Le sens du service chrétien

11ème dimanche du temps ordinaire - 16 juin 2024

Mc 4, 26-34

 

A l’église, l’autel représente le Christ, et le premier geste du prêtre au début de la messe est d’y déposer un baiser, comme sur le Livre de la Parole après la lecture de l’évangile. L’autel est revêtu d’une nappe blanche, deux cierges y symbolisent les deux commandements de l’amour de Dieu et du prochain. C’est aux 8ème et 9ème siècles que s’est répandu l’usage d’un devant-d’autel, antependium en latin (‘qui pend devant’), de soie ou de drap d’or, brodé, parfois en cuir ou en bois, en bas-relief ou en émaux, qui en principe couvre sa face en totalité.
Nous y avons remis en ce mois de Juin du Saint-Sacrement cette représentation du lavement des pieds :

« Si moi, le Seigneur et le Maître, dit Jésus, je vous ai lavé les pieds, vous aussi, vous devez vous laver les pieds les uns aux autres. C’est un exemple que je vous ai donné afin que vous fassiez, vous aussi, comme j’ai fait pour vous » (Jn 13, 15).

En agissant ainsi le Christ n’a pas seulement institué la messe comme sacrifice de soi, il a aussi élevé le service en loi fondamentale, en style et modèle de vie pour nos relations les uns aux autres, disait le Père Cantalamessa, le prédicateur de la maison pontificale, au Carême de 2022.

Il faisait remarquer que le service en soi n’est pas une vertu : on ne trouve le mot grec (si vilain en français) de ‘diaconie’ dans aucune liste de vertus ou fruits de l’Esprit-Saint dans le Nouveau Testament. On peut en effet être au service d’une mauvaise cause, de mauvais intérêts ou de mauvaises personnes : servir n’a pas de valeur en soi, et il importe donc de savoir ce qui le rend chrétien, ou simplement humain. Digne.

D’abord il doit pouvoir s’exercer librement. Ce n’est pas contre son gré que Jésus a lavé les pieds de ses disciples mais parce qu’Il est Dieu et Dieu est Amour. Que la notion d’obéissance se soit aujourd’hui estompée est un moindre mal qu’on ne le dit : le service chrétien est porté par l’amour, bien plus que par l’obéissance.

C’est pourquoi il s’exerce en priorité auprès des pauvres et des petits, de ceux qui ne peuvent pas nous y obliger, ni même parfois nous rémunérer : le service chrétien se fait librement et gratuitement, généreusement. « Vous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement » (Mt 10, 8). C’est le sens de la parabole que Jésus donne dans l’évangile de l’arbre aux longues branches « si bien que les oiseaux du ciel peuvent faire leur nid à son ombre » (Mc 4, 32) : cet accueil est généreux.

L’hymne à la charité de saint Paul est une synthèse du service chrétien : l’amour prend patience, l’amour rend service. Il rend service sans attendre en retour car l’amour « ne cherche pas son intérêt » (1 Co 13, 5). Il ne jalouse pas, il n’est pas envieux, il n’est pas dans la convoitise. Il est patient et il prend patience : qu’est-ce qui nous retient de rendre service ? Nous n’avons pas le temps, nous ne voulons pas donner un peu de ce temps « qui est à moi » !

Libre, généreux, dans cette scène du lavement des pieds le comprennent ceux qui n’aiment pas se lever de table (je ne parle pas de ceux qui détestent rester à table et n’attendent qu’une occasion de se lever), le service chrétien est humble. La 3ème caractéristique du service chrétien est son humilité. Voyez dans l’évangile comment Jésus parle de lui-même quand il dit : « si le grain de blé ne meurt ». Lui qui est Dieu né de Dieu parle de lui-même comme d’un grain de blé ! Humblement.

La parabole de l’arbre aux longues branches est précédée de deux paraboles sur la patience et sur l’humilité de la graine qui grandit, de la croissance à respecter. Cela explique les temps que nous vivons : la réaction de tant de personnes qui n’en peuvent plus de se sentir brutalisés, maltraités, méprisés par des changements incessants, qui ont le sentiment qu’on ne respecte pas leur histoire et leur passé. La 4ème caractéristique du service chrétien est de prendre place dans une continuité. Le Christ est venu pour servir, à la suite de tous les prophètes tués avant lui, comme il n’a cessé de préparer ses disciples à prendre sa suite, à se préparer à être persécutés. Le service chrétien ne se fait pas seul : le Christ a appelé auprès de lui des disciples. Le service chrétien s’exerce librement, généreusement, humblement et collectivement.

Cette solidarité oblige à l’humilité. Elle ne garantit pas l’efficacité, elle restreint souvent la marge de manœuvre et d’initiatives. Cela nous amène au 5ème trait du service chrétien, la façon dont il surmonte sa pénibilité. Le service peut être pénible en soi comme dans le fait de ne pas être soutenu, ni reconnu, voire au contraire incompris.
Le service se heurte à la dureté de ceux qui ne font rien, qui en profitent ou ne remercient pas. C’est là qu’il faut entendre la Bonne Nouvelle de ces paraboles qui invitent à la confiance ! Confiance de l’homme « qui jette en terre la semence : nuit et jour, qu’il dorme ou qu’il se lève, la semence germe et grandit, il ne sait comment ». Gracieusement ! Le mot ressemble à gratuitement mais il est bien plus fort qui dit la grâce de Dieu. « Tout est possible à celui qui croit ! » (Mc 9, 23). C’est cette grâce qui fait la joie, bien plus que le service rendu : Dieu était avec moi et je ne le savais pas (Gn 28, 16).

Voilà cinq traits du service chrétien : il est libre, généreux, humble, collectif, et surtout gracieux, de la grâce de Dieu. C’est cette grâce qui rend heureux.

Père Christian Lancrey-Javal, curé

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