23ème dimanche du temps ordinaire - 6 septembre 2020

Mt 18, 15-20

 

Le nombre de places est actuellement limité dans l’église : il y a moins de bancs, ils sont espacés, et il vous est demandé de n’être que deux par banc au lieu de quatre (sauf pour les membres d’une même famille). Imaginez, et ce n’est pas imaginaire, deux paroissiens arrivant vingt minutes en avance pour être bien installés. Et voilà que, la messe ayant commencé, une personne vient s’asseoir avec eux sur le même banc. Pousse-toi d’là que j’m’y mette. C’est culotté. Eux n’osent rien dire, pour ne pas gêner. Magnifique illustration de l’expression ‘se mettre à la place des autres’ !
Mettez-vous à la place des premiers : ils ont fait l’effort de venir en avance. Mettez-vous à la place de la personne en retard qui avait peut-être de bonnes raisons de l’être et qui ne savait peut-être pas qu’on ne pouvait être que deux par banc. Nous vivons ce type de situation en permanence, par mépris des lois et confusion sur ce qu’est la charité.

Dans la parabole des dix jeunes filles invitées à des noces, que nous entendrons début novembre, cinq d’entre elles étaient prévoyantes et avaient pris, avec leurs lampes, des flacons d’huile, et cinq étaient insouciantes. Lorsque les insouciantes demandèrent aux premières : ‘Donnez-nous de votre huile, car nos lampes s’éteignent’, les prévoyantes répondirent : ‘Jamais cela ne suffira pour nous et pour vous, allez plutôt chez les marchands vous en acheter’ – Et il ne s’agit pas d’un manque de charité !
Qui doit en effet se mettre à la place de l’autre ? Est-ce que c’est aux prévoyantes de se mettre à la place des insouciantes ? N’est-ce pas plutôt aux insouciantes de se mettre à la place des prévoyantes, c’est-à-dire à l’école de la vertu ?
J’ose espérer que, dans l’évangile de ce dimanche, vous ne vous identifiez pas à celui qui a commis un péché ! J’ose espérer que dans les films que vous regardez et les livres que vous lisez vous ne vous identifiez pas aux méchants – si sympathiques soient-ils.

Avant de nous mettre à la place de qui que ce soit, regardons d’abord où est le Bien, la vertu. Nous l’entendions dimanche dernier dans la Lettre aux Romains : « Je vous exhorte, mes frères, par la tendresse de Dieu, à lui présenter votre corps – votre personne tout entière –, en sacrifice vivant, saint, capable de plaire à Dieu : c’est là, pour vous, la juste manière de lui rendre un culte » (Rm 12, 1).

Dans la parabole des dix vierges, ‘l’autre’ dont il fallait se mettre à la place est l’Epoux dont ces dix jeunes filles attendaient la venue, car dans notre vie, la question que nous devons nous poser est celle de la place que nous donnons au Seigneur.

Mettez-vous à ma place. Le seul qui puisse dire cela, en rigueur de termes, c’est Dieu ! Sans avoir à ajouter : mettez-vous à ma place pour ce qui est bien mais pas pour ce qui est mal. Dans l’exemple du retardataire à la messe, mettez-vous à sa place pour ce qui est bien, sa présence à la messe, mais pas pour ce qui est mal, son imprévoyance et son incruste.

Mettez-vous à ma place dit Dieu, en vous rappelant que vous n’êtes rien et que Je suis tout. Et que je vous ai tout donné : la vie, la croissance et l’être, l’amour et la liberté. Et qu’en avez-vous fait, que faites-vous de ce que je vous donne et ne cesse de vous donner dit le Seigneur ?

Et le comble est que l’homme se met effectivement à la place de Dieu mais seulement quand ça ne va pas ou quand ça ne va plus, quand il ne comprend plus, face au mystère du mal : pourquoi Seigneur permets-tu cela ? Moi, à ta place, je ne laisserais pas faire ça.

Et le Seigneur, dans sa patience et sa douceur infinies, répond dans l’évangile qu’on vient d’entendre : Eh bien, essaye. Puisque tu te crois plus fort que moi, quand ton frère vient à pécher contre toi, comme tes frères et toi ne cessent de pécher contre moi dit le Seigneur, va, essaye, va le trouver et vois comme c’est facile d’obtenir sa conversion ! Vas-y. Essaye.

Vous pensez que je ne sais pas élever mes enfants dit le Seigneur, puisqu’ils se sont détournés de moi. Eh bien montrez-moi, montrez-moi vous comment vous y arrivez.
De même que je vous ai associés à la Création dit le Seigneur, en vous confiant la terre et tous ses habitants, de même je vous associe à la Rédemption : « tout ce que vous aurez lié sur la terre sera lié dans le ciel, et tout ce que vous aurez délié sur la terre sera délié dans le ciel ».
Simplement ne séparez pas l’un de l’autre, la Création et la Rédemption, le mystère de l’amour, le mystère du Bien, et le mystère du Mal.

L’Ancien Testament a une bonne façon de le signifier : il appelle cela ‘marcher avec Dieu’. Le 1ermodèle était Noé : Noé était un homme juste, intègre parmi ses contemporains, et il marchait avec Dieu (Gn 6, 9). Le prophète Michée en fait le résumé de toute la Loi : Homme, on t’a fait connaître ce qui est bien, ce que le Seigneur réclame de toi : rien d’autre que respecter le droit, aimer la miséricorde et marcher humblement avec ton Dieu (Mi 6, 8).

Car l’attitude la plus juste n’est pas ‘à la place’ mais avec : ensemble. Il ne s’agit pas de faire les choses ou les choix à la place des autres, mais de les faire ensemble, de se mettre d’accord avec et pour le Seigneur. « Si deux d’entre vous sur la terre se mettent d’accord pour demander quoi que ce soit, ils l’obtiendront de mon Père qui est aux cieux. En effet, quand deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis là, au milieu d’eux ». Avant d’aller vous mettre à la place des autres, commencez par vous mettre d’accord. D’abord d’accord.

Père Christian Lancrey-Javal, curé

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