La maladie et la mort ne sont pas des imprévus

15ème dimanche du temps ordinaire - 12 juillet 2020

Mt 13, 1-24

 

Le 5 juin dernier, c’était un vendredi, le 1ervendredi du mois, juste avant la Messe au Cœur sacré de Jésus que je célèbre le premier vendredi du mois, une paroissienne qui revenait pour la première fois depuis le confinement m’a demandé : ‘Alors, Père, quelles leçons tirez-vous de ces deux mois ?’. J’y réponds avec un mois de retard ou de réflexion.

Le 5 juin était la journée mondiale de l’environnement qui devait prendre une ampleur particulière pour les cinq ans de l’encyclique Laudato Si. Le Pape François a dû se contenter d’un message pour rappeler que « nous ne pouvons pas prétendre être en bonne santé dans un monde malade. Les blessures infligées à notre mère la terre sont des blessures qui saignent en nous. Nous avons la chance de pouvoir changer de cap, de nous engager pour un monde meilleur, plus sain, et de le transmettre aux générations futures ». Il a posté ce tweet : « Tout est lié : le soin authentique de notre vie et de nos relations avec la nature est inséparable de la fraternité, de la justice et de la fidélité envers les autres ».

‘Alors, Père, quelles leçons tirez-vous de ces deux mois ?’. Déjà l’accalmie que la planète a connue : on a vu des animaux sauvages dans les rues désertées de nos villes ; on a entendu les oiseaux chanter. La vie ne s’est pas arrêtée : elle a repris ses droits.

L’évangile de ces trois dimanches, aujourd’hui et les deux prochains, est le discours en paraboles du chapitre 13 de l’évangile de saint Matthieu, trois occasions de tirer quelques leçons de la crise passée et parler d’écologie.
La parabole du semeur sonne comme un rappel de la place du travail dans le respect de la Création : il en est la condition ! C’est la raison d’être de notre présence dans le monde, de notre propre création : « Lorsque le Seigneur Dieu fit la terre et le ciel, aucun buisson n’était encore sur la terre, aucune herbe n’avait poussé, parce que le Seigneur Dieu n’avait pas encore fait pleuvoir sur la terre, et parce qu’il n’y avait pas d’homme pour travailler le sol.
Alors le Seigneur Dieu modela l’homme avec la poussière tirée du sol ; il insuffla dans ses narines le souffle de vie, et l’homme devint un être vivant. Dieu prit l’homme et le conduisit dans le jardin d’Éden pour qu’il le travaille et qu’il le garde » (Gn 2, 5. 7. 15).

Enfant, j’ai souvent entendu dire que le semeur de la parabole n’était pas brillant : ne pouvait-il pas faire plus attention ? Prévoir ce qui arrive au grain tombé en dehors de la bonne terre ?

Le 4 juin dernier, la commission d’enquête du Sénat a rendu ses conclusions sur l’incendie de Lubrizol à Rouen le 26 septembre 2019, où près de dix mille tonnes de produits chimiques ont brûlé. Ce rapport dit trois choses : c’est le rôle de l’Etat de prévoir de tels accidents, or « la politique de prévention des risques industriels déployée depuis 40 ans en France laisse apparaître des angles morts importants et inacceptables ».
Alors que ces risques augmentent avec la technologie, « les crédits alloués par l’État à leur prévention diminuent ».
Il est « urgent de revoir la doctrine de communication de crise de l’État » consistant à « vouloir rassurer à tout prix ».

On pourrait dire la même chose de la pandémie : « des angles morts importants et inacceptables » dans la prévention. Des difficultés budgétaires croissantes des hôpitaux. Des déclarations qui cherchaient à « vouloir rassurer à tout prix ».

On pourrait dire la même chose du Jugement dernier. C’est le rôle de l’Eglise de l’annoncer. Souvenez-vous de la façon dont Jean-Baptiste annonçait le Christ : « Il tient dans sa main la pelle à vanner, il va nettoyer son aire à battre le blé, et il amassera son grain dans le grenier ; quant à la paille, il la brûlera au feu qui ne s’éteint pas » (Mt 3, 12 – Lc 3, 17).
L’indifférence religieuse devrait augmenter nos avertissements : nous faisons l’inverse. Il est urgent de revoir le discours de l’Église consistant à « vouloir rassurer à tout prix » au nom d’une soi-disant miséricorde.

La première leçon à tirer de la pandémie est la capacité de plus en plus faible de l’homme à tirer profit de son expérience du mal. L’épidémie n’avait rien d’imprévisible parce que le mal, la maladie et la mort ne sont pas des imprévus.

Une année ici nous avions consacré une séance de préparation au mariage à l’Espérance. Nous en avions rappelé ses composantes, la Passion et la Résurrection du Christ. Nous avions invité les fiancés à parler entre eux de la maladie et de la mort, à prévoir leur possible trépas, à se comporter de façon responsable en prenant une assurance-vie, à indiquer à l’autre ses souhaits pour ses funérailles, le lieu d’inhumation … Ils n’avaient pas aimé du tout ! Et nous avons arrêté.

Chaque dimanche à la messe, nous proclamons le mystère de la foi : le Christ est mort, il est ressuscité et il viendra dans la Gloire pour juger les vivants et les morts. Desquels ferons-nous partie ? De ceux qu’il aura guéris qui seront vivants avec lui pour toujours ? Qui n’auront pas eu peur que leurs yeux voient, leurs oreilles entendent, leur cœur comprenne, et de se convertir ?« Et moi, je les guérirai », dit le Seigneur.

Père Christian Lancrey-Javal, curé

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