3ème dimanche de Pâques - 5 mai 2019

Jn 21, 1-19

 

Veillez et priez pour ne pas entrer en tentation. Assurément cette nuit-là les apôtres ont veillé, ils n’ont pas dormi : ils sont restés éveillés pendant toute la nuit. Ont-ils prié ?
Priez pour ne pas entrer en tentation : de quelle tentation Jésus parle-t-il ? De quelle tentation parlons-nous lorsque nous prions Notre Père de ne pas nous laisser entrer en tentation ?
La tentation de vivre sans lui. La tentation de vivre comme si Dieu n’existait pas ou comme si Dieu n’était pas Dieu, comme si Dieu n’était pas une puissance d’amour mais une puissance neutre, utilisable et mobilisable à notre gré suivant notre volonté. Dieu est et Dieu est Amour.

Les crimes commis au nom de Dieu, ces attentats effroyables dans des églises au Sri Lanka le jour de Pâques renforcent la conviction moderne d’une violence inhérente aux religions ou à certaines religions. Mal agir au nom de Dieu est-elle la tentation du croyant ? Comme de vivre sans lui serait la tentation de l’incroyant ? Je ne suis pas sûr que les deux soient sur le même plan. Vivre sans Dieu ou l’instrumentaliser sont deux écueils différents qui peuvent prendre place dans la vie de chacun. Laquelle vous menace le plus ? Posez-vous la question : de vivre sans Dieu ? Ou de l’utiliser à votre profit ?

Ces deux tentations étaient présentes dans le cœur des disciples. La tentation de ne pas penser à lui, de ne pas demander son aide, ou au contraire de le réquisitionner : fais quelque chose ! Cette nuit-là, ont-ils
Et vous ? Que faites-vous dans ces cas-là ? Au travail ou dans la vie, est-ce que vous priez dans la difficulté ? Est-ce que vous priez quand vient la fatigue, la colère ou le désespoir ? Quand les choses ne se passent pas comme on le voudrait.

Tels que nous connaissons les apôtres, par les évangiles et la tradition, on peut penser qu’ils ont prié. C’étaient des hommes simples qui savent que tout est sous le regard de Dieu. Ils ont prié mais il est probable qu’ils ne demandaient pas la même chose.
En tout cas, il y en a un qui n’a pas prié pour qu’ils attrapent du poisson, qui n’a pas prié pour que la pêche soit sauvée, qui n’a prié ni pour de l’argent ni pour sa famille, ni pour sa santé ni pour ses affaires. Il a prié pour que leurs relations entre eux, l’ambiance qui se dégradait au fil des heures reste amicale, fraternelle. C’était le disciple que Jésus aimait, qui l’a reconnu quand les filets se sont remplis. « Alors, le disciple que Jésus aimait dit à Pierre : C’est le Seigneur ! ». Pas à cause des poissons : à cause de l’apaisement et du soulagement. Du souffle de l’Esprit.
Le disciple que Jésus aimait avait pris Marie chez lui. Jésus sur la Croix lui avait dit : ‘Voici ta mère’. Prendre Marie chez soi ne signifie pas mettre des statuettes ou des images. Prendre Marie chez soi signifie vouloir la paix, être attentifs aux autres, préserver l’unité. Cette nuit-là, le disciple que Jésus aimait avait peut-être invoqué Marie pour qu’elle intercède auprès de son Fils comme à Cana, miracle comparable de formidable surabondance.

J’ai déjà rencontré une miraculée. Une femme inexplicablement guérie. Elle souffrait d’une maladie incurable, totalement paralysée. Un jour, en fin de matinée, elle sent une chaleur dans son corps, elle se lève, elle tenait debout ! Arrive le kiné : il tombe dans les pommes. Elle est guérie. Commence son chemin de croix : elle accepte que la guérison soit reconnue, que le miracle soit attesté. Un calvaire : une série d’examens médicaux, d’entretiens psychiatriques, de tests en tous genres, avec toutes sortes d’experts. Pour que le miracle puisse être attribué au fondateur d’une communauté de religieuses qui priaient pour elle. J’ai retenu deux choses de son témoignage. D’abord l’émotion. L’émotion devant un événement qui ouvre le monde au-delà des limites de notre intelligence. Et aussi, cette femme n’avait jamais prié pour sa guérison. Elle n’avait jamais demandé de miracle.
Je ne dis pas cela pour que vous renonciez à en demander, pour vous ou un proche. Je dis cela pour entrer dans le mystère de cette pêche miraculeuse : est-ce qu’ils avaient demandé ce miracle ? Certains l’avaient déjà vécu, au début de l’évangile de saint Luc, à moins que ce soit le même événement placé par les évangélistes dans deux contextes différents, raconté avec deux intentions théologiques différentes, par saint Luc au début, pour l’appel des premiers Apôtres, par saint Jean à la fin, pour les ‘rappeler’ quand ils sont tentés de reprendre leur vie d’avant. Les appels de Dieu sont continus.

