24ème dimanche du temps ordinaire - 17 septembre 2023

Mt 18, 21-35

 

Le plus déprimant quand on va se confesser n’est pas que ce soit ‘toujours la même chose’, les mêmes péchés : heureusement ! Heureusement que ce sont les mêmes péchés, en nombre réduit et moindre gravité, qui correspondent à nos points faibles, à nos faiblesses, et qui tracent un chemin de sainteté.
Quand bien même le péché n’aurait pas existé, quand bien même le premier homme Adam n’aurait pas chuté et entraîné dans sa chute toute l’humanité, nous aurions eu de toutes façons à grandir, à nous dépasser, pour accomplir notre humanité.
La Vierge Marie, pure de tout péché dès sa conception, a eu à grandir dans la foi, à suivre un chemin de sanctification : il y a des choses qu’elle ne comprenait pas et qu’elle a dû accepter. Elle est une belle image de ce que peut être, en dehors du péché, le cheminement de la liberté humaine jusqu’à son accomplissement.

Le plus déprimant quand on va se confesser est de rechuter après. Parfois peu de temps après, quand, dans la joie, on baisse la garde.

Ce n’est pas la confession qui nous préserve du péché, mais la messe.

La confession donne « des forces spirituelles pour le combat chrétien » (Catéchisme de l’Eglise Catholique CEC n. 1496), mais c’est la messe qui renforce notre union au Seigneur, en remettant les péchés de tous les jours et qui nous « préserve des péchés graves » (CEC 1416).

Pour autant qu’on ne se soit pas habitué à ‘vivre dans le péché’.

Je n’aime pas beaucoup cette expression qui a cependant l’avantage d’être compréhensible et de garder le sens du péché, même si on l’utilise de façon moqueuse : ‘Mon Père, je vis dans le péché’, comprenez : ‘et je vous mets au défi de me le reprocher’.

L’Evangile donne la réponse : ‘C’est toi-même qui le dis’ (Mt 26, 64. 27, 11).

La 1ère lecture de ce dimanche (du Siracide, le Livre de Ben Sirac le Sage, Si 27, 30 – 28, 7) insiste sur une notion qu’on aurait tort de considérer comme un trait de caractère, variable suivant les individus, accentué chez certains et inconnu d’autres : la rancune. C’est le signe et le venin d’une colère intérieure, typiquement contre Dieu.

Au fond de lui le serviteur de cette parabole gardait rancune contre son maître. De quoi ? Du gouffre dans lequel il était, de sa dette astronomique, d’avoir été ‘amené’ devant son maître sans y être allé de lui-même, – c’est l’inconvénient des confessions ‘obligatoires’ : oui, la confession est nécessaire au moins une fois par an, comme d’aller à la messe tous les dimanches, de respecter les jours de jeûne et de contribuer au Denier et dépenses de l’Eglise, – mais la confession a besoin de liberté … pour la retrouver.

Amené devant son maître, le serviteur s’est senti humilié, et il s’est vengé ensuite sur plus petit que lui.

Pourtant son maître lui avait remis sa dette : il lui avait pardonné.

C’est ainsi que saint Matthieu formule la 5ème demande du Notre Père : « Remets-nous nos dettes, comme nous-mêmes nous remettons leurs dettes à nos débiteurs » (Mt 6, 12). Mais l’ingrat ne l’a pas cru.

Il n’a pas cru au pardon parce qu’il était déjà dans les péchés qu’il allait continuer à commettre … Et qu’il a commis à peine sorti en refusant à son compagnon l’indulgence que son maître venait de lui accorder. De faire aux autres ce que Dieu avait fait pour lui.

Seigneur, pourquoi lui avoir fait grâce la première fois ?

Ne savais-tu pas qu’il se comporterait ainsi ?

La question est la même que de savoir pourquoi Jésus a appelé Judas, alors que Jésus savait que Judas le trahirait ?

N’opposons pas l’omniscience, la prescience divine et la liberté humaine, car Dieu ne nous voit qu’au présent. « Il n’y a rien de futur pour Dieu » dit saint Thomas d’Aquin. Pour Dieu, nos actes n’existent que dans l’instant où nous les posons. Pour Dieu, tout est au présent, tout est aujourd’hui : notre demain, Dieu le voit au moment où ce demain devient notre aujourd’hui, et non pas tel qu’il est pour nous encore un demain.

De même, le passé : Dieu ne le voit qu’en nous, non pas dans sa mémoire, car Dieu n’a ni passé ni futur : il est l’Eternel. Il le voit tel que ce passé est inscrit en nous, que ce soit comme un don ou une blessure dont il a à nous guérir. Et notre futur, « il ne le connaît que dans le moment réel où il devient le présent de notre liberté » (Jean-Miguel Garrigues, ‘Dieu sans idée du mal’).

Lorsque nous nous venons nous confesser, Dieu ne s’inquiète pas de nos défaillances à venir. C’est toute la grandeur du pardon de Dieu qui est absolu, sans supputations, ni procès d’intention, sans rancune, ni arrière-pensées.

Dieu n’est pas un surveillant qui serait à épier ce que nous allons faire. Il est Notre Père, le seul Père qui ne soit qu’Amour, le Père de toute miséricorde, qui veut nous aider à grandir en liberté et charité.

Dieu nous voit et Dieu nous aime au présent.

Père Christian Lancrey-Javal, curé

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