4ème dimanche de Carême - 27 mars 2022

Lc 15, 1-3. 11-32

 

Je vous propose de lire cette parabole du fils prodigue comme une parabole sur les sacrements de l’Eglise dont les trois premiers, de l’initiation : baptême, communion, confirmation, conditionnent notre relation à Dieu. Ce sont les sacrements de la vie trinitaire, et c’est le sujet de cette parabole : le Baptême marque le lien au Père, l’adoption filiale ; la Communion au Corps du Christ en chacun de nos frères, la Confirmation de l’amour de Dieu par le don de l’Esprit.

Les quatre autres définissent ce qui est sacré : la famille, l’espérance, la réconciliation, le soin des malades et des souffrants (les pauvres, les blessés, les faibles ou fragiles).

Parfois, on se demande ce qui est sacré, qui s’impose à nous, qui est à traiter en priorité, toujours et partout ?

Le mariage et la prêtrise, les deux sacrements au service de la communion donnent les deux premières réponses : la famille fondée sur le couple uni dans le mariage est sacrée.
Est également sacrée l’espérance de la vie éternelle : c’est la mission des prêtres de faire grandir la foi en donnant la nourriture spirituelle dont toute personne a besoin pour vivre de la vie heureuse, éternelle, en Dieu.

Les deux autres domaines qui relèvent du sacré sont la réconciliation, plus forte que toute division, et le soin des souffrants pour lesquels le Seigneur a voulu que soit institué un sacrement particulier, le sacrement des malades, l’onction sainte, symbole de la force que tous les sacrements ont pour fonction de donner, la force et la tendresse, la douceur de l’amour. Le pardon et l’onction sainte sont les deux sacrements de guérison, de la miséricorde.

Une fois qu’on tient ces quatre repères : la famille, l’espérance, la réconciliation, le soin des malades, on est paré pour la vie, paré à résister, à s’émerveiller, à se dépasser, à s’entraider.

Et on peut revenir aux trois sacrements de notre union à Dieu dont cette parabole du fils prodigue et de son frère jaloux est une magnifique illustration : le repas de fête que le Père organise pour le retour à la vie de son fils perdu est la Messe, cette parabole est une image de l’Eucharistie.

Et les deux fils s’en trouvent décalés pour des raisons différentes : le premier est baptisé mais pas converti. Il est, depuis sa naissance à la vie physique et sa naissance par son baptême à la vie de grâce, enfant du Père. Mais cela ne suffit pas pour être en communion avec Lui et son frère. Il s’éloigne dans une vie de désordre. Jusqu’à ce que l’Esprit vienne le saisir au plus bas de sa vie et au plus profond de lui-même parce que nul n’est trop loin pour Dieu.

Quant au second, apparemment fidèle pratiquant, en réalité il n’avait pas vraiment reçu l’Esprit Saint, il n’avait pas été confirmé comme fils, il n’avait jamais entendu ce que son Père lui dit alors : ‘Toi, mon enfant, tu es toujours avec moi, et tout ce qui est à moi est à toi’.

Les deux fils de cette parabole sont enfants du Père mais ne connaissent ni le Christ ni l’Esprit-Saint. Comment dès lors peuvent-ils honorer leur père et respecter leur frère ? Comment peuvent-ils respecter ce qui est sacré, la famille pour le premier, la réconciliation pour le second ?

Bien sûr qu’il ne suffit pas d’avoir reçu les sacrements de l’Eglise pour être Saints.

Ou plutôt cette parabole montre deux façons de s’éloigner de Dieu et de l’Eglise, de façon durable pour le premier qui s’ennuyait dans le quotidien, de façon aussi pénible pour le second à qui nous ressemblons quand nous faisons dans la semaine le contraire de ce que nous avons célébré le dimanche à la messe.

Comment faire ?

Il nous faut revenir à l’unité organique des sacrements entre eux. Qui fait que toute entorse à l’un compromet l’efficacité des autres. Le mauvais état de l’Eglise vient du nombre de prêtres qui trahissent la foi par leurs propos ou leurs actes ; du nombre de baptisés qui ne sont pas confirmés ; du nombre de fidèles qui ne le sont pas à la messe chaque dimanche ; du nombre de ceux qui ne se sont pas confessés depuis des années ; du nombre de personnes mariées qui se sont engagées dans une autre union. Le problème n’est pas le fait en soi mais le nombre. Dans la parabole des talents (Mt 25), deux des trois serviteurs font le job ; ici, aucun des deux fils n’aime leur père.

Le délitement de l’Eglise est sacramentel. On peut en vouloir à la société, ou accepter que ce délitement vienne de nous, de notre manque d’exemplarité et de sainteté. Que chacun s’examine. Que chacun examine sa fidélité à la prière et son respect du sacré.

Chaque fois que nous prions le Notre Père, nous tenons la force des sacrements :

Que ton Nom soit sanctifié – dit l’adoration du Père.
Que ton Règne vienne – dit notre attente du retour du Christ.
Que ta Volonté soit faite – dit la confiance en l’Esprit-Saint.

Donne-nous notre pain de ce jour – dit le sacré de la Famille.
Pardonne-nous nos offenses – dit le sacré de la Réconciliation.
Ne nous laisse pas entrer en tentation – dit le sacré de l’Espérance.
Délivre-nous du mal – dit le sacré du soin des Malades.

La famille, la réconciliation, l’espérance, le soin des souffrants, respectons ce qui est sacré.

Vivons de la prière du Notre Père et de la force des sacrements.

Père Christian Lancrey-Javal, curé

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