2ème dimanche du Temps Ordinaire - 16 janvier 2022

Jn 2, 1-11

 

Les déboires survenus à des amies pendant les fêtes m’ont fait réfléchir de façon nouvelle aux Noces de Cana : elles ont connu ces insupportables et imprévisibles fuites d’eau dont vous savez qu’elles tombent, Dieu sait pourquoi, la nuit, les dimanches ou les jours fériés. Je compatis d’autant plus que je l’ai vécu ces derniers mois : des inondations dues à des pluies torrentielles qui dévalaient l’escalier, et je me retrouvais à écoper l’eau à mi-mollet à trois heures du matin. Remplir les seaux, monter l’escalier, jeter dans le caniveau et recommencer. Un paroissien était venu m’aider. Deux seaux de cinq ou six litres par trajet, combien de trajets a-t-il fallu aux serviteurs de Cana pour remplir les six cents litres des six jarres de pierres ?

Vous pouvez penser qu’il existait une sorte de réseau de canalisation depuis des citernes d’eau de pluie. Mais le plus probable était quand même, pour la boire, l’eau à puiser du puits.

Disons simplement que les serviteurs se sont activés dans un contexte tendu et difficile, sans rechigner, et c’est aussi grâce à eux que les Noces ont été sauvées : il n’y a pas de miracle sans serviteurs, sans participation humaine à la miséricorde divine. La Providence de Dieu a le visage humain d’un soutien généreux. « Est-ce que je peux vous aider ? ». Vous êtes un ange !

Il en est allé de même lors de la multiplication des pains : il a fallu au départ fournir à Jésus des pains, et il disposait grâce aux disciples d’un précieux service d’aide à l’installation de la foule et à la distribution des pains. C’est une parabole sur l’Eglise et les sacrements : la grâce de Dieu appelle la participation de l’homme. Gardons-nous d’une vision trop verticale des miracles, et gardons-nous de toute passivité de notre part.

Si cette première question, de savoir comment ils ont fait pour remplir ces énormes jarres, ne vous parle pas, la deuxième devrait vous être plus familière : c’était à qui de s’occuper du vin ? C’est qui le responsable de ce fiasco ? C’était qui-qui n’avait pas prévu le vin en quantité suffisante alors que ces fêtes étaient ouvertes, où venaient tous les habitants du coin, tous ceux qui faisaient partie de la famille au sens large, du village et des environs ?

Un samedi de juin, j’étais arrivé en fin de matinée sur les lieux du mariage que je devais célébrer l’après-midi. Je passe au lieu de réception avant de me rendre à l’église où je vais deux heures avant pour prier, saisir l’âme du lieu. La réception se faisait dans un château avec un parc magnifique sous un soleil de rêve. Je vais saluer la fiancée, la rassurer de mon arrivée sur zone : elle est entre les mains de la coiffeuse, entourée de ses témoins, avec le photographe le-plus-discret-possible. En sortant je tombe sur le fiancé qui m’annonce le blême : le vin n’a pas été livré ! La veille au soir, le transporteur était soi-disant venu et reparti, faute de trouver l’accès. Le fiancé venait d’envoyer amis et témoins sillonner les caves des environs, rapporter de quoi boire pour quatre cents personnes. Pas de temps perdu à s’énerver, chercher un responsable : un seul objectif une solution. Et avec quelle délicatesse pour ne pas inquiéter sa future épouse, ni les parents ! On aimerait que beaucoup de nos responsables soient des hommes comme ça, calmes, organisés, pragmatiques, de sang-froid …

Ce qui me désole chez tant de couples en crise est la façon dont ils se focalisent chacun sur les erreurs de l’autre, les tares de la belle-famille, quand ce n’est pas sur la responsabilité de Dieu à qui ils me chargent de dire leur sentiment de les avoir abandonnés.

Et si nous cherchions une solution ? Qu’est-ce qu’on fait maintenant ?

Troisième réflexion que je voudrais vous livrer sur ces Noces divinement rattrapées, la question que je me pose quand je rencontre certains fiancés, mais c’est tout aussi vrai de projets de vie qui me sont exposés, est jusqu’à quel point, jusqu’où faut-il laisser des personnes se méprendre dans leurs choix, aller dans le mur, se lancer dans des aventures qui feront leur malheur et celui de leur entourage ?

Seigneur, es-tu allé là-bas à Cana, à ces Noces parce que tu savais qu’on aurait besoin de toi ?

Seigneur, si ta Mère n’avait pas fait appel à toi, qu’est-ce qu’il se serait passé ?

Moi-même, dans un autre siècle, il y a bien des décennies, j’ai failli me marier. Qu’est-ce qui fait que, pour ce qui me concerne, j’ai été épargné ? Cela me coûte de le dire tant cela m’avait sur le moment énervé : j’ai été sauvé par les mises en garde de mes proches. Par les prières de ceux qui tenaient à moi. Et, fondamentalement, par l’éducation religieuse que j’avais reçue, ce que j’avais appris en famille, à la messe, au catéchisme, à l’aumônerie, par les autres croyants, à savoir ce que représente symboliquement le « bon vin » de ces Noces : l’amour de Dieu.

Il faudra bien un jour établir une corrélation entre l’absence d’éducation religieuse et l’explosion des échecs conjugaux et des divorces.

Pour l’heure, retenons de ce signe que Jésus accomplit à Cana de Galilée les critères qu’il donne de la Providence divine : quand une aide se propose, quand personne ne se borne à râler ou à accuser, quand on est capable, comme Marie en a donné l’exemple, de dire à Dieu : viens à mon aide, Seigneur, à notre secours.

Qu’est-ce qu’on fait maintenant ? Comme Marie a dit : ce que Jésus nous dira.

Père Christian Lancrey-Javal, curé

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