1er dimanche de l'Avent - 1er décembre 2019

Mt 24, 37-44

 

Dimanche dernier nous avons fêté le Christ-Roi au dernier dimanche de l’année liturgique. Il est juste et bon qu’en ce premier dimanche de l’Avent, nous fêtions sa fiancée ou son épouse, l’Eglise, qui se prépare à accueillir son Seigneur.
La 2èmelecture, de la lettre aux Colossiens, le disait : d’abord le Christ, « la tête du corps, la tête de l’Église », puis l’Eglise et c’est pourquoi le lundi nous prions pour elle, pour l’Eglise : le samedi la Vierge Marie, le dimanche le Christ et le lundi l’Eglise. C’est une bonne raison pour que les prêtres ne s’arrêtent pas ce jour-là, d’autant que c’est le lundi matin que nous recevons le plus d’appels, au sortir du week-end, comme les médecins, et mes confrères les plus avisés font relâche plutôt le mardi. Cessez donc de penser que les prêtres sont ‘off’ le lundi : nous prions pour l’Eglise, qui en a bien besoin.
Et l’évangile que nous venons d’entendre nous parle de l’Eglise dont il reprend plusieurs symboles : la ‘barque’ (l’Arche de Noé), la vie pastorale et le travail des champs (les femmes en train de moudre au moulin), la maison à protéger des voleurs.

Je n’invente rien : c’est l’Eglise elle-même qui s’approprie ces images, et les a validées dans la Constitution qu’elle s’est donnée au dernier Concile, Lumen gentium, le Christ Lumière des Nations : « Dans l’Ancien Testament la révélation du Royaume est souvent présentée sous des figures ; de même maintenant, c’est par diverses images que la nature intime de l’Eglise se fait connaître à nous, et ces images sont empruntées soit à la vie pastorale et au travail des champs, soit à la construction des édifices et même à la famille et aux noces » (LG 6). Il en va de l’Eglise comme de toutes les réalités futures : nous voyons pour l’instant en figures.

C’est ainsi que l’Eglise est le bercail dont la porte est le Christ. Les brebis égarées reviennent à l’Eglise comme on revient au bercail. Elle est le troupeau dont Dieu avait annoncé qu’il serait lui-même le pasteur. Elle est aussi la terre que Dieu cultive, ou encore son champ, où grandit l’antique olivier, de l’huile sainte, ou encore la Vigne dont nous sommes les sarments.
Plus souvent l’Eglise s’appelle l’édifice de Dieu. Circulait sur les réseaux sociaux la vidéo d’un élève à qui on demandait de faire une phrase avec le mot ‘édifice’ ; il répondait : au nom du Père et d’édifice et du Saint-Esprit …L’Eglise est la maison de Dieu, la cité sainte, descendant du ciel d’auprès de Dieu, “prête comme une fiancée toute parée pour son époux” (Ap 21, 1). Toutes ces images disent une réalité vivante, en devenir : en voyage ou en chemin, en pèlerinage sur la terre, encore loin du Seigneur (cf. 2 Co 5, 6). Elle se sait ou se sent comme en exil, si bien qu’elle recherche les choses d’en haut, là où le Christ est assis à la droite de Dieu, où sa vie reste cachée avec le Christ en Dieu jusqu’au jour où elle apparaîtra avec son Epoux dans la gloire.

L’image de la barque de Pierre, où Jésus avait pris place pour enseigner les foules avant de l’appeler à le suivre, a deux préfigurations dans l’Ancien Testament : l’Arche de Noé, et puis la corbeille tressée de papyrus enduit de bitume et de poix où sa mère avait déposé Moïse dont le nom signifie “je-l’ai-tiré-des-eaux”(Ex 2, 10). De l’Arche de Noé au berceau de Moïse, les tailles et les formes varient, mais c’est la même réalité de l’Alliance et du Salut.

Avez-vous remarqué que ces figures sont présentes dans la crèche de Noël, avec le berceau du nouveau Moïse (« c’est un prophète comme moi que Dieu enverra », avait-il annoncé cf. Dt 18, 15), et les symboles de la vie pastorale avec le bœuf, l’âne, les brebis et les bergers, ou encore de la constructionavec saint Joseph charpentier chef de la sainte Famille ?

