25ème dimanche du Temps Ordinaire - 22 septembre 2019

Lc 16, 1-13

 

Est-ce que vous diriez que Dieu est comparable à cet homme riche de la parabole ? Est-ce que dans cette parabole l’homme riche représente Dieu ? Nullement ! Il suffit de voir les autres paraboles d’homme riche dans l’évangile : dimanche prochain de l’homme riche et du pauvre Lazare ; celle, qu’on a entendue début août, “d’un homme riche dont les terres avaient beaucoup rapporté et qui se demandait en lui-même : Que vais-je faire ? Car je n’ai pas où recueillir ma récolte” ….  Insensé ! Tu es fou, lui dit Dieu (Lc 12, 16-21). Non, définitivement non, cet homme riche n’est pas Dieu, et Dieu ne fera jamais l’éloge de la malhonnêteté, fût-ce pour donner aux pauvres : il n’est jamais permis de faire le mal pour obtenir un bien.
Ces deux hommes, le riche et son gérant, sont aussi brillants que les deux frères dimanche dernier de la parabole du fils prodigue.

Cela étant posé, entrons dans l’enseignement de Jésus en prêtant attention à l’accusation portée contre le gérant. Cet homme riche décide d’écarter son gérant sans avoir vérifié que la dénonciation n’était pas calomnieuse. Où est la présomption d’innocence ? Si cet homme avait été juste, je ne dis même pas s’il avait été Dieu, simplement juste ! il aurait dit : ‘Rends-moi les comptes de ta gestion, car s’il est vrai que tu dilapides mes biens, tu ne peux plus être mon gérant’. Si c’est vrai ! Même un Pharisien comme Nicodème connaît le minima de la justice : “Notre Loi permet-elle de juger un homme sans l’entendre d’abord pour savoir ce qu’il a fait ?” (Jn 7, 51).

Nous pouvons tous être accusés injustement. Et nous Chrétiens devons y être particulièrement sensibles et vigilants parce que c’est ce qui s’est passé pour Jésus. Il a été condamné sur de fausses accusations. Nous l’entendions cette année dans la Passion selon saint Luc : “Nous avons trouvé cet homme mettant le trouble dans notre nation, empêchant de payer les impôts à César et se disant Christ Roi” (Lc 23, 2).Pilate l’interroge alors : “Es-tu le roi des Juifs ?”  – “C’est toi qui le dis”, répond Jésus. Sur l’impôt, chacun sait que Jésus n’a jamais dit de ne pas le payer mais de rendre “à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu” (Lc 20, 25).

Nous pouvons tous être accusés injustement. La règle d’or qui veut que nous ne fassions pas aux autres ce que nous ne voudrions pas qu’on nous fasse, et mieux encore que nous fassions ce que nous voudrions qu’ils fassent pour nous, – nous commande de ne pas crier avec les loups, et d’écouter la défense des accusés.
Or, il y a ceci d’étonnant dans cette parabole que l’homme ne cherche pas à se défendre. Nous l’interprétons comme le signe de sa culpabilité, alors que ni le silence ni la dénégation ne sont des indicateurs suffisants. On peut être absolument innocent et ne rien dire comme Jésus au moment de sa Passion. Et on peut être coupable et faire preuve d’une mauvaise foi sans limites. On voit des personnes prises la main dans le sac protester avec un aplomb stupéfiant qu’il n’en est rien, ou prétendre que c’est peut-être immoral mais pas illégal. C’est tuer la Loi, que de la déconnecter de la Morale.

Revenons à notre intendant, et au terme employé : il a été dénoncé. A été rendue publique, ici révélée à son maître une information cachée ou tenue secrète : c’est la définition de la dénonciation.
Rappelez-vous la réponse de Jésus, quand le grand prêtre l’interroge sur ses disciples et sur sa doctrine : “C’est au grand jour que j’ai parlé au monde, j’ai toujours enseigné à la synagogue et dans le Temple où tous les Juifs s’assemblent et je n’ai rien dit en secret. Pourquoi m’interroges-tu ? Demande à ceux qui ont entendu ce que je leur ai enseigné ; eux, ils savent ce que j’ai dit” (Jn 18, 19-21). Et nous, dans nos actes ou dans nos paroles, y a-t-il des parts de notre vie dont nous craignons qu’elles soient rendues publiques ? La bonne conscience ne craint aucune dénonciation.

