Messe de Noël - 24-25 décembre 2020

Lc 2, 1-14

 

L’évangile de Noël donne deux mystères à contempler : la naissance de Jésus et son annonce par les anges aux bergers. Deux événements simultanés dans deux lieux différents : une étable pour Jésus ; dans les champs pour les bergers qui y passaient la nuit à garder leurs troupeaux « dans la même région ».
Deux événements simultanés en deux lieux différents parce que le propre des anges est d’avoir la connaissance immédiate, en l’occurrence de la naissance de Jésus, et de pouvoir l’annoncer en même temps dans un lieu différent.

Deux événements simultanés en deux lieux différents. Certains peintres n’ont représenté que le second : ‘l’annonce aux bergers’ est une gravure de Rembrandt de 1634 qui se trouve au Musée du Louvre. Dans la partie supérieure gauche, l’Ange du Seigneur est debout sur une nuée, au milieu d’un halo étincelant de lumière, entouré de petits angelots : il a la main levée pour calmer plus que pour bénir les hommes dans la clairière, aussi affolés que leurs animaux, des moutons bien sûr et deux vaches ! S’il y a un bœuf dans la crèche, il est normal qu’il y ait des vaches dans les prés. Et s’il y a un âne ? il y a aussi des mouches. C’est la panique en bas, et le plus remarquable est la petite taille des personnages. Je pensais au récit des éclaireurs que Moïse avait envoyés pour voir à quoi ressemblait la Terre promise, qui disaient : « Nous y avons vu des géants. À côté d’eux, nous avions l’air de sauterelles, et c’est bien ainsi qu’ils nous voyaient » (Nb 13, 33). C’est bien ainsi que nous sommes, pourtant si grands pour Dieu pour qu’il se soit fait l’un de nous.

Un remake de cette gravure a été fait par un des meilleurs élèves de Rembrandt, Govert Flinck, dont ‘L’annonce aux bergers’ se trouve également au Louvre. C’est un tableau en couleurs dont le format est passé du vertical à l’horizontal, ‘à l’italienne’, et dont l’ambiance a changé qui était fantastique chez Rembrandt, maintenant dorée et apaisée : les bergers sont surpris mais ne s’enfuient plus. D’après un historien de l’art, « cet apaisement de l’emphase rembranesque est caractéristique des élèves du grand maître ». L’élève n’est pas plus grand que le maître, dit Jésus. L’élève est grand quand il s’inspire de lui et l’adoucit.

J’ai failli prendre cette scène comme devant-d’autel pour servir de fond à la crèche, après les toits de Paris l’année dernière, les images de montagne ou de mer les années précédentes, tandis qu’au Carême l’image est plus austère, avec cette année le monastère saint Georges sur la route de Jéricho, blotti au creux des rochers comme nous pendant le confinement.

J’ai renoncé, non pas à cause de l’air pétrifié des bergers, mais parce que les anges viennent les chercher pour les conduire à Jésus ! Ne nous laissons pas distraire par leurs réactions : regardons l’enfant-Jésus ! Aujourd’hui, un Sauveur nous est né ! le Christ, le Seigneur.

Et nous avons donc pris comme devant-d’autel cette belle image de torrent, vif sans être impétueux, qui se fraye un passage entre des rochers couverts d’une végétation abondante et finit par s’étendre calmement, tandis que, tout en haut, un coin de ciel bleu ouvre la promesse d’un jour radieux. C’est l’image de fraîcheur dont nous avons besoin !

Elle rappelle la première phrase du Livre du Psautier : « Heureux l’homme qui se plaît dans la loi du Seigneur ; il est comme un arbre planté près d’un ruisseau, qui donne du fruit en son temps, et jamais son feuillage ne meurt ; tout ce qu’il entreprend réussira » (Ps 1, 3).

Souvenez-vous de toutes les images dans la Bible de source d’eaux vives, celle du prophète Ezéchiel où l’eau sort du Temple pour assainir tous les lieux où elle se répand (Ez 47, 1-9. 12), jusqu’à celles qui jailliront dit Jésus de son cœur, – de toutes ces images, celle qui les résume le mieux est le nom donné à l’Esprit-Saint : adoucissante fraîcheur.

Adoucissante fraîcheur. C’est le message de Noël. Les cieux se sont ouverts pour délivrer l’espérance, car si la fête de Pâques célèbre notre Rédemption, la fête de Noël est la promesse d’une nouvelle Création. C’est même l’acronyme du mot Messe, – vous savez ce qu’est un acronyme ? Une sorte de mini-abécédaire qui peut être plus ou moins fantaisiste. Par exemple, pour certains, les lettres du mot Noël se traduisent en N.O.E.L – Nous Oublions l’Eternel et sa Louange …

A vous qui êtes venus adorer Jésus, voici un acronyme plus heureux pour le mot M.E.S.S.E : Message Ecologique Symbolique Spirituel d’Espérance.

Gardez ensemble ces trois dimensions : Ecologique puisqu’elle est la promesse d’une Création nouvelle : c’est l’œuvre du Père. Symbolique comme le fait qu’il n’y avait pas de place pour eux dans la salle commune : c’est la Passion du Fils. Spirituel car Dieu se révèle aux tout-petits : c’est la joie de l’Esprit-Saint.

Célébrons donc, au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, la venue de Dieu parmi les hommes. Aujourd’hui un Sauveur nous est né, Mystère de la Trinité, Joie de l’humanité. On ne peut rêver plus beau cadeau de Noël que ce magnifique message d’Espérance ! Adoucissante fraîcheur.

Père Christian Lancrey-Javal, curé

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