Maintenant nous devons considérer attentivement la façon dont ces images sont traitées dans l’évangile qu’on vient d’entendre, sous forme d’avertissement, et même d’exclusion.

Dans l’Arche de Noé, ils furent très peu nombreux à prendre place. Ils furent sauvés par la foi. « Par la foi, Noé, divinement averti de ce qui n’était pas encore visible, saisi d’une crainte religieuse, construisit une arche pour sauver sa famille. Par la foi, il condamna le monde et il devint héritier de la justice qui s’obtient par la foi » (He 11, 7).
Jésus précise que ce tri dont nous entendrons la sévérité dimanche prochain par Jean-Baptiste avec l’image de l’homme qui « tient dans sa main la pelle à vanner, il va nettoyer son aire à battre le blé, et il amassera son grain dans le grenier ; quant à la paille, il la brûlera au feu qui ne s’éteint pas » – ce tri semblera aléatoire à vue humaine : « deux hommes seront aux champs : l’un sera pris, l’autre laissé. Deux femmes seront au moulin en train de moudre : l’une sera prise, l’autre laissée ».
Enfin, de façon encore plus forte, une maison ne protège ses habitants que s’ils la protègent de ceux qui veulent s’en emparer, car « depuis les jours de Jean le Baptiste jusqu’à présent, le Royaume des Cieux souffre violence, et des violents s’en emparent » (Mt 11, 12). C’est une chose d’empêcher le voleur d’entrer, d’empêcher les loups entrer dans la bergerie, mais que fait-on quand ils y sont entrés comme l’Eglise vient de le vivre de façon abominable avec ses prédateurs, et pour empêcher qu’ils entrent à nouveau ?

L’Église, disait le Pape François, ‘est la maison paternelle où il y a de la place pour chacun’. La phrase est incomplète : L’Église est la maison paternelle où il y a de la place pour chaque personne qui veut répondre à l’appel de Dieu et se conforme à ses commandements. Pourquoi avons-nous cessé de dire ce que Jésus prévient – que la porte est étroite ? “Large et spacieux est le chemin qui mène à la perdition, et il en est beaucoup qui s’y engagent ; mais étroite est la porte et resserré le chemin qui mène à la Vie, et il en est peu qui le trouvent” (Mt 7, 14).
Je vous en supplie mes amis, écoutons l’avertissement de ce premier dimanche de l’Avent et de l’Année liturgique : « En ces jours-là, avant le déluge, on mangeait et on buvait, on prenait femme et on prenait mari. Les gens ne se sont doutés de rien, jusqu’à ce que survienne le déluge qui les a tous engloutis : telle sera aussi la venue du Fils de l’homme ».
Cette venue, nous la proclamons à chaque messe : ‘nous attendons ta venue dans la Gloire’. Comment le Seigneur nous trouvera-t-il : mangeant et buvant, ne se doutant de rien, assurés, sûrs de sa miséricorde, comme si elle ne supposait pas notre conversion ? Pourquoi alors nous aurait-il mis en garde ?

Sur les terrains d’opérations, lorsqu’une sentinelle était trouvée endormie au péril de la vie de ses camarades, elle passait la nuit suivante hors du camp, une grenade dégoupillée entre les mains. Nous ne sommes pas, grâce à Dieu, dans ces conditions extrêmes mais nous avons la même mission de veiller les uns sur les autres, de prier les uns pour les autres. Cela suppose que nous retrouvions le sentiment de sécurité qui faisait la force de l’Eglise et qui fera à nouveau un jour sa force et sa fiabilité, je vous le promets. A charge pour nous de retrouver son cœur de Mère, de retrouver la tendresse et la douceur avec laquelle une maman réveille ses enfants.
Imaginez Marie allant réveiller Jésus enfant, pensez à la façon dont elle-même ouvrait les yeux chaque jour dans le bonheur de sa présence. Voilà ce que nous avons à vivre en ce temps de l’Avent, le réveil en nos âmes de l’amour de Dieu, voilà la mission de l’Eglise, retrouver la douce fermeté avec laquelle une mère réveille ses enfants.

L’Eglise, comme une mère réveille son enfant.

Père Christian Lancrey-Javal, curé

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