Simon-Pierre, quand il entendit que c’était le Seigneur, « passa un vêtement, car il n’avait rien sur lui, et il se jeta à l’eau ». C’est absurde. Il fait les choses à l’envers parce qu’il est bouleversé ? Ou est-ce en souvenir du dernier repas, de l’avertissement de Jésus : « Si je ne te lave pas, tu n’auras pas de part avec moi ». Il sait qu’il a besoin d’être purifié. C’était ainsi que se concluait la pêche miraculeuse du début de l’évangile de saint Luc : Simon-Pierre était tombé aux genoux de Jésus, en disant : « Éloigne-toi de moi, Seigneur, car je suis un homme pécheur ».

Pierre tire jusqu’à terre le filet plein de gros poissons. Il y en avait cent cinquante-trois : 3ème mystère de ce texte. Primo les disciples ne reconnaissent pas Jésus alors qu’il est à portée de voix. Ils étaient trop pris, trop occupés, trop déçus. Deuxième mystère le comportement de Pierre qui s’habille pour plonger. Ce sont aussi nos apparences qui ont besoin d’être purifiées. Enfin ce chiffre de 153 qui a surtout de symbolique celui de l’unité : trois comme la Trinité. « C’était la troisième fois que Jésus ressuscité se manifestait à ses disciples ». Suivent les trois questions de Jésus à Pierre, en réparation de son triple reniement.
153 : ce qui compte pour Dieu, ce ne sont pas les grands nombres. Si grands qu’ils soient, ils sont dérisoires devant Lui. Cent cinquante poissons font de cette pêche un miracle ; ‘trois’ signe le miracle, et nous ouvre à l’Esprit.

Comment Dieu vous parle-t-il ? voulait savoir une amie qui ne trouve pas de mari et ne voit plus la présence de Dieu dans sa vie. La seule chose qu’elle voudrait c’est se marier. Comme je cherchais une réponse appropriée, elle s’est étonnée : vous n’avez pas de réponse automatique ? Si c’était le cas, lui ai-je dit, j’écrirais des livres.
Comment Dieu nous parle-t-il ? Quand une voix intérieure rejoint un événement extérieur : quand j’entends en moi, dans mon cœur, une parole sur la réalité qui se passe devant moi. Par exemple, étant prêtre, quand la personne qui vient se confesser me dit exactement le péché que je voulais oublier. C’est ainsi que l’évangile nous parle, que la parole de Jésus à Pierre nous est personnellement adressée : est-ce que tu m’aimes, toi qui m’as renié ?

Et vous, comment Dieu vous parle-t-il ? C’est la 3ème question que je vous propose.

La première est à propos de ‘prier pour ne pas entrer en tentation’. Et vous, quelle est votre tentation, de vivre sans Dieu ou de le mettre à votre service ? De l’oublier, le renier, ou de l’utiliser à votre profit ?

La deuxième porte sur l’échec des disciples. Et vous, que faites-vous lorsque vous êtes en difficulté ? Est-ce que vous priez quand vous êtes désemparé, quand les choses ne se passent pas comme vous le voulez ?

La 3ème question est : Et vous, comment Dieu vous parle-t-il ? Êtes-vous comme les disciples qui répondent : Non ! lorsque Dieu leur demande s’ils ont quelque chose à manger ? Vous voyez bien qu’il ne pose pas la question pour le passé : il veut connaître leur faim. Il leur annonce ce qu’il va lui-même leur donner. Nous pouvons demander des miracles, mais est-ce que cela nous rapprochera de Dieu ? Jésus le fait dire à Abraham dans l’évangile : « S’ils n’écoutent pas Moïse ni les Prophètes, quelqu’un pourra bien ressusciter d’entre les morts : ils ne seront pas convaincus » (Lc 16, 31). Oui la question du miracle est la bonne question, qui n’est pas comment Dieu nous parle mais que faut-il pour que nous l’entendions ?

Père Christian Lancrey-Javal, curé

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