33ème dimanche du Temps Ordinaire - 17 novembre 2019

Lc 21, 5-19

 

Mercredi dernier, à la réunion de préparation au mariage, mensuelle, la 3èmedepuis septembre, nous avons invité les fiancés à travailler sur leur projet de vie. La chose est importante quand les temps sont bouleversés. La fragilité du monde que Jésus rappelle dans l’évangile ne saurait être le prétexte d’un désengagement personnel. Nous aurions pu leur demander : quelle est votre idée du bonheur, votre espérance, votre vision du bonheur ? Nous leur avons proposé différents aspects, les enfants, le travail, l’argent, les amis etc. ayant déjà parlé à la réunion précédente de leurs liens à leurs familles. L’objectif est qu’ils soient clairs sur leurs attentes. Cela suppose que chacun réfléchisse à son propre projet de vie, et qu’ensemble ils n’aient pas peur de voir grand.
C’est ce qui manque le plus aujourd’hui dans l’Eglise : de l’ambition. Dans l’évangile, on voit Jésus faire face, être confronté à l’ambition de ses disciples qui se demandent entre eux qui est le plus grand. Chose remarquable pour des hommes de milieux modestes, aux professions peu reluisantes, pêcheurs du bord du lac ou collecteur d’impôts. C’est parce qu’ils avaient cette énergie, ce sens de la grandeur que Jésus les a appelés, et non en dépit de cela. Ils étaient ambitieux : c’est nécessaire pour le Salut, comme pour le bonheur. Dieu ne prend pas des nouilles pour faire des Saints. Pour devenir des Saints, il faut d’abord devenir des hommes et des femmes assumés et accomplis.
L’ambition c’est comme la religion : il en faut une bonne mesure, ni trop, ni trop peu. Trop de religion c’est la superstition, pas de religion c’est l’animalité. Il faut qu’elle soit incarnée, fondée sur des capacités, des talents. Enfin l’ambition comme la religion sont justes, vraies, quand elles sont portées par l’amour, quand elles sont au service d’autres que soi.

Un projet de vie est une nécessité, quel que soit notre âge. Nous entendions dimanche dernier un passage du 2èmelivre des Martyrs d’Israël sur le sacrifice de sept fils et de leur mère. Il fait suite au martyre du vieillard Eléazar à qui on demandait de faire semblant d’abjurer pour avoir la vie sauve (2 M 6). Ce n’est pas à mon âge, répondait-il, que je vais commencer à faire semblant et donner un mauvais exemple. Voilà une responsabilité qui croît avec l’âge : donner l’exemple. Si je suis le premier à m’indigner du manque de respect accordé aux Anciens dans notre société, il faut reconnaître leur part de responsabilité dans l’exemple donné, la pratique religieuse de cette génération qui emmenait ses enfants à la messe et a arrêté en même temps qu’eux : qu’à l’adolescence, les jeunes s’éloignent de l’Eglise est logique dans une recherche d’autonomie et d’identité. Mais que leurs parents les imitent ? Le phénomène est comparable à celui des entreprises qui s’étonnent de l’infidélité de leurs salariés après s’être débarrassés depuis des décennies de leurs vieux serviteurs. La leçon vaut pour l’Eglise comme un avertissement à ne pas confondre réformes et reniements, à demeurer fidèle au dépôt de la foi. Le progressisme est un opportunisme qui ne conduit à rien.

Nombre de fiancés ont des parents divorcés : ils n’ont pas été dissuadés. Ils font preuve de liberté. « Qu’avez-vous à répéter ce proverbe : Les pères ont mangé des raisins verts, et les dents des fils ont été agacées ? Par ma vie, oracle du Seigneur, vous n’aurez plus à répéter ce proverbe.Celui qui a péché, c’est lui qui mourra », annonce le prophète Ezéchiel (Ez 18, 2-4) dans un texte révolutionnaire sur la responsabilité. Ni la fidélité ni l’infidélité ne sont héréditaires.

