Ignorer le dimanche, c’est ignorer le Christ

26ème dimanche du temps ordinaire - 25 septembre 2022

Lc 16, 19-31

 

Quel beau parcours nous venons de faire en ce mois de septembre avec les évangiles de ces quatre dimanches, des chapitres 14 à 16 de l’évangile de saint Luc, quatre paraboles, quatre tableaux des quatre vertus cardinales, c’est même une bonne façon de les retenir, de s’en souvenir : la prudence au 1er dimanche avec l’histoire de ces deux hommes qui voulaient construire une tour ou partir en guerre : il fallait qu’ils commencent par s’asseoir et réfléchir. Il y a eu ensuite la force, la force de la miséricorde et du pardon du père pour son fils prodigue. La justice, dimanche dernier, était bien malmenée dans l’éloge de l’intendant malhonnête, moins que la tempérance aujourd’hui dans cette parabole du mauvais riche et du pauvre Lazare.

La prudence : le devoir de s’asseoir. La force pour demander pardon autant que pour pardonner. La justice de Dieu n’est pas celle des hommes. La tempérance des riches par égard pour les pauvres

La tempérance consiste à se fixer des limites que nous envisageons spontanément dans le domaine alimentaire plus que vestimentaire, en dépit du contraste saisissant entre le riche vêtu de pourpre et de lin fin et le pauvre couvert d’ulcères. Nos vêtements : que se passerait-il si nous cessions d’en avoir autant, d’en acheter, d’en offrir, d’en jeter, d’en remplir nos armoires et appartements ? ‘Mon père, quand est-ce que vous faites les journées d’amitié ? J’ai tellement de vêtements à donner …’. Je n’ose répondre : ‘remettez-les’, ce serait plus écolo, moins rigolo

La tempérance consiste à se fixer des limites, car toute créature se définit par ses limites, comme un fleuve par ses rives sans quoi il devient marécage, et ces limites latérales le canalisent et lui permettent d’arriver jusqu’à la mer, pour nous de nous jeter dans l’océan de l’amour de Dieu.

Nous trouvons notre identité dans les limites que nous nous donnons. Nous en avons reçu un certain nombre de nos parents : c’est le rôle de l’éducation, de la loi, et de l’école, n’en déplaise aux maîtres et aux maîtresses d’école et aux enseignants qui ne veulent plus ‘faire de discipline’, alors qu’il leur revient comme à chacun de nous de rappeler, d’assumer et d’abord d’observer les limites fixées par l’usage, la société, la vie en commun.

C’est aussi le rôle de l’Eglise de rappeler ces limites, la limite frontale de notre finitude terrestre, car c’est le sujet de cette parabole : riche ou pauvre, toute vie doit finir. « Aussi cher qu’il puisse payer, toute vie doit finir » (Ps 48, 9). Les limites latérales de la vie en société, la justice sociale, ou encore les limites inhérentes à nos caractères, par la force de la maîtrise de soi. Enfin les limites fixées par la raison, suivant la vertu de prudence. Vous voyez comme ces quatre vertus délimitent notre champ d’action : la prudence, la force, la justice, la tempérance

Reste à savoir comment les intérioriser, les vivre positivement, non comme des injonctions mais comme la condition intérieure de notre épanouissement

La parabole y répond : nous avons Moïse et les prophètes, l’Ancien Testament, nécessaire à notre Salut. On ne peut pas connaître Dieu, « parvenir à la connaissance de la vérité » (1 Tim 2, 5) sans connaître l’Ancien et le Nouveau Testament.

« Ignorer les Ecritures, c’est ignorer le Christ » : la parole est de saint Jérôme, que nous fêterons vendredi, resté dans l’histoire comme un homme excessif, ce qui ne veut pas dire intempérant, représenté vêtu de rouge et non pas de pourpre, d’une maigreur ascétique, auprès d’un lion rugissant et d’un crâne angoissant.
« Ignorer les Ecritures, c’est ignorer le Christ ». Cette parole s’applique à l’Ancien Testament, à la façon dont la Loi a été donnée après la sortie d’Egypte, sortir d’abord de l’esclavage, à la façon dont les prophètes ont été envoyés tout au long de l’histoire pour rappeler le peuple à l’Alliance, revenir sans cesse aux fondamentaux

Le premier de ces fondamentaux, le premier signe du sacré est la sanctification du temps : le jeûne ou au moins l’abstinence le vendredi, le repos et la messe le dimanche. Qui sait si la plus grande faute de ce pauvre riche n’était pas de faire « chaque jour un festin somptueux », de ne pas s’être arrêté chaque semaine pour entendre et voir, entendre le cri des pauvres, voir la détresse de nos frères. Entendre l’appel du Seigneur, voir jusqu’où va son amour pour nous, sur la Croix et en chacun de nos frères.

Dans les vertus cardinales, nous avons quatre raisons de nous arrêter chaque semaine pour venir à la messe chaque dimanche :
Par prudence, en vue de notre rencontre de Dieu. On dit souvent de nos contemporains qu’ils vivent comme si Dieu n’existait pas. N’est-ce pas plutôt comme s’ils n’allaient jamais mourir ?
Pour recevoir la force : la consolation, l’espérance, le pardon.
Par amour de la justice. Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice, Dieu peut les rassasier.
Pour apprendre la tempérance, les limites à ne pas dépasser.

La prudence, la force, la justice, la tempérance.

Ignorer le dimanche, la messe du dimanche, c’est ignorer le Christ.

Père Christian Lancrey-Javal, curé

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