Mercredi des Cendres - 17 février 2021

Mt 6, 1-6.16-18

 

Moi qui suis un fils du Concile Vatican II et son partisan convaincu, je ne suis pas sûr que l’appel universel à la Sainteté qui le caractérise, – bien que fixé par l’Ecriture : « Soyez saints car moi le Seigneur votre Dieu je suis saint » (Lv 19, 2), qui est la 1ère lecture du 1er lundi de Carême (sauf cette année puisque ce sera la fête de la Chaire de saint Pierre) – je ne suis pas sûr que cet appel fût audible ni bien entendu. Il est un appel à faire partie d’un peuple saint, l’Eglise, en appliquant l’appel du Christ : convertissez-vous et croyez à l’Evangile. Il est un appel à la conversion, avant et pour la sainteté.
Nous avons un problème avec la sainteté : elle a été un obstacle à l’unité des chrétiens, un motif de discorde avec nos frères séparés, qui tiquaient quand on nommait le Pape sa Sainteté. Le problème est devenu interne, accentué par des révélations sur de grandes figures qu’on tenait pour des Saints de leur vivant, Jean Vanier ou Marthe Robin. Pour couronner le tout, est survenu récemment le limogeage pour corruption du Préfet de la Congrégation pour la Cause des Saints, un peu comme si on apprenait que l’exorciste était possédé.
L’explosion sous le pontificat de Jean-Paul II du nombre de béatifications et canonisations, jusqu’à la sienne et ses prédécesseurs, nous plonge dans la confusion. Je me réjouis de celle de Mère Teresa car sa plus grande leçon, avec la charité, fut l’indifférence aux médias. Elle n’a pas été béatifiée pour le plaisir de sa communauté mais parce que son action parle à tout le monde.

Chaque minorité veut désormais sa figure de sainteté, avec le risque que ces béatifications contribuent malgré elles au fléau de l’individualisme. Les premiers saints de l’année vont par deux, saint Basile et saint Grégoire, comme sont associés de nombreux Saints, comme nous devrions garder à l’esprit qu’il n’existe que très rarement, voire jamais de saints seuls. La sainte patronne de Paris, sainte Geneviève, femme de prière et d’action, ne priait pas seule, ne faisait rien seule : ça n’existe pas ! Auprès d’elle, de multiples femmes s’activaient, s’organisaient, se relayaient. Le plus grand saint de l’Ancien Testament, Moïse a été rappelé à l’ordre par un païen, son beau-père Jethro : arrête de vouloir tout faire tout seul.

Je doute que les Saints et les Saintes approuvent la dévotion que nous leur rendons quand elle confine à l’idolâtrie. Même en matière artistique, les plus grands génies ont reconnu ce qu’ils devaient à leurs maîtres, à leurs amis, et à leurs rivaux. Apprenons des Saints à prier, agir, œuvrer en commun, ensemble : c’est la raison d’être du Carême. Même quand on est seul, qu’on agit dans le secret, dans la discrétion, est chrétien ce qui contribue à la communion. C’est la véritable clé du Concile Vatican II.

L’image que nous avons mise en devant-d’autel cette année pour le Carême est une image lumineuse des profondeurs sous-marines, quand « Dieu fit le firmament, quand il sépara les eaux qui sont au-dessous du firmament et les eaux qui sont au-dessus » (Gn 1, 7). Vous connaissez la règle d’or : on ne plonge jamais seul. Elle vaut pour notre baptême. Dans le secret signifie dans la discrétion, dans l’Eglise, et dans le plus profond de notre cœur. Des profondeurs je crie vers toi, Seigneur. Crée en moi un cœur pur, ô mon Dieu, renouvelle et raffermis au fond de moi mon esprit. La conversion d’un seul, la sainteté de tous.

Père Christian Lancrey-Javal, curé

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