2ème dimanche du temps ordinaire - 14 janvier 2024

Jn 1, 35-42

 

Pour commencer doucement l’année, je voudrais vous parler des parrain et marraine dans l’Eglise catholique. Parrain ou marraine de baptême, de confirmation, même d’ordination : le jour où j’ai été ordonné prêtre, un vieux prêtre m’a ‘parrainé’ et m’a remis, après la prière de consécration, la chasuble.

Le rôle des parrain et marraine est parfaitement illustré dans l’évangile qu’on vient d’entendre : il consiste à conduire à Jésus. Jean-Baptiste avait montré Jésus à André. André conduit son frère Simon à Jésus qui amplifie le contexte de baptême par le don de ce nouveau nom : « Simon, fils de Jonas (ce qui veut dire Colombe), tu t’appelleras Kèphas, ce qui veut dire Pierre ».

Le rôle des parrain et marraine n’est pas le même pour les petits-enfants que pour des baptisés adultes. L’Eglise, dans son Code de Droit canonique, associe néanmoins les deux, qui prévoit que, « dans la mesure du possible, à la personne qui va recevoir le baptême, sera donné un parrain auquel il revient d’assister dans son initiation chrétienne l’adulte qui se fait baptiser et, s’il s’agit d’un enfant, de le présenter de concert avec les parents, et de faire en sorte que le baptisé mène plus tard une vie chrétienne en accord avec son baptême et accomplisse fidèlement les obligations qui lui sont inhérentes » (Can. 872).

« Dans la mesure du possible » : les parrain et marraine ne jouent pas sur la validité du baptême, et le texte précise qu’il peut n’y en avoir qu’un seul : « un seul parrain ou une seule marraine » (Can. 873). Ce qui permet de faire de l’autre, s’il ou elle n’est pas catholique, un témoin, parrain ou marraine ‘de cœur’.

Jusqu’au 17ème siècle, il était interdit aux parrain et marraine de se marier entre eux, interdit au parrain d’épouser la marraine pour qu’on ne les voit pas comme un couple de remplacement des parents : ils sont présents à leurs côtés pour signifier au jour du baptême que l’enfant n’est pas baptisé dans la foi de ses parents mais dans la foi de l’Eglise, indépendamment de la croyance de ses parents.
Il leur revient donc d’y adhérer ‘a minima’, pour qu’au moment où le célébrant les interroge sur la foi de l’Eglise … Ils sont là, tous les quatre, parents, parrain et marraine, en face de moi et il faut qu’il y en ait au moins un sur les quatre qui croit vraiment que Jésus est le Fils de Dieu !

Vaut-il mieux prendre le parrain ou la marraine en dehors de la famille pour montrer que par le baptême on entre dans une ‘famille’ plus grande, des enfants de Dieu, ou au contraire s’assurer par un lien de parenté qu’on gardera le contact ? …
Le seul empêchement de lien est que le parrain ou la marraine « ne soit ni le père ni la mère de la personne baptisée » (Can. 874).
Mais il peut être le frère, comme André pour Pierre, ou la grand-mère quand elle est la dernière pratiquante de la famille, en tout cas la référence exemplaire.

Parrain ou marraine, c’est la légion d’honneur ! Un des plus beaux signes d’amour désintéressé, et de confiance de la part des parents, je dis bien de confiance et non pas d’affection puisque nous sommes dans l’ordre du Sacré.
Le parrain et la marraine sont des personnes qui ont la confiance et surtout l’estime des parents, ‘estimables’ est le mot, pour les aider, eux parents, à faire grandir l’enfant dans le respect des autres et l’estime de soi en véritable enfant de Dieu.
C’est ce que les premiers disciples ont ressenti au plus profond de leur être quand Jésus les a appelés : faut-il que j’aie de la valeur pour que ce Rabbi, cet homme que Jean-Baptiste désigne comme l’Agneau de Dieu, m’appelle à le suivre !

Le parrain et la marraine ont moins une mission d’affection que d’estime. Et d’admiration : leur mission est de veiller sur les qualités de leur filleul, parfois de les lui révéler, de l’aider à faire fructifier ses talents.
Ainsi s’explique la relation si particulière entre Pierre et André, la façon dont André qui avait rencontré Jésus le premier, a conduit Pierre à Jésus et lui a laissé la première place : il s’est effacé, comme Jean-Baptiste, symbole magnifique du parrain pour qui seul importe l’épanouissement de celui que Dieu lui a confié. Pour nous Catholiques, le filleul est plus important que le parrain.

J’ai connu les deux extrêmes avec mes parrain et marraine : ma marraine m’a traité comme un de ses enfants, me transmettant peut-être plus librement qu’à ses propres enfants ses valeurs et sa foi. J’ai gardé la petite statue en marbre de la Vierge Marie qu’elle m’a offerte pour ma 1ère communion, malgré le nombre de fois où elle est tombée, toute recollée, pleine de nostalgie. Mon parrain était une sorte de Mister Magoo (personnage mythique de dessin animé) qui, chaque fois que je disais quelque chose de drôle, s’exclamait : ‘Mais qu’il est bête ! Qu’il est bête !’ – c’était affectueux ? pas très gratifiant.

Les enfants, vous demanderez à vos parents de vous parler de leurs parrains et marraines, les souvenirs qu’ils en ont, et ce que eux-mêmes font pour leurs filleuls s’ils en ont, pour les aider à grandir dans la foi, dans la confiance en Dieu et dans l’estime de soi.

C’est notre mission à tous de faire grandir en chaque baptisé l’estime de soi qui vient de l’amour de Dieu. Dans l’évangile, quand le centurion romain, dont nous reprenons la phrase à chaque messe, dit au Seigneur qu’il ne se sent pas digne de le recevoir mais qu’il veut lui obéir, Jésus fut dans l’admiration (Lc 7, 9). Dieu dans l’admiration !

Faut-il que nous ayons de la valeur aux yeux de Dieu, se sont dit les disciples, pour qu’il nous appelle à le suivre ! Pour qu’il soit toujours présent pour nous aider à nous dépasser.

Voilà, parrains et marraines, ce qu’à vos filleuls vous devez expliquer : votre mission est de donner à votre filleul l’estime de soi qui vient de l’amour de Dieu. Qu’il se dise grâce à vous : faut-il que j’aie de la valeur aux yeux de Dieu pour qu’il m’aime et m’appelle à l’aimer !

Oui ! Faut-il que nous ayons de la valeur pour Dieu !

Père Christian Lancrey-Javal, curé

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