4ème dimanche de l'Avent - 22 décembre 2019

Mt 1, 18-24

 

Comment Joseph a-t-il su que Marie était enceinte ? Il l’a vu ? Elle lui a dit ? D’autres l’ont vu et lui ont dit ? Je pencherais pour la deuxième hypothèse : Marie lui a dit avant que cela ne se voie. On est en droit d’attendre cela de Marie, qu’elle ait la délicatesse de prévenir Joseph à qui elle avait été donnée en mariage, qu’elle serait finalement l’épouse du Saint-Esprit

Pourquoi ne m’avez-vous pas prévenu ? – est une expression fréquente de la désolation, à l’heure du téléphone portable, et de tous les moyens de communication : pourquoi ne m’avez-vous pas prévenu que vous étiez ou seriez en retard, empêché ou absent ? J’ai eu et gardé pendant trente ans un ami qui m’avait prévenu quand nous étions étudiants qu’il ne faudrait pas compter sur lui : je suis faible, m’avait-il prévenu, et pas fiable, ne compte jamais sur moi, je n’aurai pas la force. Sa prédiction s’est réalisée. Je ne lui en veux pas : il savait ce dont il était capable, et il m’avait prévenu.

Marie prévient Joseph qu’elle a dit Oui à Dieu. Qu’elle s’est engagée dans une autre voie que celle que sa famille avait prévue pour elle. Marie avait été, suivant la coutume de l’époque, accordée en mariage : on ne lui avait pas demandé son accord ni son avis. Elle prévoyait de s’y soumettre, quand est intervenu le seul autre cas de dispense, avec la survie en cas de maltraitance, le seul autre cas est l’appel de Dieu. Quand un garçon ou une fille est appelé par Dieu à la vie consacrée, la prêtrise ou la vie religieuse, et que cet appel est validé par l’Eglise, il ou elle est alors dispensé d’obligations familiales. ‘Laisse-moi d’abord aller enterrer mon père ?’ – non, dit Jésus. Ce sont les deux seuls cas de désobéissance légale : le cas où l’obéissance conduirait au péché, et le cas ici où une obligation civile est supplantée par une (incontestable) obligation religieuse : il vaut mieux obéir à Dieu.

C’est une chose de désobéir, c’est autre chose d’être empêché : dans ces cas-là, on prévient, à temps, les personnes concernées. Marie est allée prévenir Joseph qu’elle serait l’épouse du Saint-Esprit. Et l’évangile relate de quelle façon Joseph réagit : calmement. Il ne fait pas un drame. Il décide de ne pas la dénoncer publiquement mais de la renvoyer en secret, convaincu que cette histoire le dépasse et qu’il n’est pas digne d’y participer. C’est ainsi que la Tradition de l’Eglise interprète ce texte, y reconnaissant la sagesse et l’humilité de Joseph, deux qualités contenues dans son titre d’homme juste. A quelques jours de Noël, et de ce qui va être pour tant de familles un temps à haut risque de clashs et de conflits, nous est donné un modèle de bonne réaction.
L’homme est un être de réactions. Nous disons de relations, et nous avons raison mais autant de relations que nous construisons avec toutes les personnes que Dieu met sur notre route. Nous réagissons aux événements, et aussi à nos pensées, nos pulsions, aux sentiments que les événements, les rencontres, les autres suscitent en nous. Il n’y a que Dieu, en rigueur de terme, qui ne réagisse pas : il est premier, la source. Toutes les initiatives humaines devraient être examinées sous cet angle, de savoir qui les suscite, si cela vient de Dieu, du bon esprit, ou du Mauvais. Et l’évangile nous montre comme Jésus réagit, et comment il ne réagit pas toujours face au mal, mais s’en éloigne, passe son chemin, non que cela ne serve à rien – Il est Dieu ! mais parce que le mal est l’ivraie mêlée au bon grain.

