Solennité de l'Epiphanie - Dimanche 8 janvier 2024

Mt 2, 1-12

 

Comment reconnaît-on les Mages dans la crèche ?

Comment les distingue-t-on des bergers ou de Joseph ? Joseph est juste à côté de Marie et les bergers avec leurs moutons ? Soit. Les Mages ont une couronne sur la tête parce qu’on en a fait des rois ? Soit. L’un des trois est noir ? Pas forcément. Ils sont bien habillés, richement vêtus ? Oui, oui, exactement : on reconnaît les Mages à leurs vêtements, de beaux vêtements, qu’ils ne portaient pas pour exhiber leur richesse ni pour affirmer leur statut social mais parce qu’ils venaient se prosterner devant « le plus beau des enfants des hommes ».

Ils s’étaient bien habillés pour participer à la plus belle scène de l’Histoire de l’humanité.

Je l’ai dit aux fiancés en leur parlant de la célébration du mariage, du déroulement de la journée, de ce premier moment fort, quelques heures avant, où chacun de leur côté, entourés de leurs témoins, ils vont se préparer, s’habiller, se faire le plus beau et la plus belle, et ce sera la première promesse qu’ils se feront l’un à l’autre pour toute leur vie, d’être toujours bien mis, élégant plus que sexy, correctement dressés, jamais négligés.

Négliger son corps, sa santé comme son apparence, c’est manquer de respect pour ceux qui vous entourent.

La résolution que certains pourraient prendre pour cette année n’est pas seulement d’aller à la messe tous les dimanches mais d’y aller ‘préparés’, plus que ‘endimanchés’, avec l’élégance du corps et du cœur.

« Mon ami, comment es-tu entré ici, sans avoir le vêtement de noce ? » dit la parabole des invités à la noce que nous avons entendue le 15 octobre dernier (Mt 22, 12). Bien sûr nous en faisons une lecture spirituelle et symbolique. Bien sûr Dieu ne regarde pas les apparences, ou plutôt Dieu ne s’arrête pas aux apparences. Il voit le fond du cœur, l’attention que nous lui portons et que nous portons aux autres, jusque dans notre tenue et notre façon de nous tenir.

Voilà ce que nous avons à apprendre des Mages : le sens de l’adoration de Dieu, ensemble, dans une attitude et une tenue « propres et appropriées » aux personnes et aux circonstances. Je dois souvent reprendre les enfants du Catéchisme pendant le quart d’heure où nous sommes dans l’église : tenez-vous bien ! Vous êtes devant le Seigneur, dans la maison de Dieu !

Lorsque vos amis, vos proches, surtout les non-croyants, vous voient partir à la messe habillés comme si vous alliez faire du sport, l’été comme si vous alliez à la plage, comment peuvent-ils croire un seul instant que vous allez adorer le Seigneur ?

Vous vous souvenez de cette scène étonnante après la Résurrection quand « le disciple que Jésus aimait dit à Pierre : ‘C’est le Seigneur !’ Quand Simon-Pierre entendit que c’était le Seigneur, il passa un vêtement car il n’avait rien sur lui, et il se jeta à l’eau » (Jn 21, 7).
« Jésus leur dit : ‘Venez manger’. Aucun des disciples n’osait lui demander : ‘Qui es-tu ?’ Ils savaient que c’était le Seigneur » (Jn 21, 12). Comme à d’autres moments, ils ne savaient pas quoi dire, dans leur émotion, tant leur bonheur était grand.

Et le langage déterminant. Car ce qui est vrai des vêtements l’est encore plus du langage. Attention à ce que nous disons, à notre façon de parler !

Vous êtes heurtés, et vous avez raison, quand le prêtre utilise un langage trop familier dans ses homélies : ce n’est pas à la hauteur, à la mesure de la grandeur du mystère qui est célébré. Pareil entre nous ! Attention à nos propos ! Cela pourrait être une 2ème résolution pour cette année : un langage châtié, « propre et approprié », dans nos paroles de tous les jours.

Nous avons fêté le 3 janvier sainte Geneviève, patronne de Paris. Elle est une lumière pour notre temps pour avoir combattu les mêmes fléaux qu’aujourd’hui : on dit les barbares, en réalité la grossièreté et ce qui la favorise : la lâcheté. La grossièreté règne quand par lâcheté personne n’intervient.
La réponse chrétienne est le sens du Sacré : la seule façon de s’opposer à la grossièreté comme à la lâcheté est la lumière du Christ, qui élève les humbles et renverse les puissants.

C’est enfin une question d’écologie, que de respecter dans les vêtements (qui encore une fois n’ont pas besoin d’être luxueux ni onéreux, simplement « propres et appropriés ») ceux et celles qui les ont fabriqués, produits, distribués … Ils sont le fruit d’un travail, d’une tradition, et tous ceux qui y ont participé, comme pour notre nourriture, ont le droit d’être respectés. L’écologie est la conscience que « tout est lié ».

Voilà une 3ème résolution pour cette année : respecter de ce qui vient de la Création, les vêtements comme les aliments, tous ces produits consommables, périssables, qui portent en eux toute la chaîne de l’humanité, cette continuité invisible depuis la matière première brute jusqu’à l’utilisation que nous en faisons, qui soit digne du travail et de la Création.

En plus de l’Or qui fait rêver, les Mages ont offert de l’Encens pour parfumer, la bonne odeur de la beauté, et de la Myrrhe qui symbolise l’ensevelissement et le soin du corps du défunt. Les plus anciens d’entre vous qui ont dû choisir les vêtements d’un parent, d’un enfant, pour l’habiller dans son cercueil, le savent, qui l’ont préparé, avec leurs prières, pour les Noces de l’Agneau.

Le vêtement, l’attitude, le langage sont des signes de respect et d’amour. Ce n’est pas une question d’argent. Cela tient en deux mots : « propre et approprié ».

Père Christian Lancrey-Javal, curé

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