Assomption de la Vierge Marie - 15 août 2021

Lc 1, 39-56

 

Lorsque quelqu’un nous raconte quelque chose d’étonnant, nous devrions, avant d’exploiter cette information, et de la communiquer à notre tour, nous poser deux questions :
Comment la personne le sait-elle ? D’où la tient-elle ? A-t-elle été témoin de l’événement, ou par qui a-t-elle eu cette information ? Comment est-ce que je sais que la Vierge Marie est dans la Gloire du Ciel ? Parce que l’Eglise le dit et que j’ai étudié tout le processus qui y a conduit, notamment ses multiples apparitions dans l’histoire qui attestent qu’elle est bien la Vivante, selon le beau terme du livre de l’Apocalypse.

Deuxième question, plus importante : Pourquoi la personne nous le dit-elle ? Pourquoi cette information nous est-elle communiquée ? Pourquoi nous racontez-vous ça ? Lors d’un dîner chez les parents d’un membre de notre bande de copains quand nous avions vingt ans, l’un d’entre nous avait fait le pari de placer un propos surréaliste sans que personne ne réagisse. Il s’était lancé dans une suite de considérations générales interminables semblables aux grands cercles concentriques qu’un rapace dessine dans le ciel avant de fondre sur sa proie. Notre hôtesse l’interrogeait intriguée : Cher ami, pourquoi nous racontez-vous ça ?

Comment le savez-vous ? Pourquoi nous racontez-vous ça ?

Ces deux questions s’appliquent aux évangiles de l’enfance que saint Luc surtout, et saint Matthieu, relate, notamment cette Visitation. Autant l’Annonciation est fondatrice qui révèle « comment fut engendré Jésus Christ » (« par l’action de l’Esprit Saint ») – autant la Visitation peut paraître plus anecdotique. Il y a évidemment le Magnificat : est-ce pour cela que cette scène est racontée, pour cette prière inspirée à Marie et recueillie par Elisabeth, comme ensuite le Benedictus de Zacharie ? La Visitation est-elle la mise en scène, au meilleur sens du terme, d’une prière magnifique de l’Eglise ?

Sans doute mais pas seulement. Elle est un triple enseignement sur le Christ.

Nous avons perdu plus que le sens du péché : nous avons perdu le sens du savoir, la conscience de la nécessité de l’étude et de l’enseignement, et de la dangerosité de l’ignorance. Une des sept œuvres de Miséricorde spirituelle dit : enseigner les ignorants. L’ignorance est un fléau qui expose ses victimes à toutes sortes d’erreurs et de manipulations. Avant son Ascension dans le Ciel, Jésus envoie son Eglise : « Allez ! De toutes les nations faites des disciples, baptisez-les au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, apprenez-leur à observer tout ce que je vous ai commandé ». Enseignez-les !

Le premier enseignement de la Visitation porte sur le Verbe du Père : Jésus Christ parle du sein de sa mère et Jean l’entend alors qu’il est dans le sein de la sienne. Le Christ est parole intérieure, parole en nos cœurs, qui a besoin d’une parole extérieure, de médiations, ici de Marie et d’Elisabeth, même s’il est l’unique Médiateur entre Dieu et l’humanité.

Le deuxième enseignement concerne Elisabeth : Marie lui est envoyée pour qu’elle sache que Jean n’est pas le Messie. Lui-même le dira : Es-tu le Messie ? Non, je ne le suis pas.
Il était nécessaire qu’Elisabeth ait une juste explication des paroles de l’Ange à Zacharie sur Jean-Baptiste : « Il sera grand devant le Seigneur. Il sera rempli d’Esprit Saint dès le ventre de sa mère. Il fera revenir de nombreux fils d’Israël au Seigneur leur Dieu. Il marchera devant, en présence du Seigneur, avec l’esprit et la puissance du prophète Élie » (Lc 1, 15-17). Tout cela pouvait s’appliquer au Messie. Sauf que le Christ est plus qu’un prophète : il est le Sauveur.
Nous demandons parfois comme Pilate ce qu’est la vérité. La Vérité est le Christ, Celui que nous avons besoin de connaître pour être sauvés, de même que la vérité est ce que nous avons besoin de savoir pour nous aimer comme Jésus nous a aimés, et être sauvés.

Le 3ème enseignement de cette scène résulte des deux premiers, la nécessité de médiations et le besoin de savoir, qui s’appelle la confiance : la belle et joyeuse confiance de ces deux femmes ! Elles sont formidables ces deux femmes, Marie et Elisabeth, par leur confiance en Dieu. Le Pape Benoît XVI disait que chez saint Luc la joie est le nom de l’Esprit-Saint.

Magnifique est le Seigneur !

Jésus-Christ, tu es parole intérieure en nos cœurs, promesse assurée de Salut, joie d’être aimé du Père. Magnifique est le Seigneur.

Père Christian Lancrey-Javal, curé

Vous avez la possibilité de recevoir les homélies du Père Lancrey-Javal en remplissant ce formulaire

Article précédent
Sauve-nous à l’heure de notre mort
Article suivant
L’intelligence au service de l’amour

Précédentes homélies

Menu