Solennité de la Toussaint - Mardi 1er novembre 2022

Mt 5, 1-12

 

Face aux Béatitudes, nous pouvons être tentés de cocher les cases, comme pour un test, spirituel ou religieux, pour voir quelle note on aurait.
Essayons.
Pauvre de cœur, au sens de cœur ouvert, pas trop encombré, un peu disponible pour le Seigneur et pour les autres ? Oui. Un point.
Affligé, prompt à s’émouvoir, capable de compassion ? Ah oui ! Ici à la Compassion, oui. Deux points.
Doux ? J’aimerais bien mais pas encore vraiment, non.
Affamé de justice ? Pareil : j’aimerais, mais honnêtement, dans notre société de privilégiés, affamé non : soucieux oui, mais ce n’est pas assez. Zéro point.
Miséricordieux ? Pas seulement indulgent, tolérant, pas rancunier ? Oui, cela fait trois points.
Pur en pensée et imagination ? Aïe.
Artisan de paix ? Ouille.
Persécuté pour la justice, insulté à cause de Jésus ? Aïe. Ouille. Je ne suis pas sûr que j’aurais la moyenne à cet examen de sainteté, d’entrée dans le Royaume des Cieux.

Les optimistes disent qu’une seule case, une seule croix suffit. Non : ces Béatitudes forment un tout, un ensemble organique, dont on ne peut enlever aucune phrase sans les dénaturer toutes, comme les Dix commandements, ou comme, en régime chrétien, les sept sacrements.

Parmi les points communs de tous les Saints et les Saintes que nous honorons en ce jour, il y a la foi en la sainte Trinité, Dieu d’amour, jusqu’au don de sa vie en Jésus Christ Fils de Dieu, et une vie de prière soutenue par les sacrements de l’Eglise.

Tous les Saints et Saintes ont puisé dans le Trésor de grâces de l’Eglise, avant de l’alimenter à leur tour, par une vie de Charité nourrie par la pratique des sacrements et la prière. On ne peut pas être Saint sans être Catholique fervent et pratiquant la charité ? Non, on ne peut pas être Saint sans avoir été fidèle à l’amour de Dieu et à l’Eglise du Christ.

Pour le dire autrement, on ne peut pas être Saint, heureux, dès aujourd’hui et pour toujours auprès de Dieu, sans être cohérent. Souvenez-vous du jeune homme riche qui cherchait la vie éternelle et qui avait pratiqué tous les commandements de l’amour du prochain depuis son enfance : Jésus posa son regard sur lui et l’aima. Puis il lui dit : il te manque une seule chose – la cohérence.

Et nous, dans l’Eglise, nous ne sommes pas cohérents. Depuis les parents qui ne souhaitent pas dans leur immense majorité que leurs enfants se consacrent à Dieu, et ne les préparent donc pas à la sainteté, jusqu’aux pasteurs que nous sommes qui disons aux divorcés remariés qu’ils ne peuvent plus communier à la messe en raison de l’unité organique des sacrements alors que nous marions des baptisés qui ne sont pas confirmés et ne vont jamais se confesser. Non, nous ne sommes pas très cohérents.

Pourtant dans le Credo, nous allons proclamer d’une seule voix : je crois à la communion des saints. Et après l’offertoire, dans la prière eucharistique, je demanderai à Dieu en votre nom : « Humblement nous te demandons qu’en ayant part au Corps et au Sang du Christ, nous soyons rassemblés par l’Esprit-Saint en un seul corps ». C’est bien ce que nous célébrons dans la communion des saints, le rassemblement de tous les baptisés en un seul corps, le Christ, la plénitude de Dieu.
Former un seul corps. Ne dites pas que ce n’est pas attirant : c’est très exactement ce qui attire jeunes et moins jeunes dans l’union des époux, ce qui fait la grandeur et la beauté de l’intimité sexuelle !

Qu’est-ce qu’un tout organique ? Comme le sont ces Béatitudes, les Dix commandements, les Sept sacrements ?
C’est un principe de communion, un principe d’origine puisque la communion vient de la Trinité sainte, de l’unité du Père et du Fils et du Saint-Esprit.
C’est un objectif de cohérence, un objectif qui vise pour chacun de nous à prendre conscience de ses contradictions, pour travailler à les résorber, les diminuer, car elles sont la cause de nos divisions.
Et c’est une question de courage car c’est le vrai point commun de tous les Saints : ils ont fait preuve de courage dans les épreuves et jusque dans les persécutions.

Il est beau de fêter la Toussaint comme fête de l’Espérance. Il est mieux de la fêter pour ce qu’elle est : la fête du courage. En demandant cette grâce pour nous : Seigneur, donne-nous chaque jour un peu plus de courage.

Père Christian Lancrey-Javal, curé

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