24ème Dimanche du Temps Ordinaire - 12 septembre 2021

Mc 8, 27-35

 

Dans la plupart des diocèses de notre pays, il existe un lieu tenu secret pour accueillir les Musulmans qui ont rencontré le Christ et demandent le baptême. C’est une des particularités de l’Islam de ne pas connaître la liberté religieuse, ni la liberté d’expression sur les questions religieuses, la moquerie étant vécue comme un blasphème. Dans les deux cas, c’est passible de mort, de quitter ou d’injurier l’Islam.
Quel est le nombre de Musulmans qui se convertissent au Christianisme en France chaque année ? Sans comparaison avec l’inverse, le nombre de baptisés qui se font musulmans, d’autant que certains n’ont pas le choix voire se facilitent la vie tandis que les Musulmans qui deviennent chrétiens risquent la leur.

Nous avons un gros travail de formation à faire dans l’accueil de nos paroisses pour éviter les réponses inappropriées, par exemple qu’on n’en voit pas l’intérêt ‘puisqu’on a le même Dieu’. ‘Bonjour, Monsieur, que puis-je pour vous ? Vous voulez recevoir le baptême ? Vous êtes musulman ? Ah, j’ai de très bons amis musulmans. Pourquoi voulez-vous changer, pourquoi ne pas rester et être un meilleur Musulman ? Nous avons le même Dieu’. L’homme à qui on disait cela était bien placé pour savoir que non, nous n’avons pas le même Dieu. Oui, il y a un seul Dieu mais la connaissance que nous en avons n’est pas la même.

Il est difficile pour les Musulmans qui risquent leur vie par leur conversion d’entendre dire que Musulmans et Chrétiens ont le même Dieu. L’expression a été utilisée par Jean-Paul II dans sa rencontre avec les Jeunes Musulmans à Casablanca, le 19 Août 1985 : « Chrétiens et musulmans, nous avons beaucoup de choses en commun, comme croyants et comme hommes. Nous vivons dans le même monde, marqué par de nombreux signes d’espérance, mais aussi par de multiples signes d’angoisse. Abraham est pour nous un même modèle de foi en Dieu, de soumission à sa volonté et de confiance en sa bonté. Nous croyons au même Dieu, le Dieu unique, le Dieu vivant, le Dieu qui crée les mondes et porte ses créatures à leur perfection »

Trois mois plus tôt, à Rome le 9 mai 1985, aux participants d’un Symposium sur la Sainteté dans le Christianisme et dans l’Islam : « Comme je l’ai dit souvent dans d’autres rencontres, avec des Musulmans, nous avons un seul et même Dieu et nous sommes frères et sœurs dans la foi d’Abraham. Ainsi il est naturel que nous ayons beaucoup de sujets à débattre concernant la vraie sainteté dans l’obéissance et le culte rendu à Dieu ».

Que nous ayons le même Dieu est un sujet à débattre, tant pour nous c’est Jésus Christ qui « est le même, hier et aujourd’hui, et pour l’éternité » (He 13, 8).

Notre Dieu est Père, Fils et Saint-Esprit, un seul Dieu, dans la communion des personnes. Le Christ, la deuxième personne de la Trinité, a été envoyé par le Père : il est né d’une femme, il s’est soumis à la loi de Moïse afin de faire de nous des enfants d’adoption (cf. Gal 4, 4). Nous étions des créatures uniques au monde : nous sommes devenus ses enfants, et nous pouvons désormais appeler Dieu Notre Père.

Quelle est la relation de fraternité que nous pouvons avoir avec les hommes et les femmes qui ne connaissent pas le Christ et même le rejettent ?
Le mot figure dans l’évangile de ce dimanche où Jésus enseigne à ses disciples « qu’il fallait que le Fils de l’homme souffre beaucoup, qu’il soit rejeté – qu’il soit tué, et que, trois jours après, il ressuscite ».

Jésus Christ est par sa Résurrection « le  premier-né d’une multitude de frères » (Rm 8, 29), « le premier-né d’entre les morts » (Col 1, 18) : de la même façon que nous sommes Sauvés en espérance (Spe salvi), nous sommes Frères en espérance. Nous ne le serons qu’au Ciel, dans la Justice et la Sainteté.

Pierre vient de dire : « Tu es le Christ » et la réaction de Jésus est surprenante : il leur défend de parler de lui à personne. Littéralement : « il les reprit vivement », c’est le même verbe qui est utilisé ensuite quand « Pierre, le prenant à part, se mit à lui faire de vifs reproches » : il s’emporta contre lui. « Mais Jésus se retourna et, voyant ses disciples, il interpella vivement Pierre » : il s’emporta contre lui. Le même verbe est employé trois fois : Jésus s’emporte contre ses disciples, Pierre s’emporte contre Jésus, Jésus s’emporte contre Pierre, signe de la tension que suscite la foi. Nous sommes tellement habitués à dire que l’amour ne s’emporte pas, qu’il supporte tout, il endure tout (Cf. 1 Co 13, 5. 7) que cela nous gêne.

Dans un remarquable commentaire de l’évangile de saint Marc, ‘Marc, l’histoire d’un choc’ (Cerf), le Père Abbé d’En-Calcat, David-Marc d’Hamonville appelle ce passage ‘la grande engueulade de Césarée’. Pour Jésus, l’écart est trop grand entre ce que les disciples peuvent appréhender et la réalité de sa divinité. « Toute confession de foi est risquée, dangereuse, porteuse d’un enjeu vital » dit le Père David (p. 161) qui, un peu plus loin, a cette belle formule sur le Christ : « patient à cause du respect de notre liberté, et impatient comme le désir. Seul l’amour est ainsi : et patient comme le respect et impatient comme le désir » (p. 179).

Voilà comment prier pour la conversion des Musulmans : avec la patience du respect et l’impatience du désir. Sachant que l’un prime sur l’autre : le respect passe avant le désir, même si le second donne vie au premier, le désir donne vie au respect.

Respecter les non-baptisés signifie désirer vivement qu’ils adorent Jésus Christ.

Père Christian Lancrey-Javal, curé

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