23ème dimanche du temps ordinaire - 10 septembre 2023

Mt 18, 15-20

 

Quel est ce péché qu’un de mes proches, mon prochain mon frère, aurait commis contre moi, dont il me serait possible d’aller lui parler, seul à seul, en tête à tête, calmement, et qui serait cependant suffisamment grave pour que cela conduise, en cas d’obstination de sa part, à son expulsion du groupe, de la communauté ?

Il se trouve que la 2ème lecture de ce dimanche, qui n’est pas choisie comme la 1ère lecture en fonction de l’évangile, est un extrait de la Lettre de saint Paul aux Romains qui liste les péchés les plus courants : l’adultère, le meurtre, le vol, la convoitise (Rm 13, 9) – le meurtre n’étant un péché courant qu’au sens figuré, dans l’extension que Jésus lui donne au début du Sermon sur la montagne : « Vous avez appris qu’il a été dit aux anciens : Tu ne commettras pas de meurtre, et si quelqu’un commet un meurtre, il devra passer en jugement. Eh bien ! moi, je vous dis : Tout homme qui se met en colère contre son frère ou insulte son frère devra passer en jugement » (Mt 5, 21-22).

Les trois ou quatre péchés les plus courants dans la vie sont, par ordre croissant de fréquence : l’infidélité, l’insulte, le vol, le quatrième étant souvent leur cause : l’envie, la jalousie.

Ce sont les trois ressorts du désordre social : le sexe, la violence et l’argent.

Et les trois domaines dans lesquels nous avons, par notre baptême, à faire des efforts, certains plus que d’autres : la chasteté, l’obéissance et la pauvreté.

Sexe, violence et argent. Chasteté, obéissance et pauvreté.

La question est de savoir comment ces péchés peuvent être ‘contre nous’ au point de légitimer une réaction de notre part, quand bien même nous n’en serions pas la victime directe, sachant qu’un péché est toujours contre Dieu.

Le comprendront ceux qui ont eu le malheur d’avoir dans leur famille, des frères, sœurs ou cousins qui se sont mal comportés avec leurs parents : la douleur ressentie vient de la souffrance infligée à une personne que vous aimez.

De même que lorsqu’on dit du mal devant vous d’un de vos amis, c’est vous qui êtes blessé !

Quand on trompe, qu’on insulte ou qu’on vole une personne que vous aimez, c’est vous qu’on trompe, qu’on insulte ou qu’on vole. Ce que quelqu’un fait au plus petit de ceux que vous aimez, c’est à vous que ce mal est fait. Et cela vous donne le droit, que dis-je le devoir d’aller voir le coupable pour lui dire d’arrêter.

D’autant, si vous êtes croyant, que ce péché contre Dieu heurte votre amour de Dieu.

Mes amis, il faut que nous soyons cohérents : nous ne pouvons faire valoir notre amour pour Dieu qu’avec le même amour, en faisant preuve avec nos frères de la même patience et de la même douceur dont Dieu ne cesse de faire preuve avec nous !

Si c’est par amour de Dieu que j’avertis mon frère que son comportement manque de pudeur, que ses propos sont outrageants, que son avidité est un scandale et son gaspillage une atteinte à la Création, je dois lui dire avec le langage du Christ, sa miséricorde et sa charité.

Il n’y a qu’ainsi que le Christ sera présent avec nous alors que nous serons réunis en son Nom.

Un mot pour finir sur l’enchaînement des trois démarches (seul à seul, puis avec deux ou trois témoins, et enfin devant toute la communauté), car cette continuité ne nous est plus naturelle aujourd’hui : la pratique actuelle ne cherche plus le Bien commun mais à éviter tout conflit, règne de la dérobade : si ça ne nous plaît pas, on s’en va.
Pas forcément.
Au contraire, il faut souvent rester dans un groupe, une communauté, même à contre-cœur. Qu’il s’agisse de sa famille, de l’Eglise, d’un groupe d’amis, d’une société quelle qu’elle soit, voire même de son propre corps, quand on ne l’aime pas ou qu’on ne l’aime plus, il faut quand même y rester, tant qu’on peut, pour l’humaniser, de l’intérieur, pour son Salut.

Elle est fausse la formule qui dit : ‘on se tait ou on s’en va’. Quand il s’agit de sa famille, de sa communauté, de l’Eglise, en présence d’un péché, on intervient, nécessairement.

Nous avons dans la 1ère lecture cette mise en garde du Seigneur au prophète : Si ton frère vient à commettre un péché et que tu ne l’avertis pas, si tu ne lui dis pas d’abandonner sa conduite mauvaise, – je te demanderai compte de son sang. Si tu l’avertis et qu’il ne se convertit pas, il mourra, toi, tu auras sauvé ta vie. Si tu l’avertis et qu’il se convertit, il vivra et toi, tu auras sauvé ta vie (Ez 33, 7-9. Cf. Ez 3, 18-21).

« Fils d’homme, je fais de toi un guetteur pour la maison d’Israël » !

Ne nous méprenons pas sur ce rôle de guetteur dévolu au croyant : il ne s’agit pas de ‘guetter’ le faux-pas de son frère, ni de crier ‘au feu !’ devant le péché. Mais de se faire le guetteur de la grâce, de la bonté et du secours du Seigneur. Le guetteur est ici un messager, un ange, plein de douceur.

Oui, devant le péché, il faut se faire violence pour s’y opposer, prévenir calmement l’auteur, avec patience et douceur : il ne sert à rien d’être dans la vérité si on n’a pas la charité. Et la charité n’est jamais un silence effrayé.

Se faire violence pour se parler, pour dire la vérité, avec douceur.

Père Christian Lancrey-Javal, curé

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