29ème dimanche du Temps Ordinaire - 20 octobre 2019

Lc 18, 1-8

 

Quelles sont les prières que Dieu exauce ? De la réponse à cette question dépend ou découle notre vision de Dieu, de sa bonté – sans aller jusqu’à en faire un père Noël ou un ‘distributeur’ -, de sa puissance contestée par ceux qui n’ont pas été exaucés. Nous avons tous l’expérience de prières qui n’ont pas été exaucées. Pourquoi ? Quelles sont les prières que Dieu exauce ?

Je vous propose pour cela d’entrer dans cette parabole sur la nécessité de toujours prier sans se décourager en nous demandant qui est l’adversaire de cette veuve ? C’est le point de départ de la parabole. Ils sont trois : le juge indigne qui ne craignait pas Dieu et ne respectait pas les hommes ; la plaignante, une veuve ; et son adversaire. Qui est-il ? La parabole ne le dit pas. Ce qu’on peut dire est qu’à la différence de cette femme, il ne croyait pas à la justice : il n’a pas été prudent. Face à une veuve, symbole à l’époque de faiblesse, il abusait de la situation. Vous avez reconnu les quatre vertus cardinales, qui vont deux par deux : justice et prudence, force et tempérance. Ce sont des critères pour notre prière et pour mener une vie droite, des vertus spirituelles autant que morales.

Le Diable, l’Adversaire par excellence, n’a de cesse de les brouiller : il sépare la justice de la prudence comme on le voit dans les lois de bioéthique ou l’accueil des étrangers, tous ces changements qui se veulent justes mais qui ne sont pas prudents.
La prudence est prévoyante, et va bien au-delà de la précaution qui prend garde. La précaution est pour soi, comme on prend ses précautions, tandis que la prudence a trait au bien commun. Prudence et précaution n’ont pas la même échelle de temps. Et le temps de la justice n’est pas celui de la vie présente. On a pris l’habitude d’opposer la justice de Dieu à celle des hommes, en pensant que la première sera plus clémente. Pourquoi la justice de Dieu serait-elle plus clémente que celle des hommes ? Dieu a horreur du péché et il vomit les tièdes qui s’en accommodent, qui, à l’image de ce juge, ne le craignent pas, ne l’adorent pas, ne l’espèrent pas, et qui n’ont pas plus de respect pour leurs frères.

La volonté de Dieu, notre prière de tous les jours : Que ta volonté soit faite, est, plus encore que nous l’aimions, que nous l’adorions. L’adorer est la volonté de Dieu, que nous l’adorions en esprit et vérité, « tels sont les adorateurs que recherche le Père » (Jn 4, 23). Le mot que nous utilisons de ‘croyants’ s’est vidé de son sens : le Fils de l’homme, quand il viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre ? Êtes-vous, sommes-nous, mes amis, de vrais adorateurs, qui rendons visible et concrète notre foi, qui traduisons notre foi en actes ? L’adoration du Saint-Sacrement, mise à l’honneur dans les paroisses et communautés, et qui n’est autre que la poursuite de la prière en dehors de la messe, a le mérite de rendre visible notre foi, réelle notre adoration du Christ, dans l’Eglise et pour le monde : prendre du temps pour contempler l’Hostie, pour apprendre à voir Dieu en nos frères.
Adorer Dieu est juste et prudent puisque ça se terminera comme ça. C’est la condition pour entrer dans la vie éternelle, comme le montre la fin du récit de la guérison de l’aveugle-né dans l’évangile de saint Jean. Jésus apprit qu’ils l’avaient jeté dehors. Il le retrouva et lui dit : Crois-tu au Fils de l’homme ? Il répondit : Et qui est-il, Seigneur, pour que je croie en lui ? Jésus lui dit : Tu le vois, et c’est lui qui te parle. Il dit : Je crois, Seigneur ! Et il se prosterna devant lui (Jn 9, 35-38).

