3ème dimanche du temps ordinaire - 24 janvier 2021

Mc 1, 14-20

 

Et si nous faisions fausse route, dans l’Eglise, sur l’écologie ? Et si l’Eglise se fourvoyait dans la défense de l’environnement comme elle s’est fourvoyée dans la lutte des classes, ou encore en matière de morale sexuelle, ne serait-ce que par l’exemple donné. Plus que fourvoyée, elle s’est dispersée, dans une production déraisonnable de documents magistériels en tous genres. Et si nous retrouvions déjà un peu de sobriété dans nos publications et nos paroles ? Je vous disais dimanche dernier que nous ne savions pas grand-chose des hommes que Jésus avait appelés à sa suite. Si ! c’étaient des taiseux. Au bord de l’eau, sur l’eau, on regarde et on écoute. Une sobriété heureuse est une sobriété silencieuse.

Sur l’écologie, je vous pose la question en ce dimanche que le Pape a décrété Dimanche de la Parole de Dieu, moins pour inciter les Catholiques à lire la Bible – nous le faisons à chaque messe – que pour s’assurer que le message de l’Eglise est conforme au message de l’Evangile. Il n’est pas sûr qu’il le soit en matière d’écologie, dans l’attention accordée à la Création au détriment de la Rédemption, autrement dit du Salut. Presque rien dans l’Ecriture, en tout cas rien de suffisant ne dit que la Création sera sauvée. Un seul texte, de la Lettre aux Romains, dit que la Création gémit en travail d’enfantement, dans un chapitre consacré à la prière et à l’Esprit-Saint.

La parole que Jésus adresse à ses premiers disciples : « Venez à ma suite. Je vous ferai devenir pêcheurs d’hommes » s’adresse à des hommes en prise avec la nature et les en retire. Il ne les retire pas du monde, dit Jésus dans sa prière à son Père : « Je ne prie pas pour que tu les retires du monde, mais pour que tu les gardes du Mauvais » (Jn 17, 15), mais d’un attachement trop fort aux choses de ce monde. « Car il passe, ce monde tel que nous le voyons » dit la 2ème lecture de ce dimanche (1 Co 7, 31)

Comprenez-moi et rassurez-vous : il ne s’agit pas de remettre en cause l’engagement de tous dans les causes citoyennes les plus importantes, ni l’appel à des comportements responsables en matière de respect de l’environnement, de justice sociale, de techniques médicales, au contraire. Mais la question est la mission de l’Eglise dans l’annonce de la Parole de Dieu.

Depuis l’Avent et jusqu’au baptême du Seigneur, nous étions avec Jean-Baptiste, le ‘prototype de l’écolo’ ai-je lu dans l’homélie d’un confrère. Jean-Baptiste tient des propos clairs sur l’agir moral – en réponse aux foules qui sont perdues : que devons-nous faire ? Ses réponses mesurées ne l’empêchent pas de se faire des ennemis mortels des grands de ce monde en disant au roi qu’il n’avait pas le droit de prendre la femme de son frère. Il n’avait pas peur de déplaire. Mais qu’est-ce qu’il annonce ? Le Jour du Seigneur, qui viendra comme un voleur, nous prendre tous nos biens matériels, tout ce à quoi nous sommes sensiblement, matériellement, sentimentalement attachés.

La 2ème lecture du 2ème dimanche de l’Avent de la 2ème Lettre de saint Pierre (2 P 3, 8-14) annonçait la disparition de l’univers matériel quand « les cieux disparaîtront avec fracas, les éléments embrasés seront dissous, la terre, avec tout ce qu’on a fait ici-bas » : « Tout cela est en voie de dissolution ». « Ce que nous attendons, selon la promesse du Seigneur, c’est un ciel nouveau et une terre nouvelle où résidera la justice ». Où est la justice en matière de respect de la Création quand l’obsession législative est d’allonger les délais d’interruption de la vie naissante ?

Nous n’entendrons pas, à cause du Carême qui aura commencé le 21 février, qui aurait été le 7ème dimanche du temps ordinaire, la guérison d’un paralytique descendu par le toit devant Jésus (Mc 2, 1-12). Le Christ ne donne pas la priorité à la santé du malade mais au salut de son âme : Mon enfant, tes péchés sont pardonnés. Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu : rendons à chacun ses responsabilités en matière d’écologie, et à l’Eglise sa mission de préparer le cœur des hommes à la rencontre de Dieu.

Le prophète Jonas n’est pas envoyé faire la morale à un peuple corrompu mais lui annoncer que leur ville sera détruite et eux avec. Et ils comprennent : eux avec. Et ils se convertissent. Saint Paul prévient qu’il passe, ce monde tel que nous le voyons. Seul l’amour ne disparaîtra jamais. De l’évangile, retenons l’image de ces pêcheurs de poissons appelés à devenir pêcheurs d’hommes : les poissons qu’ils prennent doivent mourir pour nourrir. Eux aussi donneront leur vie. « Car celui qui veut sauver sa vie la perdra ; mais celui qui perdra sa vie à cause de moi et de l’Évangile la sauvera » (Mc 8, 35).

Oui à l’Eglise Verte, de l’Espérance en la Vie éternelle : elle suppose la couleur violette du pardon des péchés et de la réconciliation avec Dieu et avec nos frères. Pas d’écologie sans une bonne théologie.

Père Christian Lancrey-Javal, curé

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