21ème Dimanche du Temps Ordinaire - 22 août 2021

Jn 6, 60-69

 

Dans les premiers siècles de l’Eglise, aux messes solennelles, à l’offertoire le Diacre interpellait l’assemblée : « Si quelqu’un n’est pas en communion, qu’il se retire ! ».

On en trouve trace dans les Dialogues de saint Grégoire le Grand : le Livre 2 est une Vie de saint Benoît, le chapitre 23 raconte l’histoire de deux religieuses issues de la noblesse qui s’étaient retirées du monde et bénéficiaient des services d’un homme pieux pour les nécessités de la vie courante. Il arrive, dit saint Grégoire, que la noblesse de l’origine engendre la bassesse de l’esprit chez les personnes qui estiment avoir été supérieures aux autres, et ces deux femmes étaient des langues de vipère, « qui n’avaient pas encore acquis la retenue de leur langue malgré le frein qu’aurait dû constituer leur habit ».
Exaspéré, le larbin va trouver saint Benoît qui fait dire à ces deux moniales : « Corrigez votre langue ! Car si vous ne vous améliorez pas, je vous excommunie ».
A vrai dire, écrit saint Grégoire, cette sentence n’était pas exécutoire mais proférée sous forme de menace. Elles ne changèrent rien à leur habitudes, elles moururent et on les enterra dans l’église, eu égard à leur rang. Or, lorsqu’on célébrait la messe et que le diacre apostrophait l’assemblée : « Si quelqu’un n’est pas en communion, qu’il se retire ! », la nourrice de ces deux femmes les voyait sortir de leur tombeau et quitter l’église ! Elle se souvint de ce que saint Benoît avait dit, qu’il les exclurait de la communion si elles ne corrigeaient pas leurs mœurs et leurs paroles. On fit prévenir l’homme de Dieu lequel, aussitôt, de sa propre main, donna une offrande en disant : « Allez et faites offrir cette oblation au Seigneur à leur intention, et après, elles ne seront plus excommuniées ».
Le sacrifice fut offert à leur intention et lorsque le diacre proclama comme de coutume que ceux qui n’étaient pas en communion devaient sortir de l’église, on ne les vit plus sortir. « De ce fait, il fut patent et indubitable qu’elles avaient recouvré cette communion par la grâce du Seigneur et par l’intervention du serviteur de Dieu ».

« Si quelqu’un n’est pas en communion, qu’il se retire ! ».

Nous avons abandonné l’interpellation. Pourquoi ? Parce qu’il y a suffisamment de façons à la Messe d’acter notre unité, par l’Amen ! qui ponctue nos prières, le Credo, la profession de foi : il est la réponse de l’Eglise à la Parole de Dieu et tient lieu d’assentiment. Nous le proclamons d’une même et haute voix après la liturgie de la Parole, et nous pouvons aussi le redire intérieurement après avoir communié en revenant à notre place. Quelle prière dire après avoir communié pour rendre grâce et dire dans notre cœur notre amour au Seigneur ? Le Credo, Je crois en Dieu, même si nous l’avons déjà récité à la Table de la Parole : une seconde fois, intérieurement, à la Table de l’Eucharistie. Essayez et vous verrez

« Si quelqu’un n’est pas en communion, qu’il se retire ! ». Nous avons abandonné cette phrase qui ne fait pas droit aux sentiments qui peuvent nous animer, et parce qu’elle risquait de créer une confusion entre la communion et l’accord.

Quelle différence entre être en communion et être d’accord ?

On peut être unis par un amour profond sans être d’accord, heureusement ! Heureusement que nous ne sommes pas toujours d’accord, tout en pouvant rester unis, avancer, discuter, demeurer dans le Christ et Lui en nous. « C’est l’esprit qui fait vivre » dit Jésus. Dans l’Eglise, il y a foule de motifs de désaccord, d’enseignements sur lesquels on peut avoir des points de vue différents tout en aimant autant Jésus ! La liste est longue, des questions de morale sexuelle à l’accueil des migrants ou l’écologie, en passant par la place de la femme et le pouvoir donné aux évêques et aux prêtres.

Est-ce qu’un désaccord nuit et ferait même sortir de la communion ? Allez poser l’une ou l’autre de ces questions à différents prêtres : vous n’en trouverez pas deux d’accord sur tout alors qu’ils ont la même Passion du Christ.

La communion est de l’ordre de la charité et de l’amour. La communion est une grâce. Une grâce à demander et à recevoir de Dieu.
L’accord est un choix. L’accord relève de la raison et dans certains cas de l’obéissance de la foi. L’encyclique de Jean-Paul II (du 14 septembre 1998) sur La foi et la raison disait qu’elles « sont comme les deux ailes qui permettent à l’esprit humain de s’élever vers la contemplation de la vérité ». On pourrait dire qu’elles sont deux servantes de la communion et de l’amour.

Qu’est-ce qu’une intelligence qui ne serait pas au service de l’amour

Et une foi qui ne serait pas au service de la communion ?

Posons-nous la question : est-ce que mon intelligence est au service de l’amour ?

Père Christian Lancrey-Javal, curé

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