13ème Dimanche du Temps Ordinaire - 27 juin 2021

Mc 5, 21-43

 

Cette femme hémorroïsse a connu un succès considérable au début de l’Eglise : elle a été une des femmes les plus inspirantes des premières communautés, bien plus par exemple que la Samaritaine. On a retrouvé à Rome, dans la Catacombe de Marcelin et Pierre, une fresque la représentant s’approchant de Jésus, une fresque du 4ème siècle extraordinaire par la finesse des traits, la science des drapés et des ombres, la maîtrise de la perspective, et qui constitue une des plus anciennes représentations du Christ, non pas un Jésus hippie, barbu et chevelu, mais un jeune héros imberbe et souriant. Sa peinture sur le mur d’un cimetière chrétien souterrain, une catacombe, fait de cette guérison une promesse de résurrection.

Les trois évangélistes Matthieu, Marc et Luc relatent ce récit de la même façon, enchâssé dans la résurrection d’une jeune fille, dont les destins sont liés puisque le début de la maladie de cette femme coïncide avec la naissance de l’enfant, âgée de douze ans. Cette enfant étant la fille d’un chef de synagogue, les écrivains spirituels des premiers siècles, les Pères de l’Eglise en faisaient une lecture allégorique : la jeune fille représente le peuple juif tandis que la femme qui souffre de pertes de sang, d’énergie et de vie, est le symbole de l’humanité souffrante, figure des païens qui viennent à Jésus par derrière autrement dit après lui. Comme Nicodème venait de nuit.

Cette interprétation était fréquente en Occident, qu’on trouve chez saint Hilaire, saint Ambroise, saint Jérôme, saint Augustin en donne un parfait résumé : « La fille du chef de la synagogue désignait le peuple juif pour qui était venu le Christ qui a dit :“Je n’ai été envoyé qu’aux brebis perdues de la maison d’Israël” (Mt 15, 24). Quant à la femme qui souffrait d’hémorragies, elle figurait l’Église des nations, à qui le Christ n’avait pas été envoyé dans sa présence physique puisque c’est en Judée qu’il avait eu une existence corporelle et visible ».

Les médecins auxquels la femme avait eu recours représentaient les philosophes païens qui prétendaient que la philosophie est la médecine de l’âme. C’est ce qu’on lit chez Origène : « Il y avait chez les païens beaucoup de médecins qui promettaient la guérison ; si l’on considère les philosophes, ils font profession de vérité, ce sont des médecins qui essaient de guérir les hommes, mais cette femme, après avoir dépensé tout son avoir personnel, ne put être guérie par aucun d’eux ». Et saint Jérôme ajoutait : « Nombreux furent ceux qui lui promettaient le chemin vers la Cité : Socrate l’a promis, Platon l’a promis, Aristote l’a promis. L’hémorroïsse qui perdait son sang a cherché de nombreux médecins et n’a pu être guérie par aucun ».

Arrêtons-nous sur deux détails. Saint Marc dit que la femme, « ayant appris ce qu’on disait de Jésus, vint … toucher son vêtement », alors que Matthieu et Luc précisent qu’elle touche « la frange de son vêtement » (Mt 9, 20 ; Lc 8, 44), les tsitsit, les longs fils qui pendent aux quatre coins des vêtements des Juifs conformément au commandement de la Torah : « Le Seigneur parla à Moïse. Il dit : Parle aux fils d’Israël. Tu leur diras qu’ils se fassent une frange aux pans de leurs vêtements, et ceci d’âge en âge. Vous aurez donc une frange ; chaque fois que vous la regarderez, vous vous rappellerez tous les commandements du Seigneur et vous les mettrez en pratique » (Nb 15, 38-39). Le vêtement qui porte ces tsitsits’appelle le talit, d’où le jeu de mots de la fin : « Talitha koum »

Qu’elle touche la Loi, par ces franges, ou le manteau de Jésus, dans les deux cas, elle cherche sa protection

Plus difficile est la question de Jésus : ‘Qui m’a touché ?’. « Pourquoi parlait-il comme s’il ignorait ? » demande Tertullien qui pense que c’est « pour provoquer sa confession, éprouver sa crainte ». Pour saint Jérôme c’était plutôt une façon de faire connaître le miracle, afin que Dieu fût glorifié par ceux qui en étaient les témoins. Quant à saint Augustin, « cette ignorance du Christ est une figure » qui révèle l’ignorance par la femme du Sauveur : quand la femme n’était pas encore croyante et ne connaissait pas Jésus, c’est comme si elle n’était pas connue de lui, puisque selon saint Ambroise, « être connu par le Christ, c’est être guéri » !

D’où notre prière : Souviens-toi de moi Seigneur !

Connais-moi et je te connaîtrai comme je suis connu. Le rôle de la foi est de nous faire passer de la proximité à la connaissance. On peut être proche et ignorant. C’est une chose de se côtoyer, de se croiser, voire de se toucher, c’est autre chose de s’écouter et de se connaître.

Approchons-nous du Christ pour être guéri, demeurons auprès de lui pour contempler sa Gloire.

Voudriez-vous reprendre dans votre prière le Prologue de la 1ère Lettre de saint Jean ?

« Ce qui était depuis le commencement,
ce que nous avons entendu,
ce que nous avons vu de nos yeux,
ce que nous avons contemplé
et que nos mains ont touché du Verbe de vie,
nous vous l’annonçons.
Oui, la vie s’est manifestée,
nous l’avons vue, et nous rendons témoignage :
nous vous annonçons la vie éternelle
qui était auprès du Père et qui s’est manifestée à nous.
Ce que nous avons vu et entendu,
nous vous l’annonçons à vous aussi,
pour que, vous aussi, vous soyez en communion avec nous.
Or nous sommes, nous aussi, en communion
avec le Père et avec son Fils, Jésus Christ.
Et nous écrivons cela, afin que notre joie soit parfaite ».

Père Christian Lancrey-Javal, curé

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