3ème dimanche du temps ordinaire - 21 janvier 2024

Mc 1, 14-20

 

Dimanche de la Parole de Dieu

« L’Eglise n’est pas une association de croyants en Jésus-Christ. Elle est constituée par l’appel de Dieu, actualisé par chacun dans le baptême ». C’est ainsi que le cardinal Lustiger définissait ‘le peuple sacerdotal’ que nous formons, vous et moi, ‘baptisés et pasteurs’ (dans « Les prêtres que Dieu donne » éditions Desclée de Brouwer, 2000).

Nous sommes appelés par Dieu : appelés à l’amour, à l’aimer ‘de tout ton cœur, de toute de ton âme et de tout ton espritet à nous aimer les uns les autres comme le Seigneur nous a aimés. Il faut partir de là, de l’appel de Dieu ou plutôt revenir en permanence à l’appel de Dieu, pour ne pas nous opposer, nous diviser, et ne pas opposer prêtres, diacres et laïcs, l’assemblée et la hiérarchie. D’autant que nous avons tous la même valeur pour Dieu. Les prêtres n’ont pas plus de valeur que les autres baptisés : c’est pour l’avoir ignoré, pour avoir sacralisé les prêtres que des familles n’ont pas cru ce que leurs enfants leur disaient.

Nous sommes tous appelés à aimer Dieu et à le servir, en nous mettant au service les uns des autres, comme le Seigneur nous l’a enseigné en lavant lui-même les pieds de ses disciples. Le Curé d’Ars disait : “Si, à ma mort, je m’aperçois que Dieu n’existe pas, je serai bien attrapé, mais je ne regretterai pas d’avoir passé ma vie à croire à l’amour”.

J’ai fêté avec vous en juin vingt ans de prêtrise, on a toujours vingt ans quand on aime, et je vous redis que je n’ai aucun regret et Dieu sait que j’aimais ma vie d’avant. C’était une vie pour moi. J’ai vu plusieurs fois la mort de près, dans des accidents, la maladie, et à chaque fois, je n’ai pas pensé que cela aurait été une injustice mais un gâchis. J’avais fait tant de découvertes, reçu de joies et d’émerveillements, – pour quel résultat ? Vous connaissez la phrase que Claudel fait dire à une aveugle : « Vous autres qui voyez, qu’est-ce que vous faites de la lumière ? ». Pourtant la question n’était pas : qu’est-ce que j’en avais fait ? – mais : pour qui ? Tout ça, le monde, la vie, ne pouvait pas être seulement pour moi.

Quand on se pose la question du sens de la vie, il y a (presque) toujours quelqu’un qui vient, qui survient, apparaît, que l’on peut rétrospectivement identifier comme un bon ange, un envoyé de la Providence, pour nous aider, nous éclairer, nous entraîner vers l’avant, nous donner un travail, nous faire rencontrer les bonnes personnes, ou à l’inverse, identifier comme un mauvais ange, un séducteur qui nous tire vers le bas, dans l’obscurité, la démesure ou les excès.

Qu’est-ce qui fait la différence ?

L’appel de Dieu, évidemment, ne suffit pas : ce qui fait la différence, ce sont des visages bienveillants, des regards lumineux, je pense à des religieuses, des prêtres, des hommes et des femmes consacrées, mariées, en un mot la rencontre de croyants fidèles dans la foi.

Les évêques de France appellent à prier pour les vocations : « Priez le maître de la moisson d’envoyer des ouvriers pour sa moisson ». Ça veut dire quoi ?
Qu’il y ait plus d’entrées dans les Séminaires, de candidats à la prêtrise, à la vie religieuse ? Que le Seigneur ouvre le cœur de ceux et celles qu’il appelle à le suivre dans une vie consacrée ?

Criez plus fort, il n’entend pas ! Le prophète Elie se moquait des prêtres de Baal qui invoquaient en vain leurs dieux : « Criez plus fort, puisque c’est un dieu : il a des soucis ou des affaires, ou bien il est en voyage ; il dort peut-être, mais il va se réveiller ! » (1 R 18, 27). « Ils crièrent donc plus fort et, selon leur coutume, ils se tailladèrent jusqu’au sang avec des épées et des lances ». C’est ça la prière pour les vocations, pour se faire entendre de Dieu, pour être exaucé ?

N’est-ce pas plutôt revenir, chacun, à l’appel reçu à notre baptême ? Revenir à Dieu.

« Quand le peuple s’est déjà, dans son cœur, détaché de l’Evangile, écrivait le cardinal Lustiger, les prêtres en éprouvent inéluctablement le contrecoup. Car ils font partie du peuple, comme baptisés et comme ministres, dans une dépendance réciproque ». Je l’expérimente si souvent !
Après une célébration d’obsèques, aux personnes qui me disent que c’était une belle messe, je réponds souvent : ‘c’était une belle personne’, qui avait fait l’unité de l’assemblée, – mais en réalité c’était le Christ.

C’est pourquoi, poursuit le Cardinal, « Si la barque penche d’un côté, les prêtres doivent non pas se précipiter sur l’autre bord (ce qui serait la façon humaine de rééquilibrer l’embarcation), mais s’arrimer à l’Evangile avec la force de l’Esprit-Saint. C’est l’expérience qu’ont faite les disciples (dans la tempête cf. Mt 14, 32) : l’obéissance au Christ et à la Parole de Dieu » (p. 97).

La prière pour les vocations repose sur l’unité dans la charité de tous les baptisés, bien sûr au premier chef de ceux que Dieu a consacrés et envoyés dans la prêtrise, la vie religieuse, le mariage, quel que soit l’état de vie, c’est la foi qui porte les vocations : la foi de notre baptême !

« Quand le sacerdoce des prêtres est méconnu par les laïcs, c’est le signe certain que ceux-ci ne saisissent plus le sens de leur sacerdoce de baptisés » dit encore Jean-Marie Lustiger (p. 81). Guy Gaucher, que j’ai connu quand il était Carme en HLM près d’Orléans, m’a raconté, devenu évêque auxiliaire de Lisieux, une journée synodale où les deux séminaristes du Diocèse étaient présents. Ils étaient allés voir ensuite leur évêque : les participants avaient passé la journée à tout remettre en question, les sacrements, la Tradition, le rôle des prêtres, des paroisses, l’organisation de l’Eglise. ‘Pourquoi continuer, ont demandé ces séminaristes à leur évêque, ils n’ont pas besoin de nous’.

Je pensais au retour de Jésus dans son pays d’origine, quand il s’est trouvé en butte à l’hostilité des siens, « et là il ne pouvait accomplir aucun miracle ; il guérit seulement quelques malades en leur imposant les mains. Et il s’étonna de leur manque de foi » (Mc 6, 6).

La prière pour les vocations est une prière pour raviver notre foi, pour que nous nous remettions à l’écoute du Christ, le Maître intérieur. C’est dans notre cœur que commence la moisson, dont l’autre nom est la Transfiguration, quand « de la nuée une voix se fit entendre : Celui-ci est mon Fils bien-aimé : écoutez-le ! » (Mc 9, 7).

Celui-ci est mon Fils bien-aimé : écoutez-le !

Père Christian Lancrey-Javal, curé

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