Ce gérant a été dénoncé : des défauts ou des méfaits de gestion ont été révélés à son patron. Il ne cherche pas à les contester. D’autant que son maître ne cherche pas à l’entendre. Son attitude est étonnante de sang-froid, de pragmatisme ou de résignation : il ne va pas, comme dans la parabole du débiteur impitoyable, implorer l’indulgence de son maître. Peut-être qu’il sait que son maître est un mauvais maître qui ne jure que par l’argent, et on ne combat pas les forces de l’argent. Peut-être qu’il sait cette composante essentielle du pardon qui s’appelle la réparation. Pour que le maître lui pardonne, il faudrait qu’il rembourse, et il ne peut pas parce qu’il n’a rien mis de côté, il ne s’est pas enrichi aux dépens de son maître : il a juste dilapidé. Il a été, suivant une expression courante, plus bête que méchant. Pas voleur, puisqu’il ne s’est pas enrichi, mais incompétent. C’est moins grave ? Ce n’est pas sûr. Souvenez-vous, dans la parabole des talents, de la colère du maître face au serviteur qui n’a rien fait fructifier : « Serviteur mauvais et paresseux ! tu aurais dû placer mon argent à la banque ; et, à mon retour, je l’aurais retrouvé avec les intérêts » (Mt 25, 27).

L’incompétence peut être une forme de malhonnêteté. Quand vous voyez que vous n’y arrivez pas, dans votre travail, dans votre état de vie, que votre mission vous échappe, vous ne pouvez pas toujours changer de métier mais vous pouvez toujours vous faire aider. « Travailler la terre ? Je n’en ai pas la force. Mendier ? J’aurais honte. Je sais ce que je vais faire, pour qu’une fois renvoyé de ma gérance, des gens m’accueillent chez eux », je vais demander de l’aide. On ne peut pas toujours changer de métier mais on peut toujours se faire aider. Les fils de ce monde sont plus habiles entre eux que les fils de la lumière.

L’homme riche peut alors faire l’éloge de ce gérant malhonnête, puisqu’il est devenu comme lui, un ami de l’argent. Jusques-à-quand clocherez-vous des deux pieds ? (1 R 18, 21) : si Dieu est Dieu, si l’Amour est premier, devenez comme Dieu. Soyez saints, dit Dieu, comme moi-même je suis Saint. Mais si l’argent fait votre bonheur, servez-le de votre mieux, avec toute votre habileté. Entre le voyou qu’est ce riche, qui juge sans entendre et fait l’éloge de la malhonnêteté, – entre le voyou et l’incompétent qu’est ce gérant, nous n’avons pas à choisir notre camp : ils ont choisi tous les deux celui de l’argent, comme à leur façon, les deux frères de la parabole du fils prodigue. Que nous dit cette parabole ? Que nous avons à choisir à qui nous voulons ressembler. Au Christ ou aux riches ? Je le suis déjà, diront certains. Au Christ ou à un homme riche et cruel ?

J’aurais encore bien des choses à vous dire sur l’attitude à avoir face à de graves accusations, et aux calomnies. Jésus a comparu seul : il a renvoyé ses disciples, et on peut attendre de tout responsable mis gravement en accusation qu’il quitte ses fonctions pour protéger l’institution ou la communauté. Nous pouvons tous être accusés injustement, sauf par Dieu. « Ma conscience ne me reproche rien, dit saint Paul, mais ce n’est pas pour cela que je suis juste : celui qui me juge, c’est le Seigneur » (1 Co 4, 4).

J’ai un bon programme pour vous cette semaine : cinq exercices, cinq questions.

Primo, avez-vous déjà été gravement accusé, injustement ou non, et comment avez-vous réagi, qu’avez-vous fait ? Et que pensez-vous qu’il faille faire quand on est en fonction, et qu’on représente une institution ?

Deuxième question ou exercice : y a-t-il actuellement des parts de votre vie, des propos ou des actes, dont vous craignez qu’ils puissent être dénoncés, rendus publics ? Avez-vous vraiment bonne conscience ?

La troisième question a trait aux progrès à réaliser, réformes à mener, et à l’aide à demander : est-ce que vous vous considérez comme suffisamment compétent dans votre domaine, travail, mission, état de vie, ou que faites-vous pour progresser, et à qui demandez-vous de l’aide ?

Quatrième question : vous ne pouvez pas servir, dit l’évangile, Dieu et l’argent : à qui voulez-vous donc ressembler, à Jésus ou à l’un de ces hommes riches et cruels ?

Enfin, et si vous n’en gardez qu’une, prenez cette question : est-ce que l’on vous considère comme une personne digne de confiance ? Saint Paul appelle les disciples du Christ « des intendants des mystères de Dieu. Tout ce que l’on demande aux intendants, c’est d’être trouvés dignes de confiance » (1 Co 4, 1-2).
Quelles sont, parmi vos proches, les personnes que vous estimez dignes de confiance ?
Qui est pour vous digne de confiance ?

Père Christian Lancrey-Javal, curé

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