3ème dimanche de Carême - 20 mars 2022

Lc 13, 1-9

 

Il courait au temps de Jésus autant d’histoires fausses, de fake news qu’aujourd’hui.

Rendons grâce à l’apport du Christianisme à la rationalité, à ce qui est rationnel, qui n’exclut pas la transcendance et en fait un usage raisonnable, pas magique mais fédérateur et pacifique. On s’en rend compte a contrario, alors que la sécularisation du monde s’accompagne d’un retour en force de l’irrationnel, qui égare jusqu’à de nombreux Catholiques, comme on l’a vu pendant la pandémie. L’excès de confiance de l’homme en sa raison l’éloigne de Dieu ; l’excès de religion l’amène à la superstition (Cf. Catéchisme de l’Eglise Catholique CEC 2111).

Dans l’évangile de ce dimanche, on rapporte à Jésus une histoire de Galiléens massacrés par Pilate pendant qu’ils offraient des sacrifices. Cette histoire est-elle vraie ? Ça pue le fake : Hérode Antipas était l’administrateur de la Galilée, Pilate gouverneur de la Judée et Jérusalem l’unique lieu de sacrifices. Quel que fût le mépris des Judéens pour les Galiléens, ils n’auraient jamais accepté une telle profanation du Temple de la part des Romains. Jésus ne dit pas que c’est faux : il sait que ça ne sert à rien. D’autant qu’il est Galiléen lui-même. Il les interroge plutôt sur leur intention : Pourquoi me racontez-vous ça ? Vous en déduisez quoi ? Que c’est un châtiment du Ciel ?

Il prend alors un autre exemple, dont il peut dire le lieu, le nombre de victimes, dix-huit morts dans l’effondrement d’une tour à Jérusalem : pas une attaque, un accident. Vous en déduisez quoi ? Que c’est aussi un châtiment ? Que Dieu n’est pas capable de protéger les innocents ?

Eh bien pas du tout dit Jésus, vous êtes complètement dans l’erreur. La mort frappe les bons et les méchants. Mais si vous n’avez pas en vue le Royaume de Dieu, si vous ne vous convertissez pas, comment ferez-vous pour être sauvé ?

Jésus poursuit avec une parabole qui semble reprendre le discours de Jean-Baptiste aux foules qui venaient se faire baptiser : « Qui vous a appris à fuir la colère qui vient ? Produisez des fruits qui expriment votre conversion. Déjà la cognée se trouve à la racine des arbres : tout arbre qui ne produit pas de bons fruits va être coupé et jeté au feu » (Lc 3, 9). Mais il y amène une rupture, une nouveauté : le vigneron, le Christ lui-même ! Qui sait qu’on ne résout rien par la violence.
A chacun d’entendre la leçon sur l’importance de la culture au propre comme au figuré : au propre, la culture du sol, l’agriculture, un travail astreignant, pénible, précaire et vital. Nous voulons tous de bons produits, propres, sains, en quantité suffisante pour tous : qui se dévouera pour ce travail au service des autres ? Comment aurons-nous de bons aliments sans paysans, si plus personne ne veut travailler la terre ?

Au figuré la culture de l’esprit : l’éducation au bon, au bien et au vrai. Qui suppose comme pour la vigne un soin permanent, attentif, dévoué, respectueux de la nature et des traditions. Les efforts de purification qui vont avec : la taille, l’émondage, couper et brûler les sarments secs pour faire vivre la vigne.
Il ne faut pas s’étonner de la montée du sentiment et d’impression d’insécurité et de violence, en proportion du nivellement par le bas des œuvres de création et du débats d’idées, en proportion du plaisir de notre époque à la profanation de ce qui est sacré, jusque de l’enfant dans le ventre de sa mère. La culture est le levier de la paix.

La culture du bon et du vrai : quand tout a la même valeur, plus rien n’a de valeur.

« La guerre du faux » est le titre d’un livre de Umberto Eco, un recueil d’articles dont le titre anglais correspond davantage aux thèmes traités : Faith in fakes. La foi dans le faux, mettre sa foi dans ce qui est faux. On pourrait dire « la culture du faux », tant les deux, la foi et la culture ont besoin l’un de l’autre et se nourrissent mutuellement. On perd la foi quand on ne la nourrit pas ; on désespère quand on ne se cultive pas.

La guerre du faux est celle que nous avons à mener contre la haine et les mensonges, et la 1ère lecture, le récit sublime du Buisson ardent en montre le chemin : répondre à l’appel de Dieu, faire un détour, s’abaisser devant le mystère, contempler ce qui dépasse tout ce qu’on peut imaginer, écouter sa Parole, pleine de tendresse et de bonté. Le Seigneur sait les misères de son peuple. Il n’envoie pas de forces armées : il vient et il est venu lui-même nous sauver, partager nos souffrances pour nous en libérer.

La 2ème lecture nous exhorte ainsi à méditer l’Ecriture pour ne pas « désirer ce qui est mal », « cesser de récriminer », ne pas se croire trop solide, pour ne pas tomber.

On me demande ce qu’on peut faire pour l’Ukraine(*).
Vous voulez œuvrer pour la paix ? Cultivez votre foi et votre esprit. Laissez les images de destruction, les discours de tromperie et de manipulation. On n’est pas obligés de lire uniquement saint Augustin et saint Thomas d’Aquin. Lisez les grands auteurs du monde chrétien, Balzac, Flaubert, Stendhal, et les écrivains russes, Tolstoï, Pouchkine, Dostoïevski (Aimez vos ennemis !) et bien sûr l’Ukrainien Nicolas Gogol – Tarass Boulba, Les âmes mortes. Pensez à Léon Bloy qui attendait les Cosaques et le Saint-Esprit.

Laissez ce qui est journalistique, ce qui n’est pas passé au filtre de la postérité, qui n’a pas fait preuve de fécondité. Nourrissez votre esprit, fortifiez votre foi. Lisez et priez. La culture est le remède à la haine, la littérature et l’art le rempart à la barbarie.

Cultivez votre foi et avec votre esprit.

Père Christian Lancrey-Javal, curé

(*)Depuis le début de l’invasion russe, nous soutenons l’action du Père Vladimir et ses paroissiens de Mikolaïv (à 40 kms au sud de Lviv) qui accueillent, nourrissent et hébergent les milliers de leurs compatriotes qui fuient les zones de combat. Je vous tiens informés chaque dimanche. Vous pouvez envoyer un chèque à l’ordre de : « Association d’Entraide Notre-Dame de Compassion ».

Vous avez la possibilité de recevoir les homélies du Père Lancrey-Javal en remplissant ce formulaire

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