28ème dimanche du Temps Ordinaire - 13 octobre 2019

Lc 17, 11-19

 

Les dix lépreux ont été purifiés. Ils ont reçu l’Esprit Saint : Dieu seul purifie.

Ils étaient croyants, en langage catholique ils étaient baptisés, ils avaient reçu la foi – Jésus le dit à la fin : ‘ta foi t’a sauvé’. Ils croyaient que Jésus pouvait ‘faire quelque chose’ : « Jésus, maître, prends pitié de nous ! ». Maître, Epistate en grec, terme propre à l’évangile de saint Luc, que Simon-Pierre emploie lors de la pêche miraculeuse (Lc 5, 5) et les disciples lors de la tempête apaisée (Lc 8, 24), ou praeceptor en latin signifie qui commande et qui enseigne. Tous ont reçu l’Esprit Saint. Un seul s’est converti. Il y a le don de Dieu, et la liberté de l’homme.

L’expression ‘revenir sur ses pas’ est un peu minimaliste, avec une tonalité régressive, ‘regressus est’ en latin, qui pourrait marquer un recul en arrière, c’est ainsi que les incroyants conçoivent la démarche religieuse, au contraire du progrès. Certains croyants aussi craignent de regarder en arrière, se souvenant de ce qui est arrivé à la femme de Loth, le neveu d’Abraham : elle a été transformée en colonne de sel, comme une lèpre durcie (Gn 19, 26). Un paroissien m’a rapporté ce que lui avait dit un rabbin : la femme de Loth n’a pas été punie disait-il pour avoir regardé en arrière mais pour s’être réjouie du malheur des autres. L’explication est jolie mais ne correspond pas au texte : à cet endroit-là du texte, l’ordre était un interdit de regarder en arrière. Elle avait enfreint un interdit.

Tout autre est la parole de Jésus aux lépreux : ‘se montrer aux prêtres’. La loi l’exigeait une fois guéri, pour que le prêtre authentifie le fait, et autorise la réintégration sociale. Autrement dit, c’est une Bonne Nouvelle, l’annonce de leur guérison. Et de fait, en cours de route ils furent purifiés. En langage catholique, ils ont été confirmés, ils ont reçu l’Esprit Saint : reçois l’Esprit saint, le don de Dieu.
J’ai proposé aux fiancés baptisés non confirmés de recevoir ce sacrement, en leur rappelant que c’est Dieu qui confirme et non la personne qui ratifie. La confirmation forme un tout avec le baptême et la communion, le baptême marquant le lien au Père (l’adoption filiale), la communion au Christ, la confirmation donnant la liberté dans l’Esprit, au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Je leur ai dit qu’être confirmé est nécessaire pour communier le jour du mariage. Comme de s’être confessé. Il s’agit de cohérence et non d’obligation. Cohérence de vie, des sacrements et de leur raison d’être : Jésus est Seigneur.

Les dix ont été purifiés ; un seul s’est converti. Est-ce que nous pouvons imaginer la scène, leur guérison en chemin ? Bien sûr qu’ils s’en sont rendu compte ! Leur peau devenue nette comme un enfant, la lèpre disparue ! Ils sont sidérés. A la stupeur succède une joie mêlée de crainte que ce soit un rêve, que cela ne dure pas, que la maladie revienne. Ils continuent leur chemin sauf un qui décide d’en avoir le cœur net : ‘Hé, les gars, on y retourne, on retourne le voir ?’ – ‘Ben non, il a dit d’aller nous montrer aux prêtres, et il faudra le faire de toutes façons pour pouvoir rentrer chez nous’.

Lui avait compris, sous l’action du Saint-Esprit, que c’est Jésus le Prêtre, le grand prêtre de l’Ancienne et de la Nouvelle Alliance. Jésus est le prêtre par excellence, comme la messe est le sacrement par excellence. L’homme repart en glorifiant Dieu. C’était un Samaritain.

