21ème dimanche du temps ordinaire - 21 août 2022

Lc 13, 22-30

 

Il y a sept ans, le 21 Août 2015, j’ai arrêté de boire tout alcool : cela fait sept ans que je suis abstinent. Plus une goutte. Et à la messe, mon père ? A la messe, c’est le sang du Christ.

Le Seigneur me l’a demandé. Je me souviens, avec précision, lors de mon arrivée il y a dix ans, de l’endroit où j’étais quand, près de la grande salle où se tient chaque semaine la réunion des Alcooliques Anonymes, j’ai entendu en moi une voix qui disait : ‘tu feras pareil. Comme eux’. Cela m’a pris trois ans. Dieu est patient. Et depuis sept ans je suis abstinent. Je ne suis pas allé aux réunions d’AA : j’ai rencontré une médecin, spécialiste, addictologue, qui m’a expliqué les mécanismes de la dépendance, la vulnérabilité différente de chaque personne. Elle m’a confirmé qu’il n’y a pas mieux que les AA, une des meilleures aides et accompagnement, des amis admirables. Je les croise chaque vendredi, je connais certains d’entre eux, ils savent que le Curé est avec eux et comme eux.

Pourquoi est-ce que je vous raconte ça ? D’abord pour encourager ceux d’entre vous qui savent au fond d’eux-mêmes qu’ils doivent prendre ce chemin, qui ont cette fragilité, qui boivent trop (c’est vite fait, ‘plus de dix verres par semaine’), ou qui fument trop (le tabac tue encore plus), ou sont prisonniers de drogues plus dures, pour le coup illégales, ou encore, de toutes les addictions, la plus sournoise, qui se détruisent en silence avec la pornographie, parlez-en, prenez ce chemin de liberté : allez-y ! entrez par la porte étroite.

Répondez aux appels de l’Esprit !

Qui nous le demande ? Pour certains leur entourage, d’autres leur médecin – le mien buvait plus que moi, et quelle que soit notre fragilité, une voix au fond de nous-mêmes, qui provoque cette division intérieure, non plus ‘le père contre le fils’ comme nous l’entendions dimanche dernier, mais entre un penchant devenu un boulet et un désir de vérité et de liberté.

L’abstinence est à l’image de la conversion, mieux : un symbole de conversion. Elles ne sont jamais acquises, nul ne peut crier victoire, tant que, selon l’espérance de Job, il ne verra pas le Christ : « Je sais que je le verrai, de mes yeux de chair, et quand mes yeux le regarderont, il ne se détournera pas. Mon cœur en défaille au-dedans de moi » (Job 19, 27).

Un vieil homme qui avait perdu sa femme, l’amour de sa vie, disait : ce n’est pas vrai que les choses s’arrangent avec le temps. C’est une phrase qui peut devenir toxique : ‘ça s’arrange avec le temps’, non, comme ‘quand on veut, on peut’, non, pas toujours, pas tout seul. Quand Jésus dit : « Efforcez-vous d’entrer par la porte étroite », entendons, ainsi qu’il le dit clairement dans l’évangile de saint Jean qu’il est la Porte (Jn 10, 9). La porte de la Miséricorde, une porte à ouvrir chaque matin, la porte de notre cœur, la porte de notre liberté intérieure.

Au Dernier repas, Jésus a cette parole étonnante : « Désormais je ne boirai plus de ce fruit de la vigne, jusqu’au jour où je le boirai, nouveau, avec vous dans le royaume de mon Père » (Mt 26, 29). L’abstinence est un acte de foi, l’abstinence est un acte de charité, de ceux qui nous encouragent et nous soutiennent – le plus dur est de se séparer des autres, ceux qui s’obstinent, l’abstinence est un acte d’espérance. Un appel de l’Esprit.

Les appels de l’Esprit sont aussi variés que concrets. Ils provoquent un tressaillement intérieur. On les reconnaît ainsi. Souvenez-vous d’Elisabeth : ‘l’enfant a tressailli en moi’. Je me suis demandé pourquoi, ensuite, à la naissance de l’enfant, quand ses voisins et sa famille voulaient l’appeler Zacharie, qui était devenu muet, Elisabeth s’opposa : Non, il s’appellera Jean » (Lc 1, 60). Est-ce que Zacharie lui avait écrit sur une tablette ? Ou était-ce pour Elisabeth à nouveau un signe de l’Esprit puisque Jean veut dire : Dieu fait grâce.

Oui Dieu fait grâce à quiconque consent à répondre aux appels de l’Esprit.

Aussi variés que concrets, ils sont personnels à chacun. Ils ne s’imposent pas. Ils sont pour notre bien, pour que nous puissions trouver la force, puis l’unité et la paix, réunis auprès de Toi Seigneur.

Magnifique résolution de libération : répondre aux appels de l’Esprit.

Père Christian Lancrey-Javal, curé

Vous avez la possibilité de recevoir les homélies du Père Lancrey-Javal en remplissant ce formulaire

Article précédent
Et nous serons sauvés
Article suivant
A Dieu la gloire, à nous l’humilité

Précédentes homélies

Menu