27ème dimanche du temps ordinaire - 4 octobre 2020

Mt 21, 31-43

 

La condamnation à mort des vignerons assassins n’est pas prononcée par Jésus mais par ses auditeurs. « Ils lui disent : ‘Ces misérables, il les fera périr misérablement’ ». Peut-on espérer, parce qu’il n’y a aucun péché qui ne puisse être pardonné, qu’ils se seront repentis et auront fini par percevoir de quel amour Dieu les aimait ! Ce n’est pas la mort du pécheur que je veux dit le Seigneur mais qu’il se convertisse et qu’il vive. Qu’il échappe à ce que l’Ecriture appelle la seconde mort (Ac 2, 11 ; 20, 6 ; 21, 8). Nous mourrons tous de la première, la mort physique, la séparation de l’âme et du corps, mais il dépend de nous d’échapper à la seconde, la séparation d’avec Dieu. « Quant aux lâches, perfides, êtres abominables, meurtriers, débauchés, sorciers, idolâtres et tous les menteurs, la part qui leur revient, c’est l’étang embrasé de feu et de soufre, qui est la seconde mort » (Ac 21, 8).

C’est une des raisons de notre présence à la messe le dimanche. Juste avant de communier, le prêtre s’incline et dit à voix basse cette prière que chacun gagnerait à dire du fond du cœur : « Seigneur Jésus Christ, Fils du Dieu vivant, selon la volonté du Père et la puissance de Saint-Esprit, tu as donné, par ta mort, la vie au monde ; que ton corps et ton sang me délivrent de mes péchés et de tout mal ; fais que je demeure fidèle à tes commandements et que jamais je ne sois séparé de toi ».
Que jamais je ne sois séparé de toi. Et qu’aucun de mes frères ne le soit pour toujours. Si vous comparez le texte de Matthieu avec celui de Marc et de Luc, ils présentent la sentence de mort dans le fil du récit, et saint Luc est très embarrassé : « Les auditeurs dirent à Jésus : ‘Oh non ! Pourvu que cela n’arrive pas ! » (Lc 20, 16).

C’est ce qui m’a convaincu de la justesse de la traduction ‘misérable’ : ‘Ces misérables, il les fera périr misérablement’. Il signifie digne de mépris ou digne de pitié. Quand quelqu’un se comporte comme un misérable, devant les lâches, les perfides, les meurtriers, les débauchés, les idolâtres et tous les menteurs, que ressentez-vous ? De la colère ? De la haine ? Ou une tristesse à en mourir devant un tel gâchis, pareil chemin de perdition. « Mon âme est triste à en mourir » dit Jésus (Mt 26, 38). Priez et veillez. Ne partez pas en croisade ! Veillez et priez (Mt 26, 41). Vous n’avez pas eu la force de veiller seulement une heure avec moi dit le Seigneur ? Une heure à la messe le dimanche ?

J’ai reçu via le site de la paroisse un message intitulé : ‘Aidez-moi à comprendre mon état actuel’. « Bonjour, il y a deux ans un homme m’a agressé et m’a cassé le nez. Nous sommes allés en justice et il m’a versé des indemnités. Je viens d’apprendre sa mort tragique aujourd’hui et ayant souhaité sa mort à l’époque, je me sens très mal et je ne sais comment réagir. Suis-je responsable à la vue de Dieu ? Comment m’absoudre de cette vilaine pensée qui était due à ma douleur physique ? ».
Nous avons longuement parlé au téléphone. Son agresseur, qu’il avait connu au lycée, sans plus de liens, un soir, sans raison, devant chez lui, paf dans le pif. Il n’y a pas de quoi rire : violence gratuite. Aux conséquences multiples puisqu’il avait dû subir plusieurs opérations, beaucoup souffert et perdu son travail. Dégoûté, il était parti deux ans à l’étranger, et au retour il apprend que le type s’était suicidé. D’où son message à Notre-Dame de Compassion, alors qu’il n’avait pas de lien avec la paroisse et très peu avec l’Eglise.

J’ai connu une adolescente qui avait souhaité la mort du petit copain de sa mère : elle avait prié pour qu’il meure. Il tombe malade, cancer. Oh non, Seigneur ! « Pourvu que cela n’arrive pas ! ». Elle avait prié dans l’autre sens, rétropédalé ? Absolution, rémission, conversion. Le Jules avait guéri, quitté la mère et il était entré dans les ordres ! J’ai célébré bien plus tard le mariage de l’adolescente devenue adulte, j’ai baptisé ses enfants et je sais qu’elle fait attention désormais non pas tant à ce qu’elle demande – mais que l’amour soit premier dans ses prières. L’amour, premier ! Ce n’est pas la mort du pécheur que je veux dit le Seigneur, mais qu’il se convertisse et qu’il vive.

A l’homme au nez-cassé, hanté par son agresseur, j’ai rappelé que celui qui frappe par l’épée périra par l’épée (Mt 26, 52) ; qui vit de violence meurt de violence. Le défunt ne lui ayant jamais demandé pardon venait implorer ses prières. Remettez tout entre les mains de Dieu. Faites dire une messe pour le salut de cet homme. Priez comme Jésus : Père pardonne-lui, pardonne-leur car ils ne savent pas ce qu’ils font. Et allez de l’avant : si la pensée persiste, ce ne sera plus son esprit mais une ruse du Tentateur.

« La pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs est devenue la pierre d’angle : c’est là l’œuvre du Seigneur, la merveille devant nos yeux ! » (Mt 21, 42). Saint Pierre nous y exhorte : « Vous aussi, soyez des pierres vivantes, entrez dans la construction de la demeure spirituelle, pour devenir le sacerdoce saint » (1 P 2, 4-10), pour aimer comme Jésus nous a aimés.

Nous venons de fêter sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus qui a prié de tout son cœur pour sauver un assassin de la seconde mort : « Je voulus à tout prix l’empêcher de tomber en enfer ». Avant d’être exécuté, Pranzini a embrassé le Crucifix que lui présenta l’aumônier. Prions.
« Seigneur Jésus Christ, Fils du Dieu vivant, selon la volonté du Père et la puissance de Saint-Esprit, tu as donné, par ta mort, la vie au monde ; que ton corps et ton sang nous délivrent de nos péchés et de tout mal ; fais que nous demeurions fidèles à tes commandements et que jamais nous ne soyons séparés de toi ».

Père Christian Lancrey-Javal, curé

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