Criez plus fort, votre dieu dort

12ème Dimanche du Temps Ordinaire - 20 juin 2021

Mc 4, 35-41

 

Il y a deux ou trois scènes cultes de l’Ancien Testament qu’il est bon d’avoir à l’esprit dans ce passage de la tempête apaisée. D’abord, pour dormir dans la tempête, il faut en principe un sommeil mystérieux comparable à celui du prophète Jonas. Le Seigneur avait dit à Jonas : « va à Ninive, la grande ville païenne, et proclame que sa méchanceté est montée jusqu’à moi ». Mais Jonas s’était enfui : descendu à Jaffa, il s’embarque pour Tarsis, loin de la face du Seigneur. Le Seigneur lança sur la mer un vent violent, et il s’éleva une grande tempête, au point que le navire menaçait de se briser.
Les matelots prirent peur ; ils crièrent chacun vers son dieu et, en ultime recours, pour alléger le navire, ils jetèrent la cargaison à la mer. Or, Jonas était descendu dans la cale et dormait d’un sommeil mystérieux. Le capitaine alla le trouver : « Qu’est-ce que tu fais ? Tu dors ? Lève-toi ! Invoque ton dieu. Peut-être que ce dieu s’occupera de nous pour nous empêcher de périr ».

Les matelots se dirent entre eux : « Tirons au sort pour savoir à qui nous devons ce malheur ».

Ils tirèrent au sort et le sort tomba sur Jonas. Ils lui demandèrent : « Dis-nous d’où nous vient ce malheur. Quel est ton métier ? D’où viens-tu ? Quel est ton pays ? De quel peuple es-tu ? ». Jonas répondit : « Je parle hébreu : je suis un fils d’Israël ; je crains le Seigneur, le Dieu du ciel, qui a fait la mer et la terre ferme ».
Les matelots furent saisis d’une grande peur et lui dirent : « Qu’est-ce que tu as fait là ? ». Car ces hommes savaient, d’après ce qu’il leur avait dit, qu’il fuyait la face du Seigneur. Ils lui demandèrent : « Qu’est-ce que nous devons faire de toi, pour que la mer se calme autour de nous ? ». Car la mer était de plus en plus furieuse. Il leur répondit : « Prenez-moi, jetez-moi à la mer, pour que la mer se calme autour de vous. Car, je le reconnais, c’est à cause de moi que cette grande tempête vous assaille ».

Les matelots essayèrent encore de ramer pour regagner la terre sans y parvenir car la mer était de plus en plus furieuse autour d’eux. Alors ils invoquèrent le Dieu de Jonas : « Ah ! Seigneur, ne nous fais pas mourir à cause de cet homme, et ne nous rends pas responsables de la mort d’un innocent, car toi, tu es le Seigneur : ce que tu as voulu, tu l’as fait ». Puis ils prirent Jonas et le jetèrent à la mer. La fureur de la mer tomba. Les hommes furent saisis par la crainte du Seigneur : ils lui offrirent un sacrifice accompagné de vœux. 

Jonas s’étant sacrifié, la tempête s’arrêta et les matelots se convertirent. Ils étaient croyants, tous les hommes le sont même si leurs dieux sont multiples : leur ventre, bas-ventre, le soleil, le pouvoir, l’argent … Tous les hommes sont idolâtres tandis que Jonas croit en un seul Dieu, Créateur tout-puissant, un Dieu jaloux, qui veut l’exclusivité parce qu’il est Amour et l’Amour est exclusif. C’est la différence entre l’amour et l’amitié : l’amour est exclusif, l’amitié ne l’est pas.
L’amour est exclusif : il est exclusif de soi, de son ego et de ses intérêts, et c’est pourquoi on peut aimer son mari, sa femme, ses parents ou ses enfants, et adorer Dieu car l’amour humain nous élève à l’amour de Dieu, en nous forçant à sortir de soi.

Dans l’évangile, Jésus ne dort pas du sommeil de Jonas : il ne s’enfuit pas ! C’est l’inverse : c’est le sacrifice de Jonas qui préfigure celui de Jésus sur la Croix.

La deuxième scène mythique est le défi lancé par le prophète Elie aux prêtres de Baal : ils sont quatre cent cinquante, Elie seul. Chacun devra invoquer son dieu : « le dieu qui répondra par le feu, c’est lui qui est Dieu ». La foule répondit : « C’est d’accord ».
Les prêtres de Baal gesticulèrent du matin au milieu du jour : « Ô Baal, réponds-nous ! ». Il n’y eut ni voix ni réponse. Élie se moqua : « Criez plus fort puisque c’est un dieu : il a des soucis ou des affaires, ou bien il est en voyage ; il dort peut-être, mais il va se réveiller ! » (1 R 18, 27). Criez plus fort, votre dieu dort !

Elie invoqua le Seigneur. Auparavant, il fit noyer son sacrifice sous des seaux d’eau et Dieu montra sa puissance par un feu qui dévora tout, la victime et le bois, les pierres et la poussière, et l’eau qui était dans la rigole. Tout le peuple en fut témoin ; les gens tombèrent face contre terre et dirent : « C’est le Seigneur qui est Dieu ! C’est le Seigneur qui est Dieu ! » (1 R 18, 39).

Notre Dieu ne dort pas ! Ceux qui pensent qu’il dort se sont tournés vers d’autres dieux que lui. Dieu n’entre pas en compétition ni rivalité : il attend comme Jésus dans la barque que nous revenions à lui.

« Dieu, fais-nous revenir, que ton visage s’éclaire et nous serons sauvés ! » (Ps 79).

La 3ème scène à rappeler est le pacte de Sichem, l’alliance conclue par Josué, le fils spirituel de Moïse, après avoir mis le peuple en demeure de choisir qui il voulait servir : le Seigneur ou des dieux étrangers. Le peuple répondit à Josué : « C’est le Seigneur notre Dieu que nous voulons servir, c’est à sa voix que nous voulons obéir » (Josué 24, 24).

Et nous, réunis au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, nous proclamons :

Je crois en Dieu, le Père tout-puissant,
Créateur du ciel et de la terre.
Et en Jésus Christ, son Fils unique, notre Seigneur ;
qui a été conçu du Saint Esprit,
est né de la Vierge Marie,
a souffert sous Ponce Pilate, a été crucifié,
est mort et a été enseveli, est descendu aux enfers ;
le troisième jour est ressuscité des morts,
est monté aux cieux, est assis à la droite de Dieu le Père tout-puissant,
d’où il viendra juger les vivants et les morts.
Je crois en l’Esprit-Saint, à la sainte Église catholique, à la communion des saints,
à la rémission des péchés, à la résurrection de la chair, à la vie éternelle.
Amen !

Père Christian Lancrey-Javal, curé

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