17ème Dimanche du Temps Ordinaire - 25 juillet 2021

Jn 6, 1-15

 

Trois événements viennent de se télescoper, sur lesquels je voudrais vous livrer quelques réflexions.
Ce dimanche est la 1ère journée mondiale des grands-parents et des personnes âgées, ainsi que l’a décrété le Pape François pour ce 4ème dimanche de juillet, le plus proche de la fête de sainte Anne et saint Joachim, les parents de la Vierge Marie.
Le Pape François vient de publier un Motu proprio Traditionis custodes, ‘Les Gardiens de la Tradition’, restreignant les possibilités d’utilisation de l’ancien rite, préconciliaire, du Missel romain publié par saint Jean XXIII en 1962 avant la réforme de 1970.
Le 3ème événement, le plus important, est le début que nous venons d’entendre du chapitre 6 de l’évangile de saint Jean, le grand discours du Pain de Vie. Il est le plus important puisqu’il concerne directement le Christ !

Ces trois événements de nature et de portée très différente touchent des publics de tous âges, par l’attachement des petits-enfants à leurs grands-parents, parce que la liturgie ancienne a un fort impact sur de nombreux jeunes, parce que la multiplication des pains est un texte majeur sur le travail et l’écologie, deux champs d’action prioritaires pour la jeunesse.

La fête de sainte Anne et saint Joachim est d’institution relativement récente : Joachim est un ajout. On a longtemps invoqué seulement sainte Anne, la mère de la Vierge Marie, et jusqu’au 17ème siècle, les fêtes d’Anne et Joaquim étaient dissociées, plusieurs conciles demandant d’éviter de parler d’eux comme des grands-parents de Jésus : qu’on les invoque uniquement comme les parents de la Vierge Marie. Pour respecter et adorer la parfaite divinité de Jésus.

Par le Motu proprio Traditionis custodes le Pape a voulu rendre aux évêques la responsabilité de l’unité liturgique. Faut-il rappeler qu’il est possible de célébrer en latin et tournés vers l’Orient suivant le rite ordinaire : ce ne sont pas ces formes qui sont en débat mais les décisions du Concile Vatican II, et sa théologie de l’épiscopat ancrée dans la Tradition la plus ancienne, comme disait saint Ignace d’Antioche : là où est l’Evêque, là est l’Eglise.
Même s’ils ont le même âge, grands-parents et évêques ont des missions opposées : aux grands-parents de faire la joie (et non l’éducation) des petits-enfants, alors que les évêques sont ‘les Gardiens de la Tradition’, et c’est pourquoi, en France surtout, ils ne sont pas aimés comme tous ceux qui ont à prendre des décisions (qu’ils les prennent ou pas).

La multiplication des pains est souvent associée au miracle de la manne, qui en est une image avec cette différence essentielle : la manne comme les cailles (Ex 16) sont un don du Ciel, un don super-naturel, qui n’engage pas comme les pains ou les poissons le travail des hommes. Le Pain de Vie est supersubstantiel. S’il était super-naturel, il n’engagerait pas le travail des hommes.
Cette différence sous-tend deux sujets cruciaux : le premier est le problème du bio, en matière d’écologie. Qu’est-ce que cela pour tant de monde ! Nous sommes tous d’accord pour s’inquiéter des productions agricoles intensives mais comment nourrir des milliards d’individus et se garder de famines qui ne relèvent pas du passé : la faim tue autrement plus que les pandémies. Une personne meurt de la faim toutes les cinq ou dix secondes.

Parmi les personnes âgées à qui ce dimanche est consacré, certaines diraient que c’est bien beau de nourrir gratuitement ces foules comme le fait Jésus, mais il faudrait quand même que ces jeunes aillent travailler. L’évangile est bien fait : nous l’entendrons dimanche prochain. Arrêtons-nous pour aujourd’hui à la 2ème lecture, magistrale, de la lettre de saint Paul aux Ephésiens : « ayez soin de garder l’unité dans l’Esprit par le lien de la paix ».

Que ce soit dans nos familles, – tous ces conflits qui viennent gâcher la fin de vie de grands-parents qui ont pu être maladroits mais ne méritent pas les avanies que tant d’entre eux subissent.
Que ce soit dans nos petits milieux catholiques, – toutes ces divisions où chacun se prend pour le pape, et prétend savoir quelle est la vraie liturgie.
Que ce soit dans le domaine politique, où le bien commun a disparu au nom de prétendues libertés individuelles, prétextes pour défendre son confort et ses acquis.

« Il y a un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême, un seul Dieu et Père de tous, au-dessus de tous, par tous, et en tous », dit saint Paul. Le rôle de l’Eglise est d’évangéliser le désir humain.
D’évangéliser la piété populaire, en la recentrant sur le Christ.
D’évangéliser la liturgie, en la recentrant sur la Parole de Dieu.
D’évangéliser l’écologie qui est une piété populaire, un désir naturel et spontané, collectif, d’attention à une réalité fondamentale de l’existence. Elle n’est rien moins que l’amour de ses enfants pour leur mère la terre.
Le rôle de l’Eglise n’est pas de susciter la piété populaire mais de l’éduquer, la tirer vers le haut, pour qu’elle conduise à Dieu et non à l’idolâtrie ou l’idéologie.

Mes amis, frères et sœurs, fidèles catholiques, nous venons à la messe pour reprendre forces et inspirations pour nous engager dans le monde : la ‘participation’ des fidèles est celle de leur engagement en faveur des pauvres et des exclus.
Le ‘cœur de métier’ de l’Eglise, si on peut s’exprimer ainsi, est sacramentel et non associatif. Qu’elle puisse servir de couveuse et de laboratoire, évidemment : c’est ce qui s’est passé dans l’histoire en matière de santé et d’éducation. La Création, notre sœur et mère la terre nous est confiée par Dieu notre Père, pour qu’en la respectant nous apprenions à nous respecter les uns les autres, à nous aimer comme Jésus nous a aimés.
« Ayez soin de garder l’unité dans l’Esprit par le lien de la paix ».
L’amour unit et nourrit.

Père Christian Lancrey-Javal, curé

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