Marie a rapporté à Joseph les paroles de l’Ange, expliquant de quelle façon elle est ‘tombée enceinte’ : »L’ange m’a dit que l’Esprit Saint viendrait sur moi et que la puissance du Très-Haut me prendrait sous son ombre ; l’enfant qui va naître sera appelé Fils de Dieu » (Lc 1, 35). On comprend que Joseph préfère se retirer sur la pointe des pieds : ça craint ! Non, ne crains pas, dit l’Ange à Joseph, fils de David, ne crains pas de prendre chez toi Marie, ton épouse. L’enfant qu’elle porte vient de l’Esprit Saint. Et l’Ange ajoute cette parole décisive : « tu lui donneras le nom de Jésus ». Traduisons : c’est toi qui vas l’élever, c’est ce que signifie donner un nom.
Donner un nom à un enfant, c’est promettre de l’élever. C’est pourquoi au baptême des petits-enfants, après avoir demandé aux parents quel nom ils ont choisi pour leur enfant, nous leur demandons de s’engager à l’élever dans la foi. Quand Jésus dit à « Simon, fils de Jean, désormais tu t’appelleras Céphas, ce qui veut dire Pierre » (Jn 1, 42), cela signifie : désormais tu seras mon disciple.
Tu lui donneras son nom, dit l’Ange à Joseph, et pas n’importe quel nom : le nom du Salut, Jésus ou Josué comme le fils spirituel de Moïse, et Joseph reconnaît là l’initiative de Dieu.

J’en viens au 3èmepoint-clé du récit. Marie avait prévenu Joseph : 1erpoint. Joseph a écouté, sans rien dire. C’est pour cela que Marie s’était confiée à lui : elle savait qu’elle pouvait lui faire confiance, qu’il n’allait pas s’énerver, crier, pleurer. Il allait écouter.
Pourquoi ne m’as-tu rien dit ? est une autre expression fréquente de la désolation. Pourquoi ne m’avez-vous pas prévenu ? – est l’expression la plus habituelle, mais Pourquoi ne m’as-tu rien dit ? révèle un autre aspect de nos différents, à savoir la propension que l’on peut avoir à réagir trop vivement. La réactivité est un signe de vivacité, au risque de devenir un facteur de blocage dans nos dialogues. Nous devons apprendre de Joseph, comme de Marie, et plus encore de Jésus à écouter sans réagir, c’est-à-dire sans s’opposer de façon systématique. Posez-vous la question de savoir si votre façon d’écouter favorise la confiance, la confidence.

Joseph a écouté Marie lui raconter la visite et l’annonce de l’Ange, ainsi que son choix d’accepter qui vient remettre en cause tout ce qu’il pouvait imaginer. Il n’a rien dit sur le moment pour une raison simple : elle ne lui a pas demandé ce qu’il allait faire. Elle l’a laissé libre. Ce 3èmepoint est essentiel : Marie n’a pas demandé à Joseph s’il allait l’aider. Elle ne lui a rien demandé parce que l’Ange ne lui avait rien dit de Joseph. Souvenez-vous : de qui l’Ange parle-t-il à Marie ? De Joseph ? Non, d’Elisabeth. On peut imaginer que Joseph a demandé à Marie : l’Ange a-t-il dit quelque chose pour moi, qui me concerne, que j’aurais à faire ? Non, dit Marie, rien.
C’est très important : Joseph n’est pas resté avec Marie parce qu’elle lui a demandé. Elle l’a laissé libre, respectant sa liberté. Parfois, parmi mes fiancés, l’un d’eux me dit qu’il se marie par contrainte : ‘elle m’a dit que si je ne l’épousais pas, depuis le temps qu’on est ensemble, elle me quitterait’. Je mets alors une note de réserve dans le dossier : je ne suis pas sûr que ce mariage soit valide, sans qu’il soit condamné à capoter. Ce n’est que la conséquence d’une situation faussée au départ : ils n’avaient pas prévu de se marier en se mettant ensemble ! A croire que personne de leur entourage, parents, grands-parents ou amis, ne les avait prévenus, que la question allait forcément se poser. C’est comme la vie éternelle : ce n’est pas au dernier moment qu’il faut y penser.
Prévenir, au départ. Ecouter, sans réagir sur le moment. Laisser l’autre décider librement. C’est ce qui se passe dans la prière ! Dieu nous prévient. Il nous demande d’écouter. Il nous laisse libre, de croire, de suivre, d’avancer. Ce qu’on appelle le silence de Dieu est en réalité le respect de notre liberté. Prévenir, et laisser libre.

Père Christian Lancrey-Javal, curé

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