1er dimanche du Carême - 21 février 2021

Mc 1, 12-15

 

Les tentations ont-elles duré quarante jours, tout le temps de la présence de Jésus au désert, comme saint Marc semble l’indiquer et saint Luc le dit clairement : « pendant quarante jours il fut tenté par le diable » ? Ou bien le diable n’est-il venu qu’à la fin ? comme le dit saint Matthieu : après avoir jeûné quarante jours et quarante nuits, Jésus eut faim et le tentateur s’approcha. L’un n’empêche pas l’autre : les tentations font partie du quotidien mais il faut des situations extrêmes pour que le Tentateur se manifeste en personne.

« Jésus vivait parmi les bêtes sauvages, et les anges le servaient ». Pas de mention des anges chez saint Luc tandis que Matthieu les fait venir également à la fin, une fois Jésus vainqueur : « le diable le quitte, des anges s’approchèrent, et ils le servaient » (Mt 4, 11).

Quoi ? ils ont attendu que le diable s’en aille ? Vous croyez qu’il en va de même pour nos anges gardiens, qu’ils attendent que le Tentateur s’éloigne, que le diable nous quitte ? Mais non ! le diable nous a quittés au jour de notre baptême. Nous en avons été délivrés, nous ne sommes plus sous son pouvoir, ce qui n’empêche pas ses attaques auxquelles nous pouvons résister en toute confiance grâce au Christ.

Le baptême donne la protection d’un ange gardien. Prévenez les parents qui rechignent à faire baptiser leur enfant : il aura un ange gardien. Ils vous répondront qu’eux-mêmes ont été baptisés et n’en ont pas fait l’expérience. Et vous, qu’en dites-vous ? Quelle est votre expérience des anges ? Est-ce que vous croyez aux anges, que vous avez un ange gardien, qu’il vous aide face aux tentations, en vous retenant par le bras comme un ami, en vous suppliant de ne pas y aller, en vous prévenant : n’y va pas !

Résolution de Carême : écouter son ange gardien. Ecouter la petite voix qui dit : tu peux t’en passer. Abstiens-toi. Le prier : aide-moi. Retiens-moi. Résolution de Carême : j’écouterai la petite voix qui me dit de faire le bien et d’éviter ce qui fait du mal. Nos anges gardiens nous protègent et nous relient les uns aux autres. Ils nous aident à prier, à partager, à nous maîtriser, la prière, le partage et le jeûne.

Maintenant demandons-nous comment Jésus a triomphé du Tentateur, et comment en a-t-il été vainqueur dans notre humanité et non parce qu’il est Dieu ?

« Jésus venait d’être baptisé », du baptême de Jean certes, mais la grâce du baptême est la base du combat spirituel. Nous en savons par saint Paul les armes au nombre de 7 : le ceinturon de la vérité, la cuirasse de la justice, les chaussures de l’annonce de l’Évangile, le bouclier de la foi (contre les flèches du Mauvais), le casque de l’espérance du Salut, le glaive de la Parole de Dieu, et l’assiduité dans la prière (Lettre aux Ephésiens, chapitre 6, 14-18). Vérifiez que vous avez tout ça !
2ème résolution de Carême : compléter l’équipement de combat. Voyez quelle est ou quelles sont les armes qui vous manquent.

Je vous ai proposé pour ce Carême le thème de la Sainteté, et je vous ai dit Mercredi des Cendres que l’appel à la Sainteté est un appel à la conversion.

En quoi consiste-t-elle ?

D’abord à comprendre ce qui a permis à Jésus de vaincre la solitude, la faim et le diable. Nous nous demandons parfois ce qui lui a permis de tenir bon, pour savoir, nous, comment faire dans les épreuves : qui va nous aider, qui va venir à mon secours ?

Jésus est allé au désert poussé par l’Esprit : il est envoyé par son Père pour nous sauver. La force qu’il montre et dont il fait preuve vient de sa mission : c’est la mission qui donne la force et non la force qui donne la mission. Dans la vie, la question n’est pas de savoir qui va m’aider, mais à qui est-ce que moi je veux apporter une aide, un soutien, un secours.

Rappelez-vous la parabole du Bon samaritain. Un expert de la Loi interroge Jésus sur ce qu’il faut faire pour avoir la vie éternelle. « Dans la Loi qu’y a-t-il d’écrit, que lis-tu ? ». « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta force et de toute ton intelligence, et ton prochain comme toi-même ». Bonne réponse : fais ainsi et tu vivras.
Mais l’autre, voulant se justifier, dit : « Et qui est mon prochain ? ». Et la parabole retourne la perspective, qui demande à la fin : Lequel, à ton avis, s’est fait le prochain du malheureux ?

La grande leçon de la Sainteté est la force extraordinaire que des hommes et des femmes ordinaires ont trouvée dans la prière et son application dans la Charité. Face aux épreuves et aux tentations, la charité en actes est notre plus grande force. Une amie me demandait comment faire pour ne pas être trop affecté par les malheurs que nous accompagnons. Et puis soudain elle dit : ‘quand je rends service à quelqu’un, j’en ressens une grande joie’. Elle aurait pu dire : une grande force.

Jésus est vainqueur du Mauvais par sa consécration à sa mission. Vous voulez de la force ? Mettez-vous au service des autres. Même si vous êtes dans le désert, dans le secret de votre chambre, quand vous tenez bon, ce que vous faites contre la plus petite des tentations est une aide que vous rendez à tous ceux qui aspirent à la liberté, un message que vous envoyez à tous ceux qui ne se sentent pas aimés.

Qui est mon prochain ? Celui que nous aidons quand nous résistons aux tentations. Celui que nous sauvons par notre propre conversion. Ce n’est plus une résolution, c’est une révolution ! La vraie révolution de carême : notre conversion.

Père Christian Lancrey-Javal, curé

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