s’en dégager dans la mesure où elles sont, pour lui un obstacle à cette fin. Pour cela il est nécessaire de nous rendre indifférents à toutes les choses créées, en tout ce qui est laissé à la liberté de notre libre-arbitre et qui ne lui est pas défendu ; de telle manière que nous ne voulions pas, pour notre part, davantage la santé que la maladie, la richesse que la pauvreté, l’honneur que le déshonneur, une vie longue qu’une vie courte et ainsi de suite pour tout le reste, mais que nous désirions et choisissions uniquement ce qui nous conduit davantage à la fin pour laquelle nous sommes créés”.

Père Christian Lancrey-Javal, curé

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