Dimanche de la Trinité - 7 juin 2020

Jn 3, 16-18


La bénédiction est la première expression de l’Amour

Comment fait-on pour lire ou écouter avec profit les lectures de la messe, entrer un minimum dans leur compréhension ? La question est la même que de se demander comment faire pour ne pas s’ennuyer à la messe. J’ai vu sur le sujet une série de courriers de lecteurs dans le journal La Croix : chacun y allait de son analyse et de ses recommandations. Comment faire pour ne pas s’ennuyer à la messe ou comment faire pour écouter les lectures, et tout ce qui suit – sont la même question.

La période de confinement a permis à certains de découvrir qu’on peut lire les textes de la messe sans aller à la messe, c’est même possible tous les jours et pas seulement le dimanche, et le mieux est de lire chez soi ces textes avant d’aller à la messe pour les entendre plus facilement ou plus profondément. Nous pouvons tous lire tous les jours les textes de la messe du jour : c’est le minimum vital du Catholique, lire au moins l’évangile de chaque jour.
Qu’est-ce qu’un Catholique ? Quelqu’un qui adore Dieu et aime son prochain ? Non, on peut adorer Dieu et aimer son prochain sans connaître Jésus-Christ. La réponse exacte est : un Catholique est un baptisé qui, pour adorer Dieu et aimer son prochain, lit tous les jours un passage d’évangile, de préférence celui de la messe du jour en lien avec toute l’Eglise. Ignorer les Ecritures, c’est ignorer le Christ, disait saint Jérôme.
Une paroissienne m’a dit qu’ils ont pris l’habitude dans son couple, le soir en se couchant, de lire l’évangile et d’échanger, de faire un partage d’évangile, en disant chacun à l’autre ce que le texte lui inspire. C’est beau.

Comment faire pour entrer dans ces textes qui ne sont pas toujours faciles ?

A une catéchumène, j’ai proposé de regarder deux choses : Primo, qu’est ce que ces textes disent de l’amour ? Deuxio, qu’est-ce qu’ils disent de la Trinité ? Comment les trois personnes de la Trinité y sont présentes, mentionnées ou implicitement agissantes ?

La première question à se poser à la lecture de textes de la Bible est ce qu’ils disent de l’Amour. Dieu est Amour. Ce dimanche, c’est facile : le mot est présent dans chacune des trois lectures ! L’extrait du Livre de l’Exode dit que Dieu est tendre et miséricordieux, lent à la colère, plein d’amour et de vérité. La deuxième Lettre de saint Paul aux Corinthiens nous exhorte à vivre en paix, et le Dieu d’amour et de paix sera avec nous. Et l’évangile donne la synthèse de notre foi : « Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais obtienne la vie éternelle ».

Aujourd’hui c’est facile ; ça ne l’est pas toujours. Il est fréquent que le mot amour, le verbe aimer n’apparaisse pas dans les lectures de la Messe du jour. On a sûrement compté le nombre de fois où le mot est mentionné dans la Bible et le pourcentage que cela représente. Est-ce significatif ? Non, nous savons tous qu’on peut aimer sans le dire, ou le prétendre sans le mettre en œuvre. Nous sommes tous différents en la matière, suivant notre caractère ou notre éducation, les nouvelles générations l’emploient à tout bout de champ, je t’aime mon amour, en réaction aux générations précédentes pour qui ça ne se faisait pas, pour qui c’était de l’ordre de l’intime ou de l’exceptionnel.
On me sollicite souvent pour avoir mon avis, censé être neutre et avisé, sur les courriers que vous échangez entre vous, dans le cadre de relations familiales, affectives. L’écart est parfois saisissant entre les objectifs affichés de dialogue, de réconciliation, et l’impression contraire qui se dégage du propos, l’écart entre des démarches qui se prétendent positives et l’aigreur, l’amertume, la rancune qui les sous-tendent. Cela me fait penser aux lettres désagréables que j’ai reçues qui se terminaient par un fielleux ‘amicalement’ ou ‘fraternellement’ qui me faisait penser au baiser de Judas.
Dans la Bible, c’est le contraire : il y a des pages dures, des récits terribles, des textes difficiles qui doivent toujours être entendus à la lumière de l’Amour de Dieu. C’est un acte de foi ? Oui, c’est l’acte de foi de la prière. Jésus avait été invité chez un Pharisien, quand une femme est venue et leur hôte les a regardés d’un sale œil : « Si cet homme était prophète, se dit-il en lui-même, il saurait qui est cette femme qui le touche, une pécheresse. » Jésus, prenant la parole, lui dit : « Simon, j’ai quelque chose à te dire ». L’acte de foi que nous avons à poser à la lecture de la Bible répond au même appel de Dieu : « J’ai quelque chose à te dire ». Sinon, ce n’est pas la peine de lire.
Le Seigneur a quelque chose à nous dire, qui il est, Amour, pourquoi et comment il nous a créés, avec sagesse et par amour, comment et pourquoi il s’est fait l’un de nous, comment recevoir son Amour, son Esprit, entrer dans sa Vie. Cela demande un effort ? Kafka disait que c’est par orgueil que l’homme a quitté le Paradis et par paresse qu’il n’y retourne pas.

La deuxième question à se poser pour lire l’évangile et les textes de la messe, est ce qu’ils disent de la Trinité, de quelles façons on y retrouve les trois personnes, le Père, le Fils et l’Esprit. Pourquoi ? Pour se sentir chez soi. Pour se savoir aimé. Pour progresser dans la connaissance de Dieu en regardant comment il agit, comment il fait toutes choses nouvelles.

Aujourd’hui c’est facile ! La deuxième lecture donne les clés de la Trinité : la grâce de Jésus Christ, l’amour du Père et la communion de l’Esprit. Aujourd’hui c’est facile ; ça ne l’est pas quand le texte est de l’Ancien Testament et Jésus n’y est pas présent, et dans l’évangile les mentions de l’Esprit-Saint sont rares. L’Esprit-Saint y serait-il présent comme le Christ dans l’Ancien Testament : en promesse ou en espérance ?
Non il y est par le lien de la charité comme je l’ai retenu d’une discussion avec Claudie, 71 ans, qui m’avait envoyé un mail après être tombée par hasard sur mes homélies : « Je pense aimer Jésus qui m’habite chaque jour, et pourtant il y a des expressions que je ne comprends pas : par exemple pourquoi dit-on que l’on « bénit Dieu ! ». Pour moi Dieu est notre maître, le mystère que l’on doit respecter et lui n’a besoin de rien, ou sinon de se savoir aimé et respecté par sa création. Nous, nous sommes misérables face à lui  et je crois que c’est lui qui devrait nous bénir en nous envoyant le Saint-Esprit ».
J’ai fait comme le Pape François ou maintenant le Président de la République : je lui ai téléphoné. Nous avons eu un bel échange sur la bénédiction comme relation de l’amour en Dieu et de Dieu. Béni soit Dieu le Père qui nous a bénis dans le Christ : il nous a bénis et comblés des bénédictions de l’Esprit, au ciel dans le Christ (Eph 1, 3).
Il nous bénit et nous le bénissons parce que c’est le mode de relation de l’amour, des personnes divines entre elles au sein de la Trinité où le Fils est le Verbe du Père, la parole de bénédiction de l’Esprit. Béni soit Dieu qui nous a bénis dans le Christ et nous apprend à bénir dans l’Esprit.
Soyez bénie Claudie qui savez ces deux choses essentielles : Dieu est Amour et Trinité. La bénédiction est l’expression première de l’Amour : Que Dieu vous bénisse, au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit !

Père Christian Lancrey-Javal, curé

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