Dimanche de la ainée Famille - 27 décembre 2020

Lc 2, 22-40

 

Pas chaque année mais souvent à Noël, en entendant les conditions de la naissance de Jésus dans une mangeoire, parce qu’il n’y avait pas de place pour eux dans la salle commune, je me demande comment il s’est fait que Joseph et Marie n’aient pas trouvé de famille pour les héberger. Joseph revenait dans sa ville d’origine pour se faire recenser : je ne peux pas croire qu’il n’y avait plus aucun parent ou cousins même éloignés. Chez les pauvres, on sait s’entasser, comme disait Coluche : quand il n’y a pas à manger pour cinq, il n’y en a pas pour sept.
Pourquoi Joseph n’a-t-il pas trouvé de famille pour les dépanner ? N’est-ce pas ce qu’on est en droit d’attendre d’une famille, une aide sur qui on peut compter, des personnes qui se sentent moralement obligées de vous accueillir, qui reconnaissent, à défaut d’un lien sacré, la famille comme un refuge ? L’inverse se produit aussi : la division, le conflit, l’exclusion. Je pense à un enterrement récent où les frères et sœurs se sont à peine salués. Atroce.
Pourquoi Joseph et Marie, arrivant à Bethléem, n’ont-ils pas trouvé de parents pour les aider ? J’ai des explications à proposer, notamment que Joseph n’était guère apprécié parce que c’était un homme juste, honnête, sans compromission. Les gens honnêtes n’ont pas beaucoup d’amis. Quand Jésus dit : Faites-vous des amis avec l’Argent trompeur (Lc 16, 9), ce n’est pas à prendre au pied de la lettre.

Mes amis, la fête de la sainte Famille est l’occasion pour chacun d’entre nous d’examiner ses relations avec sa famille, ses frères et sœurs, parents, cousins, de nous demander ce qu’ils apprécient chez nous et ce qu’ils n’aiment pas, ni nous chez eux, de nous interroger aussi sur le lien de la foi : est-ce que la foi en Dieu nous rapproche ou nous sépare ?

Je voudrais surtout poser cette question : qu’est-ce qui fait une famille ?

Est-ce que ce sont des liens du sang, des parents en commun, mais jusqu’à quelle génération, et est-ce qu’un seul suffit ? Quand je rencontre une famille pour une préparation d’obsèques, c’est vrai pour des fiancés, je fais très attention à laisser beaucoup de place autour des noms dans mes notes, pour les liens avec les différents conjoints, les demi-frères, les enfants des différents lits : je ne fais plus d’arbres généalogiques, mais des Rubik’s Cube.

Est-ce que ça fait une famille, toutes ces parentés à géométrie variable ?

Qu’est-ce qui fait une famille ? Est-ce que ce sont des valeurs, des traditions communes, des souvenirs d’enfance, des relations de confiance, un ‘esprit-de-famille’ ? Encore faudrait-il savoir de quel esprit on parle, du bon ou du mauvais, quand c’est au nom de cet esprit qu’on exclut les originaux ou récalcitrants, avec cette sentence couperet : ‘S’est exclu de lui-même’.

Qu’est-ce qui fait une famille, qu’on en fait partie ou qu’on peut en être exclu ?

J’ai au cœur la tristesse d’une amie cette année dont la fille vient de divorcer, qui me disait en pleurant : ‘j’ai perdu un fils’.
C’est mieux que cette autre femme qui avait lancé à sa fille au moment de son divorce : ‘je ne serai plus jamais heureuse’ (sic !). Le plus souvent, je vois des parents qui rejettent leur gendre ou leur belle-fille avec la même facilité qu’ils s’étaient réjouis de leur mariage devant Dieu. Combien de catholiques ont renié sans sourciller le sacrement de mariage de leur enfant ?
Que pouvaient-ils faire d’autre ?
Ils pouvaient inculquer à leur enfant, dès son plus jeune âge, le sens de la parole donnée. Leur apprendre et leur donner l’exemple de la fidélité et du respect de ses engagements, en un mot à tenir parole. C’est ce que nous croyons de Dieu : il tient toujours ses promesses. Et c’est ce que Dieu nous demande : de tenir parole, de garder ses paroles, et de garder les nôtres de toute fausseté. La haine qui s’introduit dans un couple vient toujours du mensonge. Du Menteur.

Le vieillard Syméon avait confiance en la promesse reçue de l’Esprit Saint qu’il ne verrait pas la mort avant d’avoir vu le Christ. La prophétesse Anne, mariée sept ans, vivant seule depuis soixante ans, servait Dieu jour et nuit dans le jeûne et la prière. Dieu les a choisis pour accueillir la famille de son Fils parce qu’ils étaient des modèles de fidélité et de prière.

Qu’est-ce qui fait une famille ?

J’aurais aimé vous dire que c’est l’amour qui règne entre ses membres, la tolérance et l’indulgence, la capacité à se pardonner, la gratitude pour le bien et les biens reçus.
Qui me croirait ?
Une personne très remontée contre sa sœur m’a dit : ‘elle n’est plus ma sœur’. Je lui ai rappelé qu’on peut penser d’un ami qui vous trahit qu’il n’est plus votre ami, et encore, quand Judas s’est présenté à Gethsémani, Jésus lui a dit : « Mon ami. Ce que tu es venu faire, fais-le ! » (Mt 26, 50). Le lien familial diffère de la relation amicale en ce qu’il doit nous apprendre la liberté. C’est pourquoi il faut le préserver de la haine, qui est la plus grande perte de liberté, la pire des prisons.

Ce qui fait une famille, c’est le respect de la liberté de ses membres : on peut la quitter mais nul ne peut en être exclu. C’est ce principe que j’ai défendu pour les sacrements de l’Eglise pendant le deuxième confinement : les fidèles peuvent s’abstenir en conscience d’aller à la messe mais aucune autorité ne peut leur interdire ni les empêcher d’y aller.

Quand des époux n’ont plus d’autre solution que de se séparer, que Dieu leur donne la grâce de penser aux enfants. On peut se séparer sans se brouiller ; on ne peut pas avoir d’enfants sans se sacrifier. Nous venons d’entendre l’évangile de la Présentation au Temple : combien de baptêmes ont été reportés cette année faute de pouvoir inviter famille et amis pour festoyer. Qu’est-ce qui était le plus important ? Le baptême de l’enfant ou le plaisir des parents ?

Je récapitule : La priorité aux enfants. La fidélité des parents. La vérité de l’engagement. Le respect de la parole donnée. Ce sont les quatre piliers du sacrement de mariage. Qu’est-ce qui fait une famille ? C’est le caractère sacré du mariage des parents.

L’Eucharistie fait l’Eglise. Le mariage fait la famille. Les sacrements font la sainteté.

Père Christian Lancrey-Javal, curé

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