5ème dimanche du temps ordinaire - 5 février 2023

Mt 5, 13-16

 

La Communion eucharistique (la ‘1ère Communion’) et le Mariage sont les deux sacrements qui demandent le plus de préparation, voire les deux seuls qui nécessitent une longue préparation car les sacrements ne sont pas des diplômes et l’instruction religieuse’ n’est pas une formation diplômante : les sacrements sont des dons de la grâce. Et la prêtrise, mon père ? C’est la synthèse des deux : la célébration de la messe, mariée au soin du peuple de Dieu. Et le baptême des adultes, pourquoi est-ce si long ? Ce n’est pas le baptême qui est long, mais lapréparation à la communion, même s’il faudrait mieux tenir compte de l’histoire de chacun. Le drame de notre époque est de vouloir appliquer le même régime uniforme à tout le monde. La 1ère lecture, du livre d’Isaïe, est plus judicieuse qui dit : « donne à celui qui a faim ce que toi, tu désires » (Is 58, 10), c’est la règle d’or. Voyez le rite zaïrois avec lequel le Pape a célébré la messe mercredi à Kinshasa : une diversité est possible en liturgie !

Pourquoi la Communion eucharistique et le Mariage ont-ils besoin d’une longue préparation, et pourquoi accordons-nous tant de place à la préparation dans la vie chrétienne, avec l’Avent avant Noël et le Carême avant Pâques qui font de l’année liturgique et de notre vie une longue préparation à la rencontre de Dieu ?

C’est la réalité de l’existence de passer du temps à se préparer, dans l’enfance à la vie sociale, au travail par les études, aux responsabilités par l’obéissance, et, dans la vie adulte, à acquérir et à se déposséder des biens de ce monde, avec pour les parents la venue et le départ des enfants, de même que dans nos métiers nous engrangeons compétences et expériences pour tout quitter à la retraite, jusqu’au départ de ce monde pour la rencontre de Dieu.

Le temps que nous passons dans la vie à se préparer !! Religieusement, cela nous rappelle que l’Eglise est un moyen, un moyen et non une fin. C’est ainsi qu’elle s’est définie elle-même :comme « le signe et le moyen de l’union intime avec Dieu et de l’unité de tout le genre humain » (dans la Constitution de Vatican II Lumen gentium, Le Christ est la lumière des peuples).

L’Eglise est un signe et un moyen, un signe magnifique de l’amour de Dieu, un moyen parfoistrès-très moyen (‘Humain, trop humain disait Nietzsche) : tout moyen paraît condamné à lamédiocrité. L’Eglise bat des records de beauté quand elle rayonne de la grâce de Dieu, et des records d’amertume comme un plat trop salé.

Le sel et la lumière sont des moyens. Le sel jadis pour conserver (étonnezvous que nous soyons si conservateurs alors que le Christ est révolutionnaire), aujourd’hui pour accommoder, relever le goût. La lumière est un moyen pour éclairer. Ce n’est que par un effet de style qu’elle désigne Dieu, comme dans le Psaume : « par ta lumière, nous voyons la lumière » (Ps 35).

Ni l’un ni l’autre, ni le sel ni la lumière ne sont des fins en soi. Le sel et la lumière sont des moyens.

Un moyen est bon quand il est accordé à sa finalité. L’Eglise est une merveille quand elle amène à Dieu. C’est le rôle de la Communion eucharistique au Corps du Christ, de la 1ère et de chaque communion : en recevant son Corps, nous le recevons réellement. Le Christ vient et vit en nous. « Si quelqu’un m’aime, dit Jésus, il gardera ma parole ; mon Père l’aimera, nous viendrons vers lui et, chez lui, nous nous ferons une demeure » (Jn 14, 23).

Combien de temps reste-t-il ? J’ai eu ce dialogue avec une personne qui voulait faire annuler son baptême, se faire radier des registres de baptême : nous ne pouvons pas effacer ce qui a été célébré ; nous pourrons écrire que vous apostasiez. Mais, ai-je ajouté, vous avez fait votre 1ère communion ? Peut-être beaucoup d’autres après ? Vous êtes sûr qu’Il n’est plus en vous, qu’Il est reparti ? Comment expliquer autrement ces contradictions dont vous souffrez ?

La communion eucharistique, le mariage, la vie consacrée nous engagent ‘pour toujours’, jusqu’à ce que nous entrions, ou non, définitivement dans le bonheur de Dieu.

Une femme jamais mariée était tombée amoureuse d’un homme divorcé, marié devant Dieu et dans l’Eglise, et père de plusieurs enfants. Elle est furieuse parce qu’ils ne peuvent pas se marier religieusement, et si elle l’épouse civilement elle sort de la communion des sacrements et elle non plus ne peut plus communier. Le choix est cornélien, un déchirement. Imaginez, lui ai-je dit, qu’il soit couvert de dettes, qu’il ait contracté une dette considérable, vertigineuse à rembourser : est-ce que vous l’épousez quand même ? Ou imaginez qu’il vive avec un parent invalide ou très handicapé, est-ce que vous l’épousez quand même ?

Ce sont des choix terribles, à faire en conscience, et surtout à assumer !

Elle m’a demandé : Si je l’épouse, que dira le Seigneur ?

Peut-être que vous entendrez cette parole que plus d’un a entendue, dans des contextes très variés, mais dont la forme dit l’amour miséricordieux de Dieu : Je t’aime quand même.

Moi-même, il y a plus de quinze ans, en célébrant la messe, au moment de la consécration, je l’ai entendue en moi, venant du Seigneur Et un lecteur de mes homélies vient de me le raconter, dans un autre contexte encore mais avec la même tendresse : ‘Je t’aime quand même’.

A tant d’entre nous, le Christ peut dire, quelle que soit la raison : Je t’aime quand même.

Père Christian Lancrey-Javal, curé

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