22ème Dimanche du Temps Ordinaire - 29 août 2021

Mc 7, 1-8.14-15.21-23

 

J’ai eu des discussions difficiles sur les mesures sanitaires imposées contre la pandémie, que je voudrais relire à la lumière de l’évangile de ce dimanche. Jésus nous invite en effet à être attentifs à ce qui vient de notre cœur, davantage parfois qu’à ce qu’on pourrait nous imposer ou inoculer : « Ce qui sort de l’homme, voilà ce qui rend l’homme impur ».

Le privilège du prêtre est d’avoir des amis dans toutes les sphères de la société, chez les pauvres et les riches, les savants et les ignorants, dans le monde médical et politique, parmi les aides-soignantes et les professeurs de médecine. Chaque fois qu’une catégorie sociale ou professionnelle est mise en cause, ce qui est dans le discours une théorie est pour moi une personne.
Une paroissienne est venue m’expliquer qu’on ne pouvait pas faire confiance aux médecins spécialistes à cause de leurs conflits d’intérêt avec l’industrie pharmaceutique. Mais, lui ai-je dit, je connais beaucoup de ces médecins, ce que vous dites n’est pas vrai : leurs motivations ne sont pas mercantiles. « Frères, cessez de dire du mal les uns des autres. Un seul est à la fois législateur et juge, celui qui a le pouvoir de sauver et de perdre. Pour qui te prends-tu donc, toi qui juges ton prochain ? » (Jc 4, 12)

Le 29 août nous faisons mémoire du martyre de saint Jean-Baptiste, dont l’humilité à l’égard des autorités était telle qu’il appelait à la conversion sans jamais condamner. Hier, la veille, le 28 août est la fête de cet autre géant, saint Augustin d’Hippone qui eut à lutter contre une hérésie qu’on appelle le Donatisme du nom de l’évêque Donat impitoyable avec ses confrères évêques qui avaient failli pendant la grande persécution de l’empereur Dioclétien au tout début du 4ème siècle. Cette persécution avait été effroyable et beaucoup d’évêques avaient abjuré pour sauver leur peau, préférant renier la foi que de mourir martyrs. Donat affirmait qu’ils n’étaient plus, de ce fait, aptes à leur fonction et que les sacrements qu’ils célébraient étaient invalides. Imaginez si on prenait cette position à chaque grande défaillance de la hiérarchie de l’Eglise ? Si après la Libération on avait écarté les évêques français qui n’avaient pas résisté, ou aujourd’hui ceux qui ont négligé des crimes pédophiles.

La position donatiste apparue en 312 fut rejetée dès 313 par un Concile à Rome. Un siècle plus tard, elle restait aussi vivace et saint Augustin dut s’y confronter en participant en 411 à la Conférence de Carthage avec 600 évêques pour moitié Catholiques pour moitié Donatistes. Par son influence, il mérita à jamais son titre de Docteur de la Grâce

Cette exigence de pureté chez les autres a pris de multiples formes tout au long de l’histoire, dont la plus célèbre est l’hérésie cathare puisque le mot veut dire pur, dont les Pharisiens sont à leur façon les ancêtres qui jugeaient les autres impurs

L’hérésie cathare est aussi remarquable par sa cause, l’état de déliquescence inimaginable de l’Eglise de l’époque, dans ‘le luxe et la luxure’, que par la réponse apportée par l’Esprit-Saint en la personne de saint François d’Assise : comment Dieu veut-il que nous répondions au mal ? Par le retour à l’évangile et la Charité du Christ. La beauté qui sauve le monde est l’amour de Dieu et du prochain.
Quand on disait à Frère François : ‘Vous êtes un Saint !’ Il répondait : ‘Ne vous y trompez pas, je suis encore capable de faire des enfants’.

Pour rencontrer autant d’intégristes que de laxistes, je constate qu’ils ont en commun une morale toute personnelle, à géométrie variable. Ils font le tri dans les commandements de Dieu, choisissant chacun ce qui leur semble prioritaire. Jésus le déplorait des Pharisiens : « Vous filtrez le moucheron, et vous avalez le chameau » (Mt 23, 24). « Vous purifiez l’extérieur de la coupe et de l’assiette mais l’intérieur est rempli de cupidité et d’intempérance. Vous avez pour les gens l’apparence d’hommes justes mais à l’intérieur vous êtes pleins d’hypocrisie et de mal ».

La parole la plus juste à cet égard a été prononcée par saint Philippe Néri qui priait chaque jour le Seigneur : Méfie-Toi de moi, j’ai si peur de Te trahir.

Méfie-Toi de moi, Seigneur et garde-moi dans Ta fidélité !

Père Christian Lancrey-Javal, curé

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