4ème dimanche du temps ordinaire - 28 janvier 2024

Mc 1, 21-28

 

Il y avait donc dans la synagogue un homme qui avait un esprit impur. La traduction liturgique dit qu’il était ‘tourmenté’ (par cet esprit) alors que le texte, littéralement, dit qu’il était ‘dans’ (à l’intérieur) d’un esprit impur (‘immonde’ en latin), mais il ne dit rien de sa souffrance.

Est-ce qu’on peut être sous emprise (maléfique) sans en souffrir ? Sans doute soi-même, oui, du moins en cette vie, ce sont les autres autour de nous qui subissent ce que les esprits mauvais nous font faire. L’illustration la plus remarquable est l’esprit mauvais qui s’empara du roi Saül : il chercha à clouer David de sa lance (1 S 18, 10).

Cet homme était sous l’emprise d’un esprit mauvais. La question est de comprendre pourquoi les autres ne s’en étaient pas aperçu – sans quoi, ils l’auraient exclu de la synagogue.

Comment est-il possible que cette communauté qui se retrouvait toutes les semaines, chaque sabbat pour prier, qui se voyaient pendant la semaine au travail ou en famille, qui discutaient entre eux, comment n’avaient-ils pas perçu que cet homme leur prochain leur frère avait cet esprit mauvais – avant qu’il se mette à hurler ?

On peut imaginer comme toujours que certains se doutaient de quelque chose, sans oser trop rien dire.

La banalité du mal. Qui devient normal.

L’explication que je vous propose est un peu différente, fondamentalement complémentaire.

Pourquoi ses frères de la synagogue ne s’étaient-ils pas rendu compte que cet homme était sous emprise ? Vous voulez savoir pourquoi ? Eh bien je vais vous le dire.

C’est parce qu’à la synagogue hommes et femmes étaient séparés, les femmes étaient à part et elles n’étaient pas écoutées : les hommes ne prenaient pas leur avis, pas sur ces sujets.

Ce que l’évangile dit de Pilate au moment de la Passion de Jésus est remarquable, même si ou alors que Pilate était un païen : « il savait que c’était par jalousie qu’on avait livré Jésus. Tandis qu’il siégeait au tribunal, sa femme lui fit dire : ‘Ne te mêle pas de l’affaire de ce juste, car aujourd’hui j’ai beaucoup souffert en songe à cause de lui’ » (Mt 27, 19). Mais Pilate n’a écouté ni sa conscience, ni sa femme.

Il n’est jamais trop tard. Il a fallu des siècles et la mise au grand jour des pires abus commis par des hommes d’Eglise pour que les Evêques fassent entrer des femmes dans leurs conseils, de gouvernance, de nomination, de séminaire, et nous n’en sommes qu’aux débuts, avec combien de réticences, de mélange de misogynie et de corporatisme vis-à-vis de tous les laïcs, hommes ou femmes.

Ce n’est pas vrai des paroisses. La plupart sont tenues et ont toujours été tenues par des femmes. Celles-ci font autant d’erreurs que les hommes, ce n’est pas un critère en soi : il ne suffit pas d’être femme pas plus qu’il ne suffit d’être prêtre. Et depuis que je suis prêtre, je n’ai jamais pris de décision sans consulter des non-prêtres, des ‘laïcs’, en particulier des femmes qui sont les plus nombreuses dans l’Eglise, et, pour être plus précis, pas tant des femmes que des mères, qui ont eu des enfants ou élevé des enfants.

Je suis convaincu que la mère de cet homme, qui avait un esprit mauvais, le savait, ou l’aurait su si elle avait été encore en vie (vu le taux alors de mortalité des femmes lors de leurs grossesses. Les hommes mouraient à la guerre et les femmes en couches).

C’est là un élément important de notre vénération de la Vierge Marie : une mère qui a porté un enfant en son sein peut, ce n’est pas automatique, avoir une perception plus fine, plus intuitive, plus intérieure de l’être humain.

Je constate que certaines perçoivent avec beaucoup de justesse le mode de relation d’un homme aux autres, d’un prêtre aux femmes, la façon dont il a ‘intégré’ sa sexualité. Son comportement tout court.

Heureusement que j’ai des amies femmes pour me dire que je suis trop péremptoire. Vous pouvez imaginer, si elles ne me le disaient pas, ce que ce serait ! Je promets de faire attention.

Laissons l’Eglise avancer sur ce sujet de la place de la femme de sorte que l’ordre sacramentel soit davantage au service de la charité, pour nous attacher à ce qui fait le quotidien de la majorité des Chrétiens et des êtres humains, à savoir l’amour conjugal dans son expression la plus essentielle : la complémentarité de l’homme et de la femme.

Les garçons, écoutez votre mère (quand elle n’est pas trop possessive), écoutez vos sœurs quand vous rencontrez celle à qui vous voulez unir votre vie. Un seul conseil : prenez conseil. Sachant qu’on vous les donnera pour autant que vous les demandiez aux bonnes personnes et que par le passé vous les ayez suivis.

Je grandis chaque jour de ce que les fidèles du Christ, hommes et femmes, me disent de Dieu, du Christ, de l’Esprit. Parmi les plus beaux témoignages que j’ai reçus, figurent ceux de femmes et de mères que Jésus a sauvées, a révélées à elles-mêmes, à qui le Christ a donné sens à leur vie.

Vierge Marie, aide-moi à déjouer les esprits impurs, puisque tu es celle qui est représentée ainsi, c’est Marie qui écrase la tête du démon, l’antique serpent que Dieu avait prévenu : « Elle t’écrasera la tête tandis que tu la mordras au talon » (Gn 3, 15).

Père Christian Lancrey-Javal, curé

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