Dimanche de la Pentecôte - 31 mai 2020

Jn 20, 19-23)

 

Ce qui est étonnant et peut être trompeur dans l’événement de la Pentecôte est qu’il apparaît comme un événement public, social, extérieur, visible : les disciples qui étaient barricadés, sortent, parlent, sidèrent, stupéfient ! – alors que le don de l’Esprit est intérieur et invisible. Leur ‘sortie’ dans le monde est à relativiser : en entendant le bruit, la foule s’était rassemblée.Un peu comme à la messe où l’assemblée vient, attirée par la voix qui retentit dans le cœur de chacun : « L’Esprit et l’Epouse disent : « Viens ! » » (Ap 22, 17).

Il ne faudrait pas exagérer le changement survenu aux disciples, comme s’ils n’avaient pas déjà reçu l’Esprit saint avant. D’ailleurs saint Jean place ce don de l’Esprit au soir de Pâques. Les disciples avaient déjà reçu l’Esprit sinon ils n’auraient pas pu accueillir Jésus, sinon ils n’auraient pas pu reconnaître en lui le Christ, le Saint de Dieu, puisque, comme dit saint Paul dans la 2èmelecture, « nul ne peut dire que Jésus est Seigneur si ce n’est dans l’Esprit Saint ».

Reconnaître le Christ, recevoir l’Esprit, adorer le Père, m’est avis que c’est tout un, aurait dit Jeanne d’Arc. Si une des trois personnes de la Trinité est présente, les deux autres le sont indivisiblement aussi. D’où le signe de croix tracé sur nous à notre baptême pour révéler sa présence en nous, car l’Esprit saint est présent en tout être humain, qui nous a été insufflé dès notre conception dans le sein maternel. Qui dit Conception dit Esprit Créateur. L’apparition d’une vie humaine signe le souffle de l’Esprit. Il est présent en tout être humain : l’homme l’ignore, mais Dieu le connaît et l’aime de toute éternité.

La Pentecôte atteste des différentes formes de présence de Dieu en nous, pour tout être dès sa conception, pour nous chrétiens par notre baptême et notre confirmation, quand nous communions au Corps du Christ, par les sacrements de l’Eglise, les plus solennels comme les décisions de se consacrer au service de Dieu et de son Amour, je veux parler du mariage et de la prêtrise, qui sont des événements publics, sociaux, visibles, mais qui n’ont, comme la Pentecôte, que la valeur du changement intérieur qui les a suscités. Et il en va de même du plus intime des sacrements, du pardon dont parle l’évangile, qui suppose cette volonté intérieure de changement.

Ce changement est intervenu dans le cœur des disciples parce qu’ils étaient réunis en prière, mais l’Ecriture et l’Histoire de l’Eglise nous préviennent que ce doux coup de foudre peut tomber sur n’importe qui à n’importe quel moment. J’en souris quand je rencontre des incroyants : ‘attends, mon petit bonhomme, que ça te tombe dessus’. En réalité, que ça sorte de toi. Le propre de l’Esprit-Saint est de révéler à chacun qui il est appelé à être : enfant de Dieu, enfant du Père par le Christ.

Les Pères de l’Eglise ont une expression magnifique pour parler du Christ : le Révélateur du Père. Le visible du Père, c’est le Fils, et l’invisible du Fils, c’est le Père, dit saint Irénée. Semblablement, l’Esprit est le Révélateur du Fils, et il est pour nous le révélateur de notre véritable humanité, créée à l’image de Dieu et appelée à vivre avec Dieu pour l’éternité. L’Esprit saint nous révèle ce que veut dire être humain, créé par amour et pour aimer, comme Jésus nous a aimés.

Quel est le changement qui s’est opéré dans le cœur des disciples, qui fait de la Pentecôte le plus grand événement de l’Histoire après la naissance du Christ, sa mort et sa résurrection, et son entrée dans la Gloire du Ciel, qui fait, après Noël, Pâques et l’Ascension, de la Pentecôte la 4èmeplus grande fête de l’année ?
La réponse est donnée à la fin de ce chapitre 2 des Actes des Apôtres, c’était la 1èrelecture du dimanche après Pâques : remplis de l’Esprit saint, ces hommes et ces femmes qu’on nommera plus tard Chrétiens du nom du Christ décident de mettre tous leurs biens en commun. C’est un peu différent des premiers Apôtres qui avaient tout laissé pour suivre Jésus, et peut-être plus difficile encore, de partager. Leur prière est centrée sur la Messe, dans la « simplicité du cœur ». Et ils gagnent en liberté à l’égard du regard des autres, du pouvoir et des critiques : ils y sont moins sensibles, portant leur attention à l’ensemble du peuple (Ac 2, 42-47).
Voilà trois marques de la vie dans l’Esprit, trois critères de la liberté des enfants de Dieu, trois conditions du bonheur : un détachement croissant des biens matériels, une joie intérieure en proportion de cette libération, et une attention heureuse aux gens qui sont là.

Est-ce que c’est ce que nous vivons dans l’Eglise ? Oui et encore pas assez. Oui, aucune autre communauté dans l’histoire n’est parvenue à une telle humanité dans la durée, et pourtant nous sommes loin du compte. Tant d’incroyants sont persuadés que c’est la promesse d’une vie après la mort qui nous motive plus que la joie de vivre unis et de partager ce que nous avons avec ceux qui n’ont rien. Ils assimilent notre foi à notre espérance davantage qu’à notre charité. Nous ne sommes pas suffisamment convaincants en la matière. On m’a répondu que la charité était plus facile quand la sécurité sociale n’existait pas, quand l’instruction n’était ni gratuite ni obligatoire, quand les hôpitaux et les écoles n’existaient pas et n’étaient pas ouverts aux pauvres.

C’est pourquoi il nous faut revenir à la joie de la Pentecôte, la joie des personnes présentes d’entendre parler des merveilles de Dieu, chacun dans sa langue maternelle : « Comment se fait-il que chacun de nous les entende dans sa langue maternelle ? ». Comme une mère parle à ses enfants. Voilà la mission de l’Eglise de proclamer les merveilles de Dieu comme une mère donne la vie à ses enfants, les fait grandir dans l’amour.

Voudriez-vous examiner ces trois façons dont l’Esprit-Saint se déploie en nous :
Quelle est la liberté qu’il vous donne à l’égard de vos attaches matérielles, quels sont a contrario les objets, les biens que vous seriez incapables de partager, sans lesquels il vous semble que vous ne pourriez pas vivre ?
Pendant ces deux mois sans messe, comment êtes-vous restés unis au Christ, y a-t-il eu pour vous des moments de solitude heureuse, où vous vous êtes sentis portés par l’Esprit ?
Enfin, voudriez-vous vous souvenir de vos pentecôtes à vous, ces rencontres qui ont changé votre vie, de personnes étrangères à votre monde qui l’ont transformé, ces rencontres où vous avez été remplis de joie ou de gratitude ? N’était-ce pas l’Esprit-saint qui vous révélait qui vous étiez ?

Le Christ est le révélateur du Père. L’Esprit est le révélateur du Fils et de tous ceux qui veulent devenir enfants de Dieu. L’Esprit-Saint nous révèle notre filiation divine.

Par Jésus le Christ notre Seigneur. Amen.

Père Christian Lancrey-Javal, curé

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