22ème dimanche du temps ordinaire - 30 août 2020

Mt 16, 21-27

 

A ceux qui me demandaient, pendant le confinement, je conseillais de suivre la messe à la radio plutôt qu’à la télévision ou sur internet. La meilleure façon de se concentrer est de fermer les yeux. Pour mieux écouter. Ma conviction est que la baisse de la pratique religieuse, son effondrement correspond à l’explosion de l’audiovisuel, l’avènement d’un nouvel âge de captation des esprits par l’image.

Posons-nous la question de savoir à quels moments de la messe nous parlons je veux dire de nous-mêmes, comme nous le voulons ou de ce qui fait notre vie. Pour ainsi dire très peu. J’entends toutes sortes de critiques qui sont faites à la messe, dont certaines sont fondées, mais une fois qu’on les a passées en revue, il faut se résoudre à affronter le véritable écueil : pour suivre la messe, pour suivre le Christ, pour aimer, il faut être capable d’écouter.

Pour être capable d’aimer, il faut être capable d’écouter.

La messe, l’Eucharistie est la source et le sommet de la vie chrétienne parce qu’elle est fondée sur l’écoute. Dès le chant d’entrée qui suppose que nous unissions notre voix au chant de l’assemblée, et que nous écoutions nos voisins en même temps que nous chantons – pour unir nos voix et ouvrir nos cœurs.

La plupart des personnes que je rencontre qui ne vont pas à la messe préfèrent entrer seules dans une église, être seules pour prier. Quand je leur demande si elles prennent l’évangile ou une page de la Bible, elles me regardent étonnées comme s’il y avait besoin d’un texte pour parler ! Elles ne vont pas à la messe parce qu’elles ne veulent pas écouter.

A Pierre qui n’a pas écouté ce qu’il venait d’annoncer, Jésus dit : passe derrière moi qui suis le Verbe de Dieu. Passe après, derrière la Parole de Dieu ! Voilà comment il faudrait traduire l’interpellation de Pierre : tu es Satan celui qui n’écoute pas Dieu.

On peut déplorer la faible capacité d’attention des nouvelles générations : sans doute s’est-elle accentuée en proportion du temps passé derrière les écrans, mais la réaction des disciples aux annonces par Jésus de sa résurrection – nous avons ce dimanche la 1èreannonce et la réaction de Pierre mais les deux autres annonces sont également suivies de propos inconsidérés – montre que cette difficulté est universelle. C’est le péché originel : une distraction mortelle.

Nous avons pour écouter et pour aimer quatre efforts ou progrès à faire.

Le premier nécessite de se dégager de nos préoccupations et c’est pourquoi le dimanche nous venons dans ce lieu intemporel et sacré qu’est l’église. Intemporel et sacré : les deux vont de pair. Je vous disais dimanche dernier que la mort de Jean-Baptiste dont nous faisons mémoire ce 29 août avait été un tournant majeur de la vie de Jésus. Pour Pierre aussi, qui connaissait Jean-Baptiste et qui l’a en tête en s’opposant à Jésus : ‘Tu ne peux pas mourir comme les autres prophètes !’. Or, que venait de dire Jésus ? Qu’il devait mourir et ressusciter !

Il y a aussi la marche sur les eaux, la multiplication des pains, tout ce que les disciples vivent de bouleversant qui expliquent la réaction de Pierre, comme lorsqu’il s’opposera à Jésus au dernier repas, promettant qu’il ne l’abandonnera pas. Il faut prendre cela en compte dans ce qui vous est dit comme dans ce que vous entendez : les circonstances.

Elles expliquent la réaction de Pierre, mais moins que son attachement à Jésus. Les réactions humaines sont affectives et les réactions affectives sont humaines : nous réagissons sous le coup de l’émotion et heureusement : il n’y a rien de pire que le silence ou l’indifférence. Jésus ne reproche pas à Pierre ses sentiments mais ses pensées, ses déductions déformées par son affectivité.

3èmeeffort à faire, après un minimum de recul à l’égard des événements, après un minimum de maîtrise de nos sentiments, un effort de mémoire. C’est la principale condition de l’écoute que de relier ce qu’on entend à ce qu’on a vécu, à ce qu’on connaît et qui tient la route. La réponse de Jésus vient certes secouer rudement Pierre, le mettre en garde –  Satan ! pour le confirmer à sa suite, avec le même appel qu’au bord du lac : derrière moi, venez derrière moi avait-il dit (Mt 4, 19). Ecouter veut dire : se souvenir.

Enfin, la clé de l’écoute est la confiance. Une amie qui hésitait à renoncer à un univers dans lequel elle s’était fourvoyée me demandait : comment est-ce que je saurai que je ne me serai pas trompée en renonçant ? La réponse est la même que pour les prophéties : elles sont vraies quand elles se réalisent, pareil pour vous, vous aurez eu raison quand vous serez épanouie, quand vous respirerez à nouveau. Nous sommes tous tentés un jour de regretter une décision difficile : est-ce que j’ai eu raison de faire ça ? La seule réponse est l’épanouissement ultérieur, la validation dans le temps : la raison donne du temps et le temps donne raison. La croix que le Christ nous demande de porter, les renoncements auxquels il a consentis et auxquels il nous appelle, ne peuvent être séparés du bonheur qui vient. Comment est-ce que vous saurez que vous ne vous êtes pas trompé en suivant le Christ ? Lorsque vous le verrez dans la Gloire, lorsque vous verrez le Fils de l’homme debout à la droite du Père. Mais vous le voyez déjà dans son Eglise, qu’il a confiée à Pierre.

A vous qui reconnaissez le Christ dans les plus petits de nos frères, l’avenir donnera raison. Chrétiens, l’avenir vous donnera raison.

Père Christian Lancrey-Javal, curé

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