14ème Dimanche du Temps Ordinaire - 4 juillet 2021

Mc 4, 26-34

 

Il y a deux expériences plus une troisième indispensables à la sagesse humaine : ces deux expériences sont l’échec et le mépris, l’autre est le deuil. Tant qu’on n’a pas fait ces trois expériences, il y a beaucoup de choses, beaucoup de personnes qu’on ne comprend pas, sachant que ces trois expériences ont en commun qu’on ne saurait les chercher pour elles-mêmes. Il en va comme du martyre : on ne peut que le subir, il serait choquant de le souhaiter.

Il y a d’autres expériences structurantes, comme d’avoir été amoureux, une passion qui peut rester spirituelle, on disait platonique, il n’est pas nécessaire de l’assouvir. Il n’est pas sûr que les expériences sensibles, charnelles soient structurantes. Jouissives sans doute, fondatrices j’en doute. Oui, une passion amoureuse est transformante, la fécondité également : être mère, devenir père change la personne, c’est l’amour qui transforme.

La souffrance aussi façonne, à sa façon. Dans l’échec, le mépris et le deuil. Jésus a connu les trois. Sans que son cœur en soit brisé. L’échec, avec Judas, en tout cas avec les foules. Il a connu le deuil, nous le croyons pour Joseph même si l’évangile est silencieux. Il a connu le mépris, comme nous venons de l’entendre, avec les gens de son pays, de sa parenté, de sa maison. Pourquoi ? Pourquoi ou par quoi ont-ils été choqués jusqu’à le mépriser ?

Une scène de l’Ancien Testament permet de le comprendre, et de ne pas se méprendre sur ce qui fait un prophète : l’humilité. Cette scène se trouve au 2ème Livre de Samuel quand David ramena l’Arche de Dieu à Jérusalem. David, vêtu d’un pagne de lin, dansait devant le Seigneur, en tournoyant de toutes ses forces. Il dansait parmi les ovations, au son du cor.
Comme l’Arche du Seigneur entrait dans la Cité de David, Mikal, la fille de Saül, l’épouse de David, se pencha par la fenêtre  et vit le roi David qui sautait et tournoyait devant le Seigneur. Dans son cœur, elle le méprisa (2 S 6, 16).
David plaça l’Arche sous la tente qui lui avait été préparée, et il offrit des holocaustes et des sacrifices de paix. Quand il eut achevé, il bénit le peuple. Il fit distribuer à chacun une galette de pain, un morceau de rôti et un gâteau de raisins. Et tout le monde rentra chez soi.
Alors que David s’en retournait chez lui, Mikal vint à sa rencontre et lui lança : « Comme il s’est honoré aujourd’hui, le roi d’Israël ! Lui qui s’est découvert aux yeux des servantes de ses esclaves comme se découvrirait un homme de rien ! ».
David répondit : « Devant le Seigneur, qui m’a choisi de préférence à ton père et à toute sa maison pour m’instituer chef sur Israël, sur le peuple du Seigneur, oui, je danserai devant le Seigneur. Je me déshonorerai encore plus que cela, et je serai abaissé à mes propres yeux, mais auprès des servantes dont tu parles, auprès d’elles je serai honoré ». Et, jusqu’au jour de sa mort, Mikal, fille de Saül, n’eut pas d’enfant (2 S 6, 23).

Revenons à ces trois expériences de l’échec, du mépris et du deuil, pour voir leur contraire.

Le deuil est une séparation douloureuse et son contraire est la rencontre que nous vivrons au soir de notre vie de tous ceux que nous avons aimés : la joie des retrouvailles sera infinie en présence de Dieu quand nous verrons Jésus-Christ ! Imaginez l’embarras de ceux qui l’ont rejeté durant sa vie terrestre quand, en arrivant au Ciel, ils l’ont vu dans sa Gloire !

Le contraire du mépris est la reconnaissance, pour autant qu’elle soit méritée et non désirée en soi : « Ce que vous faites pour devenir des justes, évitez de l’accomplir devant les hommes pour vous faire remarquer. Sinon, il n’y a pas de récompense pour vous auprès de votre Père qui est aux cieux » (Mt 6, 1). Vous vous souvenez de cette parole que nous entendons chaque année au début du Carême ? L’enseignement qui suit donne trois clés de conduite dans la vie : contre le mépris, l’aumône, la charité. Contre l’échec, la prière. Contre ou dans le deuil, le jeûne.

Ne pensez pas que l’été nous en soyons dispensés ! Nous avons toujours besoin de fraternité que symbolise l’aumône, l’attention aux pauvres et aux petits, parce que, comme le montre l’évangile qu’on vient d’entendre, nous avons besoin d’être accueillis tels que nous sommes. 1ère condition d’une vie heureuse et réussie : avoir été traité et respecté pour soi-même.

Pour être nous-mêmes accueillants, tolérants envers les autres surtout s’ils sont différents, nous avons besoin du secours et de la grâce de Dieu ! 2ème secret du bonheur : une vie apaisée par une relation personnelle avec le Seigneur. Contre le démon du mépris, il faut se réfugier dans l’amour de Dieu. Pour ne pas mépriser ni se sentir méprisé.

La 3ème chose dont nous avons besoin est de liberté que l’évangile nous appelle à vivre dans le renoncement et la maîtrise de soi, et Jésus face au mépris s’en va, proclamer ailleurs la Bonne Nouvelle du Royaume : le bonheur et la réussite de notre vie suppose de savoir ce que nous devons accepter et de l’assumer. Seul ce qui est assumé pourra être sauvé. Assumer l’échec, le mépris, la souffrance de la séparation et du deuil. Oser la fraternité, suivre le Christ, trouver sa joie dans la grandeur de Dieu.

Notre cœur aurait beau nous accuser, Dieu est plus grand que notre cœur (1 Jn 3, 20).

Père Christian Lancrey-Javal, curé

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