Les Samaritains étaient restés en Israël, chez eux en Samarie, lors de l’Exil à Babylone, et leur rupture avec le reste d’Israël avait été consommée au retour de l’Exil : ils avaient vu leurs frères partir et revenir avec de nouvelles pratiques, et ils se moquaient de leurs grands discours sur la fidélité. Quand nous, Catholiques, comparons Samaritains et Protestants, deux types de frères séparés, il faut l’entendre positivement, protestant contre nos incohérences et nos contradictions. Schismatiques ? Non, critiques. De quoi le Samaritain est-il le nom ? Du sens critique, de la capacité à se remettre en question, d’une recherche de cohérence. C’est vrai de la Samaritaine chez saint Jean, du Bon Samaritain chez saint Luc : ils sont remarquables de sens critique, au bon sens du terme, de jugement sûr, de liberté intérieure.

La question de Jésus : ‘Les neuf autres, où sont-ils ?’ peut alors s’interpréter ainsi : ‘Pourquoi font-ils passer le respect de la Loi avant le cri du cœur ? Comment peuvent-ils être purifiés sans crier de joie, aller se montrer aux prêtres sans chanter leur reconnaissance ?’ La louange ! La louange, mes amis ! Que signifie rendre Gloire à Dieu, célébrer sa grandeur ? Comment voulez-vous croire à sa grandeur avec une petite louange ? Le lépreux guéri hurlait sa joie, glorifiant Dieu à pleine voix ! Crier de joie, c’est prier trois fois.

Stop ! Il s’est arrêté tout net devant Jésus. Il s’est jeté à ses pieds. Merci Jésus. Merci. Merci Seigneur. Couvrant le sol de baisers comme autant de ces ex-votos, ces plaques de marbre qui tapissent les murs des chapelles et des églises. Merci et Pardon. Sinon pourquoi se serait-il prosterné ? Pas de merci sans pardon, ni de pardon sans merci. Rendons grâce à Dieu pour sa bonté et sa miséricorde ! Dieu est Amour.

Venant de la société civile, j’ai été étonné de ne pas trouver dans l’Eglise de sens critique ni de culture de l’évaluation. Nous parlons d’examen de conscience sans faire le bilan de nos actions. Nous faisons et entreprenons beaucoup de choses, recevons et confions toutes sortes de missions, et nous n’évaluons guère les résultats. Nos églises se sont vidées, la majorité des baptisés se sont éloignés et continuent de s’éloigner sans qu’on cherche à savoir pourquoi. Rarement on voit un curé ou un évêque dire en fin de mandat comme dans la parabole des talents : voilà, Seigneur, tu m’as confié x centaines ou milliers de fidèles, il n’y en a plus que le dixième, le tiers ou la moitié. La faute à pas de chance.
Mes amis, pour entrer dans la louange nous devons développer ce sens critique pour revenir à Dieu de tout notre cœur. Il faut tenir les deux : louange et sens critique. Louange et auto-critique. Merci et pardon.

A une prière des Vêpres du samedi, il y a une très belle prière d’intercession qui demande au Seigneur de regarder avec bonté ce que fut notre vie pendant la semaine, suivant cinq aspects : d’abord la mission qui nous est confiée à chacun. C’est ainsi que la prière commence : « Créateur souverain, tu nous as confié le monde ». Puis elle contemple tous ceux qui nous sont donnés, avec qui nous vivons et travaillons : les compagnons de travail, les frères, les personnes que nous rencontrons, avant que la prière se conclut comme à chaque Vêpres par une intention pour les défunts. Voici cette prière :

Créateur souverain, tu nous as confié le monde :
pour tout progrès, merci ; pour toute lâcheté, pardon.
Tu nous as donné des compagnons de travail :
pour les secours donnés et reçus, merci ; pour les malveillances et les jalousies, pardon.
Tu nous as donné des frères :
pour les témoignages d’affection, merci ; pour tout manque d’amour, pardon.
Tu nous as donné de rencontrer des inconnus :
pour les amitiés qui se sont nouées, merci ; pour nos indifférences, pardon.
Regarde avec bonté ceux qui sont morts de mort brutale ou dans l’isolement :
accueille-les dans le repos éternel. Amen.

Il dépend de nous que chacune de ces paroles soient incarnées, prennent autant de visages. On pourrait intituler cette prière : la vie dans l’Esprit. Cohérence de vie et liberté dans l’Esprit.

Père Christian Lancrey-Javal, curé

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