19ème dimanche du temps ordinaire - 9 août 2020

Mt 14, 22-33

 

La phrase de Pierre est bizarre : non pas la 1èrepartie « Seigneur, si c’est bien toi » qui est logique en voyant Jésus marcher sur la mer. Est-ce un rêve, est-ce une illusion, un esprit, un fantôme ? Non, c’est le verbe que Pierre emploie qui est bizarre : « ordonne-moi de venir vers toi sur les eaux ». Ordonne-moi ? Pourquoi a-t-il besoin d’un ordre ? Certes le début dit que Jésus les a ‘obligés’ à monter dans la barque mais leur relation n’est-elle faite que d’ordres et d’obligations ? On s’attendrait plutôt à « permets-moi » ou « donne-moi ». Seigneur, donne-moi de pouvoir faire comme toi. Nous prions ainsi : donne-moi Seigneur comme toi ! de la  patience, du courage, de la douceur. Augmente en nous la foi et non ordonne-nous de croire.

L’explication se trouve plus haut dans l’évangile, dans l’épisode dit de la tempête apaisée : Jésus dormait dans la barque quand le vent s’est levé et les vagues allaient faire chavirer la barque. « Au secours, Seigneur, nous périssons ! » « Pourquoi avez-vous peur, gens de peu de foi ? » S’étant levé, Jésus menaça les vents et la mer et il se fit un grand calme. Ils furent saisis d’étonnement : « Quel est celui-ci, que même les vents et la mer lui obéissent ? » (Mt 8, 25-27).
Telle est la Seigneurie du Christ : il domine la Création. Vous m’appelez Seigneur et vous avez raison. C’est pourquoi Pierre demande son ordre et non sa permission de venir à lui en marchant sur l’eau.

Quel est celui-ci que même les vents et la mer lui obéissent ?

Les disciples connaissent l’histoire sainte : ils savent que les éléments ont obéi à Dieu à certains moments de l’histoire, le plus fameux étant le reflux des eaux de la Mer rouge à la sortie d’Egypte, ou le jour où le soleil s’est arrêté sur Gabaon (Josué 10, 12). Le reste du temps, les créatures n’obéissent pas à Dieu dans la mesure où elles ne peuvent pas désobéir. Ou alors c’est à rien n’y comprendre des catastrophes naturelles qui ne sont ni des punitions envoyées par Dieu ni des révoltes de la nature. Pour obéir, en conscience, il faut être libre. Seul l’être humain a cette faculté, qui vient de Dieu, qui nous a créés à son image, Dieu dont la liberté absolue transcende tout.
La 1èrelecture de ce dimanche est une très belle illustration de la transcendance de Dieu : « il y eut un ouragan, mais le Seigneur n’était pas dans l’ouragan ; il y eut un tremblement de terre, mais le Seigneur n’était pas dans le tremblement de terre ; il y eut un feu, mais le Seigneur n’était pas dans ce feu ». Le Seigneur n’est pas dans les éléments parce que Dieu transcende sa Création.  La Création n’est pas une émanation divine. Dieu n’est pas dans ses créatures autres que spirituelles, comme il est présent en nous par son Esprit.

Cette présence spirituelle de Dieu en nous se traduit dans le langage. Toutes les créatures sur terre parlent de Dieu, elles disent quelque chose de lui, de sa grandeur, de sa puissance – mais elles ne lui parlent pas. Elles ne prient pas. L’être humain est la seule créature qui peut parler à Dieu, qui peut parler d’amour, revenir à la source de l’amour, chercher l’amour.

Dieu parle, il parle d’amour, il est Amour, et l’homme répond – ou pas.

Telle est notre liberté. Comment savez-vous que vous avez été entendu, écouté, compris ? Soit la personne le dit – « Avez-vous compris tout cela ? » demandait Jésus à la fin du discours en paraboles (Mt 13, 51), ils lui répondirent : « Oui ».
Soit, et c’est encore mieux, elle le montre et elle obéit – au Bien. Heureux qui écoute la Parole et la met en pratique.

La demande de Pierre (ordonne-moi) se situe dans un cadre très particulier, qui est la mission à laquelle il participe et pour laquelle Jésus l’a appelé avec les autres disciples, mission que Jésus a reçue de son Père. L’obéissance se situe toujours dans le cadre d’une mission, c’est la différence entre obéissance et soumission, et c’est pourquoi elle est communautaire. Quand un enfant obéit à ses parents, il le fait comme tous les autres enfants dans le cadre de la mission d’éducation que leurs parents ont reçue de Dieu et de la société. Les parents pour cela bénéficient de l’expérience et des conseils de ceux qui les ont précédés, et de ceux qui les entourent.
Nous n’obéissons jamais seuls. La seule façon pour que Pierre ne perdît pas pied, n’ait pas commencé à enfoncer, aurait été que les autres disciples prient pour lui. Or, ses compagnons regardaient sans trop y croire et sans rien faire. Tous ceux qui ont une mission dans l’Eglise vous le diront : c’est portés par la prière les uns des autres que nous allons à Dieu.

Le contraste est singulier avec la scène dimanche dernier de la multiplication des pains où les disciples étaient mobilisés pour nourrir la foule. Ce n’est pas un hasard si la leçon à présent est donnée à bord d’une barque, le bateau lieu de solidarité par excellence. Ce n’est pas un hasard si Jésus a ‘embarqué’ avec lui des pécheurs du lac, qui savent ce que vivre ensemble veut dire, qui sont habitués à travailler en équipe, à obéir à un capitaine, habitués par force à s’entraider.

Nous disons, et nous avons raison, que obéir c’est écouter. Il faut ajouter que obéir c’est aider. Ici aider le Christ dans la révélation de sa puissance, de son amour, de sa bonté, et son secours en toutes circonstances. Une très ancienne prière chrétienne, Âme du Christ, se termine ainsi : Ordonne-moi de venir à toi, pour qu’avec tes saints, je te loue, pour les siècles des siècles.

Dieu qui nous a créés sans nous ne nous sauvera pas sans nous. Obéir, c’est aider Dieu à nous sauver.

Père Christian Lancrey-Javal, curé

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