Le mariage est un projet de vie communautaire, d’une communauté de vie et d’amour à l’intérieur de la Communauté qu’est l’Eglise. En principe. Nous ne croyons pas possible de s’épanouir en dehors d’une communauté, et l’Eglise ne consacre que deux états de vie : le mariage et la vie consacrée, religieuse ou assimilée.

Et les personnes seules ? En cette journée mondiale des pauvres, nous devons élargir notre regard à toutes les solitudes douloureuses car les pauvres n’ont pas de communauté. En France la moitié d’étrangers. C’est la définition du pauvre : celui qui est exclu de sa communauté. La définition évangélique du pauvre est moins économique, de moyens financiers, physique, de faiblesse de santé, que politique d’intégration sociale. Le pauvre est sans défense parce qu’il est seul. Sa souffrance vient aussi de l’indifférence de l’entourage, de leur famille ou de la société. La première église que Jésus a fondée était la foule de pauvres et de malades qui le suivaient pour l’écouter. Il les nourrissait en leur parlant du Royaume. Avant de monter au Ciel, Il a institué l’Eglise en demandant aux Apôtres de faire « de toutes les nations des disciples, les baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit, et leur apprenant à observer tout ce que je vous ai prescrit ». Une femme est venue me voir effondrée, estimant que son Diocèse était devenu ‘intégriste’ parce qu’on refuse de baptiser les adultes en situation de vie désordonnée. L’ordre de Jésus est pourtant clair : il faut les baptiser pour pouvoir leur apprendre à observer ses commandements. Pour l’Eglise, les pauvres seront toujours ceux qui ne sont pas baptisés, qui n’ont pas été plongés dans la mort et la résurrection du Christ.

Heureux les pauvres car le Royaume des cieux est donné par l’union au Christ, au-delà des apparences, au-delà des belles pierres devant lesquelles les disciples s’exclament, au-delà aussi, prévient Jésus, des épreuves que nous aurons à subir en son Nom. Au jour du mariage, avant l’échange des consentements, le célébrant s’assure de la validité de l’union, de la liberté des époux, leur volonté d’exclusivité et de fidélité, d’ouverture à la vie, et il demande : Etes-vous disposés à assumer votre mission de chrétiens dans l’Eglise et le monde pour l’annonce de l’Evangile ? Traduisons : êtes-vous prêts à vous occuper des pauvres ?

Cette question est celle de notre baptême. Elle est posée au jour du mariage parce que le mariage est un accomplissement du baptême. Etes-vous prêts à vous occuper des pauvres ? Quel est le service que vous voulez rendre aux pauvres dans la société, laquelle n’est rien moins que la mission de salut de l’Eglise.
La conviction commune à tous ceux qui se mettent au service des pauvres, qu’il s’agisse de miséreux, de malades, de souffrants, d’ignorants, – est qu’il est interdit de le faire seul, à titre personnel, sous peine de se tromper et de les tromper. Il n’y a qu’au sein d’un groupe, une équipe, une association, une communauté instituée qu’il est possible de servir les pauvres car ce dont ils manquent est cette appartenance et cette reconnaissance communautaire.

Nous savons nous Chrétiens que cet engagement social est un combat spirituel contre le Diable dont les attaques contre la famille, la patrie (au sens d’une histoire, une culture, une tradition) et la religion, ne visent qu’une chose : isoler les brebis du troupeau pour qu’elles soient dévorées par les loups. Nous connaissons tant de personnes seules, apatrides et incroyantes. Celui qui se réjouit, c’est le loup : Hmm !
Maintenant, sachant que ces trois lieux, ces trois instances de défense et de protection des pauvres que sont la famille, la patrie et la religion, ne sont pas de même valeur, que seule la 3ème, la foi est vitale, demandez-vous quelle place elles tiennent dans votre vision du bonheur.
Ne craignez pas, dit Jésus, j’ai vaincu le monde. La foi au Christ pour vaincre la fragilité du monde.

Père Christian Lancrey-Javal, curé

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