30ème dimanche du Temps Ordinaire - 27 octobre 2019

Lc 18, 9-14

 

Rapaces, bâtards et collabos ! Voilà comment on pourrait rendre dans leur crudité les trois termes employés par le pharisien, ‘Voleurs, injustes et adultères’ à l’adresse des ‘autres hommes’, en réalité des publicains, sachant que l’un d’eux était là, dans le Temple.

Rapaces, les publicains l’étaient dans la perception des impôts et l’octroi de prêts à des taux faramineux car les publicains étaient d’impitoyables usuriers. Le mot voleur en grec arpagosa donné Harpagon, le personnage de l’Avare chez Molière. ‘Avide à dollars’ disait Salvador Dali avec les lettres de son nom.
Injustes, dans la bouche d’un pharisien stigmatisait le défaut de pratique religieuse commune, dans les règles. Le publicain était venu prier dans le Temple comme tant de personnes entrent aujourd’hui dans les églises : à condition d’y être tranquilles. Les publicains pratiquaient peu : est-ce qu’ils étaient mal considérés parce qu’ils ne pratiquaient pas ou est-ce qu’ils ne pratiquaient pas parce qu’ils étaient mal considérés ? C’étaient des bâtards aux yeux des pharisiens : Dieu pour père, mais pas la Synagogue ni l’Eglise pour mère.
Adultères, ils l’étaient au sens biblique, infidèles à leur patrie qu’ils trompaient en collaborant avec l’occupant romain. Des collabos.

Rapaces, bâtards et collabos. Voleurs, injustes et adultères. Et conscients de l’être : ce publicain en demandait sinon pardon, en tout cas indulgence à Dieu : Montre-Toi favorable ! Ce publicain ne pouvait pas être fier de lui et il ne l’était pas. Il demandait l’aide de Dieu pour en sortir, comme nous le chanterons à la Toussaint dans la Litanie des Saints : « Montre-Toi favorable, délivre-nous Seigneur ! De tout péché et de tout mal, délivre-nous Seigneur ! De la mort éternelle, délivre-nous Seigneur ! ».

Montre-Toi favorable, délivre-nous Seigneur ! Délivre-nous de nos péchés, du mal qui nous enferme, qui ne nous rend pas heureux. Sois bienveillant avec nous, délivre nous du regard que nous pouvons porter sur nous-mêmes ainsi que des regards de jugement qui nous enferment, nous identifient à nos péchés. Je pense aux personnes alcooliques, ‘alcoolo-sensibles’, dont un grand obstacle à l’abstinence, parfois le dernier verrou est la pression sociale : allez, juste un verre ! Tant de péchés commis pour se conformer à une norme sociale.

A l’époque de Jésus, la conformité n’était pas médiatique mais sociale du groupe auquel on appartenait. Rappelez-vous la démarche entreprise par la mère et les frères de Jésus (pour nous ses cousins) pour aller le chercher alors qu’il prêchait aux foules. L’évangile de saint Marc leur fait même penser qu’il avait ‘perdu la tête’ (Mc 3, 21). Rendez-vous compte : il enseignait aux foules !

Cet enseignement était la chasse gardée des pharisiens et des docteurs de la Loi, leur savoir était leur motif de fierté, et la raison de leur mépris pour les autres hommes. Le pharisien de cette parabole se vante de ce qu’il fait : ‘je jeûne deux fois par semaine et je verse le dixième de tout ce que je gagne’. C’est assurément admirable : jeûner deux fois par semaine, donner la dîme, essayez ! Il est fier de ce qu’il fait, mais plus encore de ce qu’il sait – et qu’il sait qu’il faut faire.
Tout au long de l’évangile, les pharisiens ne cessent de le répéter : nous savons. Le premier à le dire dans l’évangile de saint Jean est Nicodème : ‘Rabbi, nous le savons, c’est de la part de Dieu que tu es venu comme un maître qui enseigne, car personne ne peut accomplir les signes que toi tu accomplis, si Dieu n’est pas avec lui’ (Jn 3, 2). Se trouve ainsi révélé ce que les pharisiens ne pardonneront pas à Jésus : d’enseigner le peuple, et lui donner la liberté.

La vérité vous rendra libres … si vous la cherchez ! Si vous l’étudiez ! Si vous l’écoutez !

Les études, le savoir, la connaissance, sont un magnifique moyen de croissance humaine et spirituelle, plus que d’ascension sociale. Le savoir est chemin de liberté, que seul l’égoïsme peut transformer en instrument de mépris.

L’accès universel à la connaissance, la scolarité pour tous est une révolution chrétienne, comme l’accès aux soins. Hommage et honneur à l’Eglise, l’épouse du Christ qui a inventé les hôpitaux et les écoles – pour tous. A l’époque de Jésus, ils étaient rares ceux qui y avaient accès, principalement les pharisiens qui n’en tiraient que mépris, d’où les lamentations de Jésus : ‘Malheureux êtes-vous !’.
« Malheureux êtes-vous, docteurs de la Loi, parce que vous avez enlevé la clé de la connaissance. Vous-mêmes n’êtes pas entrés et ceux qui voulaient entrer, vous les en avez empêchés » (Lc 11, 52). Vous n’êtes pas entrés dans l’Esprit de la Loi, de l’Amour : vous en êtes restés à la surface, vous en avez fait une chasse gardée, refusant de partager vos connaissances.

Partager ses connaissances : j’ai failli en faire le sujet de mon homélie vendredi prochain pour la Toussaint, ayant été très impressionné par une femme qui toute sa vie a cherché à faire se rencontrer ses amis entre eux. C’est ce que Dieu veut faire avec nous dans son Eglise : il nous fait nous rencontrer entre nous et avec lui, et c’est ainsi qu’on devient des Saints en étudiant la vie des Saints et des Saintes, pour s’en émerveiller et s’en inspirer.

Partager ses connaissances. Les études étaient la chasse gardée des pharisiens et des docteurs de la Loi. Et ils reprochaient à ceux qui n’en avaient pas fait de ne pas respecter la Loi, alors que c’était un cercle vicieux : ‘les pauvres’, ils pouvaient d’autant moins respecter la Loi qu’ils en avaient une connaissance approximative et lointaine. Fais pas ci, fais pas ça – on ne te dira pas pourquoi.
Fais pas ci, fais pas ça. Je ne le dirai pas deux fois. Tu n’es qu’un bon à rien. Je le dis pour ton bien. Si tu ne fais rien de meilleur. Tu seras balayeur.
Fais pas ci fais pas ça : que l’Esprit Saint nous préserve d’être comme ça. De garder pour nous la connaissance de Dieu, ‘la clé de la connaissance’ de l’Amour et du partage.

« Le serviteur n’est pas plus grand que son maître. Si l’on m’a persécuté, on vous persécutera, vous aussi » (Jn 13, 20). Non seulement le chrétien ne peut pas mépriser mais il est et sera méprisé. Chaque fois que la tentation du mépris nous menace, invoquons les martyrs et au premier chef le Christ, roi des martyrs. Les persécutions sont le meilleur antidote à la tentation du mépris. Les persécutions, le mépris des Chrétiens jusqu’au meurtre, nous interdisent tout mépris. Chaque fois que nous ressentons une once de mépris pour qui que ce soit, nous trahissons les martyrs : ils ont enduré la Passion du Christ pour que nous soyons du côté de ceux qui sont méprisés, jamais de ceux qui méprisent.

Pour aimer nos frères, invoquons les martyrs. Comme un avant-goût de Toussaint.

Père Christian Lancrey-Javal, curé

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