Sainte Marie Mère de Dieu - lundi 1er janvier 2024

Lc 2, 16-21

 

Qu’est-ce que Marie et Joseph ont fait des présents que les Mages ont déposés devant Jésus, l’or, l’encens et la myrrhe, ainsi que nous l’entendrons dimanche prochain, à l’Epiphanie ?

Ne nous inquiétons pas de chronologie : ce n’est pas la spécialité du temps de Noël, nous fêterons lundi prochain le baptême de Jésus quand il avait environ trente ans, et dans un mois sa Présentation au Temple, alors âgé de quelques jours, avant la fuite en Egypte.

Qu’ont-ils fait de ces cadeaux ? Les ont-ils gardés, au moins l’or, pour survivre en exil ?

Qui pense qu’ils les ont gardés ?

Qui pense qu’ils les ont déposés au Temple ? Justement à la Présentation de Jésus, en toute discrétion, sans même s’en servir pour acheter l’agneau du sacrifice, se contentant de deux petites colombes comme on l’a entendu hier pour la fête de la sainte Famille (Lc 2, 24).

Personnellement je doute qu’ils aient gardé pour eux les présents des Mages : je crois qu’ils les ont rendus au Trésor du Temple, conformément à l’acte d’offrande de leur vie et dans l’inspiration prophétique de ce qui allait s’accomplir en Jésus : « le Temple dont il parlait c’était son corps » (Jn 2, 21).

C’est pourquoi, quand Jésus, à la veille de sa Passion, a vu la pauvre veuve mettre dans le Trésor tout ce qu’elle avait pour vivre, il en a été saisi d’émotion (Mc 12, 44).

Peu importe qui en a eu l’idée. Elle leur convenait à tous les deux, même si sur de nombreux plans, Joseph suivait Marie, conscient de son indignité à côté d’elle, ce qui ne les empêchait pas d’en plaisanter par la suite : Jésus a souvent entendu la même boutade lorsqu’il n’y avait pas grand-chose à manger, Joseph disait : ‘Demande à ta mère si on n’aurait pas dû garder l’or des mages’, c’était une sorte de running gag, une plaisanterie familiale parmi d’autres comme il y en a dans toutes les familles heureuses.

De grâce ne faisons pas de Marie et Joseph des parents désincarnés : reconnaissons leur une joie de vivre qui fait le bonheur d’un foyer, un humour essentiel à l’humilité, une capacité à se taquiner qui n’est pas un péché.

Marie n’était pas exubérante : elle retenait, dit saint Luc, tous ces événements et les méditait dans son cœur, soulignant son calme et son recueillement, certains diraient son côté introverti, mais elle avait une joie humaine et divine de l’Esprit-Saint : elle aimait rire. Et Joseph la faisait rire.

Joseph n’était pas drôle, trop prudent et avisé pour qu’on le trouve drôle, mais avec Marie il était différent : en confiance, épanoui, heureux.

La sainte Famille que nous avons fêtée hier est une famille heureuse. La pauvreté n’est pas la misère, et n’empêche pas d’être heureux. Les épreuves pouvaient être lourdes comme l’exil, les menaces sur l’enfant, leur confiance en Dieu emplissait leur cœur.

Puisque nous fêtons la maternité divine de Marie, comprenons bien ce qu’elle implique : la maternité ne se réduit pas à l’enfantement. Marie, pleine de grâces, Marie préservée du péché, a permis à l’enfant-Jésus, Dieu né de Dieu, de se déployer humainement avec le soutien de ses parents.

Ce que Marie a apporté à Jésus, elle l’a apporté pareillement à Joseph, comme elle continue de l’apporter à tous ceux qui se mettent sous sa protection maternelle : elle donne à chacun de donner le meilleur de lui-même, de s’épanouir et de se réaliser pleinement dans la lumière de Dieu.

C’est vrai de la maternité comme de la paternité, de la maternité divine de Marie comme de la Paternité de Dieu : quand nous vivons avec Dieu, et avec Marie, nous pouvons donner le meilleur de nous-même. Et être heureux.

Il y a un chant de Glorious, repris d’un chant de louange africain, dont le refrain (les couplets sont malheureusement musicalement plus moyens) – le refrain dit : « Je suis dans la joie. Une joie immense. Je suis dans l’allégresse. Car mon Dieu m’a libéré ! ».

Il nous libère de nos péchés, mais d’abord de nos doutes, de nos peurs, « de toutes nos frayeurs – de nos angoisses il nous délivre » dit le Psaume 33, exactement comme le fait notre Mère du Ciel, la Vierge Marie, la Mère de Dieu : la maternité divine est une force libérante par la confiance qu’elle donne à ceux qui veulent bien redevenir des enfants devant Dieu.

Joseph n’était pas drôle. Avec Jésus et Marie il était heureux. Et Joseph faisait rire Marie.

Heureux les pauvres de cœur, car le Royaume de Dieu est à eux.

Père Christian Lancrey-Javal, curé

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