Solennité de la Toussaint - 1er novembre 2019

Mt 5, 1-12

 

Au catéchisme avant les vacances, une des catéchistes m’a demandé de rappeler aux enfants que la Toussaint n’est pas la fête des morts. Elle a raison même si la confusion ne me gêne pas puisqu’il faut attendre d’être mort pour être saint. J’ai répondu à son souhait et présenté cette fête aux enfants comme la ‘fête de Marie et de tous les Saints’ : Marie première en chemin, mère et modèle de sainteté. C’était mon homélie du 11 août sur les trois grandes fêtes chrétiennes de l’Espérance : l’Ascension, l’Assomption et la Toussaint. Les deux premières sont des montées au Ciel, du Christ et de Marie, et nous voici aujourd’hui avec les Saints de plain-pied au Paradis. Je me suis donc dit que j’allais vous donner une description du Paradis. ‘Avec projection de photos ?’ s’est moqué mon papa.

Ne disons pas trop vite que nous ne savons rien du Paradis. Nous savons qu’il est peuplé, et même abondamment peuplé : « une foule immense », dit la 1èrelecture de l’Apocalypse, « que nul ne pouvait dénombrer, une foule de toutes nations, races, peuples et langues ». C’est un 1ersujet d’inquiétude : comment va-t-on faire pour retrouver ceux qu’on aime, et pour ne pas étouffer : comment va-t-on faire pour s’y sentir à l’aise, je ne dis même pas heureux mais pas bousculé ni oppressé ?
S’il y a bien un sentiment absent de la vision biblique, c’est celui d’oppression. Nous disons le Ciel, aller au Ciel parce que le Paradis est aérien et aéré. Voyez ces anges qui se tiennent en cercle autour du Trône, et se prosternent pour adorer Dieu : on ne sera pas serrés les uns contre les autres, comme dans les cimetières, ni en vrac, ce sera aérien et ordonné sans excès : pas d’oppression au Paradis. Ouf.

Ce sentiment paisible sera d’autant plus fort que nous vivrons cette expérience qui est une des plus belles de l’existence quand on rencontre quelqu’un et qu’on a l’impression de l’avoir toujours connu, quand on est immédiatement à l’aise, la possibilité d’être enfin et pleinement soi-même. Nous serons les uns avec les autres au Paradis comme si on s’était toujours connus. C’est le principe de l’éternité qui n’a ni début ni fin. On n’aura pas de difficultés, – après les claustrophobes et les agoraphobes, je voudrais rassurer les timides et les coincés – on n’aura plus de difficultés à se parler, à se lier, converser, puisqu’on se sera toujours connus. Comme si on s’était quittés la veille. Avec l’avantage que la franchise y sera de mise, ‘onctueuse’ (telle une onction), sans hypocrisie ni mondanité.
La deuxième caractéristique du Paradis, après l’aération, est la fluidité. On sera comme des anges, dit Jésus dans l’évangile, ce qui ne veut pas dire qu’on n’aura pas de corps, mais qu’ils ne seront plus une entrave ni un obstacle.

Cela m’amène à la 3èmeinquiétude qui concerne notre corps et l’idée même de résurrection : quelle place aura-t-il, notre corps ressuscité, pour ne pas dire quelle forme aura-t-il ? Si nous ne pouvons l’imaginer, ce que nous pouvons dire, que l’Eglise enseigne, est qu’il sera en harmonie avec notre âme et notre esprit. Concrètement, nous n’aurons plus à gérer toutes sortes de besoins, désirs, souffrances ou envies : nos mouvements intérieurs seront une éternité de délices. Nos désirs ne seront plus nos tyrans ni nos ennemis, mais des enfants chéris.
Prenons une comparaison : lors des baptêmes, comme de toute fête de famille, les enfants présents peuvent être un bonheur ou une calamité. Parfois ce sont des anges, plus que bien élevés : respectueux et fascinés. Au Paradis, nos désirs seront des anges, délicieux et obéissants. Notre corps ressuscité se laissera conduire par notre esprit sanctifié.

Cela m’amène à la 4èmeet la plus grande inquiétude sur le Paradis dans son éternité : vous êtes sûrs qu’on ne va pas s’ennuyer ?
Cette question est celle de personnes qui n’ont jamais connu la plénitude de l’amour, où la présence de l’être aimé suffit pour nous combler. La vision et la présence du Christ à la droite du Père sera inséparable de la totalité de la vie dans l’Esprit, de la parfaite harmonie de l’unité dans la diversité. Non pas l’uniformité dans la monotonie, mais l’unité dans la diversité : nous découvrirons éternellement, dans son caractère inépuisable, « la largeur, la longueur, la hauteur, la profondeur … de l’amour de Dieu ! Vous connaîtrez ce qui dépasse toute connaissance : l’amour du Christ. Vous serez comblés une fois que vous serez entrés dans la plénitude de Dieu » (Eph 3, 14).
Nous ne cesserons de découvrir dans l’éternité la beauté de Dieu. Le Paradis est une harmonie et il faut l’imaginer ainsi, esthétiquement, dans sa gloire. Le pape Jean-Paul II disait aux artistes qu’ils pouvaient pressentir quelque chose de la joie, de l’émotion de Dieu quand il a créé le monde : les artistes ont aussi pour mission de nous laisser entrevoir quelque chose de la beauté du Paradis.

Parce qu’il est divin, le Paradis est un Royaume de douceur. C’est le 5èmetrait qui ressort de l’Ecriture, de la façon dont la Bible parle de la terre promise comme un pays de lait et de miel. Venez à moi dit Jésus car je suis doux, et humble de cœur. Heureux les doux, dit la 3èmebéatitude, après ceux qui pleurent, après les larmes de la mort : Heureux les doux, car ils recevront la terre en héritage. La première impression en arrivant, la certitude que vous aurez d’être au Paradis, sera la douceur. La présence du Seigneur dans sa Gloire enlèvera toute larme et tout conflit.

Que cette promesse, faite aux doux, de recevoir la terre promise, achève de dissiper vos inquiétudes et fasse grandir en vous l’envie du Paradis : la seule condition nécessaire pour y entrer est l’envie, la volonté d’y aller !
Et comment n’en aurions-nous pas le plus grand désir, d’être pour toujours avec Jésus, en son Royaume aérien et aéré, un lieu de fluidité où chacun sera heureux de parler aux autres, grâce à nos corps ressuscités, sans plus jamais connaître la moindre contradiction ni contrariété. L’émerveillement et la découverte seront sans fin, tout en harmonie et en douceur. C’est le principe des mystères chrétiens : ce que nous ne cessons d’approfondir. Nous verrons Dieu de nos yeux, de bienheureux. Nous saurons pourquoi Dieu nous a créés.

Père Christian Lancrey-Javal, curé

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