Le diable veut nous faire croire que ce qui est sans conséquence aujourd’hui le sera demain : il est le mauvais génie de l’impunité. Comment comprendre qu’il y ait tant de personnes que l’injustice ne choque pas, que le mensonge n’effraye pas ? Plutôt que de dire ‘Vous n’avez pas honte ?’, on devrait demander : ‘Vous n’avez pas peur ?’. Vous n’avez pas peur de tricher, mentir, tromper, voler ?

Le diable sépare la justice de la prudence et la force de la tempérance : on parle beaucoup de manque de confiance en soi, alors que c’est le phénomène inverse qui prédomine vu tous ceux qui préjugent de leurs forces, qui abusent de leur autonomie et leur indépendance. « Soyez sobres, veillez : votre adversaire, le diable, comme un lion rugissant, rôde, cherchant qui dévorer. Résistez-lui avec la force de la foi, car vous savez que tous vos frères, de par le monde, sont en butte aux mêmes souffrances » (1 P 5, 8-9).
Quelles sont les prières que Dieu exauce ? Celles qui nous réunissent, que nous faisons et que nous portons ensemble dans nos assemblées, que nous partageons et qui nous relient les uns aux autres autant qu’elles nous relient à Dieu. C’est le sens étymologique le plus probable de la religion : ce qui nous relie à Dieu et les uns aux autres.

Ils sont trois dans cette parabole : le premier, le juge ne vit que pour lui-même, alors que sa fonction originelle, voyez le Livre des Juges, est de concilier. Non pas de trancher mais d’accorder, unir. La veuve est seule. Et l’adversaire accroît sa solitude, la forçant à demander de l’aide, à crier justice.

Quelles sont les prières que Dieu exauce ? Elles ne peuvent pas, s’il est Juste, et Jésus est le seul Juste, elles ne peuvent pas être la seule défense de nos intérêts, ni la satisfaction de nos besoins. Nous prions Dieu pour demander la santé, la sécurité, l’argent, pour les autres plus que pour nous ! Les Anciens expliquaient qu’il vaut mieux que chacun prie pour les autres plutôt que pour soi.

La prière instante de la veuve a été exaucée parce qu’elle demandait que justice soit faite. Ce n’est pas la même chose que ses intérêts soient défendus. Ne séparons pas la justice de la prudence pour ne pas confondre la justice et nos intérêts. Une jeune fille de treize ans ne supportait pas la relation amoureuse de sa mère avec un nouveau compagnon : elle a prié pour qu’il meure. L’homme est tombé malade. Vous imaginez la détresse de la fille ? Comme cette femme arrivée en soins palliatifs qui répétait qu’elle voulait mourir. Une infirmière lui installe une perfusion, y injecte un produit : la malade croit que c’est la piqûre létale et crie à tue-tête qu’elle ne veut plus mourir ! Elle a retrouvé la paix une fois qu’elle a été entourée et sa souffrance adoucie : elle s’est éteinte sans violence. La jeune fille a demandé pardon au Seigneur. L’homme a été guéri, il s’est converti et est retourné à l’Eglise.

Quelles sont les prières que Dieu exauce ? Ce ne sont pas tant des prières qui concernent des biens, corporels, matériels ou spirituels. Ce ne sont pas tant des prières qui concernent des personnes, que nous aimons ou que nous voudrions aimer. Ce sont plutôt des prières qui concernent nos relations entre nous et avec Lui. Il faut que nous raisonnions chrétiennement en termes de relations plus que de personnes : ce juge de la parabole était mauvais par sa relation à Dieu qu’il ne craignait pas et par ses relations aux autres qu’il ne respectait pas. Il a fini par écouter les prières de cette femme qui représente l’Eglise, fidèle au Christ.

Posez-vous la question : pour quoi priez-vous ? Pour vos intérêts ou pour la justice ? Pour la satisfaction de vos besoins ou la conversion de vos frères ? Notre conversion et celle de nos frères.

Père Christian Lancrey-Javal, curé

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