Matin de Pâques - dimanche 4 avril 2021

Jn 20, 1-9

 

Que préférez-vous – de quoi préférez-vous que je vous parle ce matin ? Que je vous dise où est allée l’âme de Jésus après sa mort ? Ce qu’il s’est passé pour lui entre sa mort sur la Croix, son apparition, Ressuscité, au Jour de Pâques et son Ascension à la Droite du Père ? Ou que je vous dise où va notre âme après notre mort ?
La première question, sur l’âme de Jésus, ne m’est jamais posée, la seconde souvent. Les deux sont liées, et c’est ce que nous célébrons aujourd’hui : sa résurrection est la promesse de notre résurrection, âme et corps. ‘Et que pensez-vous de la réincarnation, mon père ?’ m’a demandé Mme B., 98 ans, dont j’ai enterré le mari il y a quatre ans. Ayant vu un merveilleux papillon venir cogner avec insistance à sa fenêtre, elle se demande si ce n’était pas lui. Elle vit seule, soutenue par ses enfants – ‘mes filles surtout, mes garçons moins souvent’ – ‘ils habitent loin, maman’ a dit sa fille. ‘Vous vous occuperez de ma vieille carcasse, Monsieur le Curé ?’. Une question en avait entraîné une autre : où va notre âme après la mort ?

Pour avoir veillé de nombreux corps sans vie, passé du temps à prier auprès de défunts, j’ai la certitude que leur âme n’était pas loin, invisible mais présente, comme dans les récits de Near Death Expérience, où les âmes réintègrent leur corps après avoir assisté à leur mort, ayant vu et entendu les médecins présents. Ce phénomène n’est pas réservé à la mort. Il survient lors de terribles traumatismes : quand des personnes sont violées, elles racontent qu’elles ont quitté leur corps et assisté à la scène. Ce phénomène psychologique de dissociation est une réaction de protection. Les personnes développent ensuite souvent crises d’angoisse ou comportements dangereux pour retrouver cet état de dissociation, en espérant moins souffrir.

La séparation de l’âme et du corps est un traumatisme inimaginable, d’abandon du corps, qui rend dérisoire l’idée de réincarnation. En revanche est décisif le choix de notre volonté.

Dans un des très rares documents magistériels sur ce qui advient après la mort (une note, approuvée par Jean-Paul II, de la Congrégation pour la doctrine de la foi sur la vie éternelle et l’au-delà, du 17 mai 1979), « l’Eglise affirme la survivance et la subsistance après la mort d’un élément spirituel, qui est doué de conscience et de volonté, en sorte que le ‘moi’ humain subsiste. Pour désigner cet élément, l’Eglise emploie le mot ‘âme’, consacré par l’usage de l’Ecriture et de la Tradition. Sans ignorer que ce terme prend dans la Bible plusieurs sens, elle estime néanmoins qu’il n’existe aucune raison sérieuse de le rejeter et considère même qu’un tel outil verbal est absolument indispensable pour soutenir la foi des chrétiens ».

Notre âme, cet élément spirituel, est douée de conscience et de volonté. Les deux sont liées, indissociablement, dans notre rencontre du Christ : la conscience de ce que fut notre vie, la volonté ou non de demeurer en Lui.

Ici, il faut faire un bref retour en arrière pour ceux qui étaient morts avant le Christ, sans l’avoir connu. Leur âme l’attendait dans un lieu qu’on appelle les enfers. Jésus est descendu aux enfers, il est allé chercher les âmes de ceux qui étaient morts avant lui.
Ne confondons pas les enfers avec l’enfer au singulier qui sera le sort de ceux qui ont refusé et refuseront de se prosterner devant lui. J’en vois aux enterrements, qui viennent devant Dieu le regard plein de défi voire de mépris, avec l’air de dire : très peu pour moi. A leur mort, Dieu n’insistera pas.

La volonté du Père est d’offrir par le Christ le Salut à tous ceux qui le veulent, sans forcer qui que ce soit. Le Christ est venu éclairer la volonté humaine, donner l’exemple parfait du Fils uni au Père, de la volonté humaine unie à la volonté divine, en une même personne.

A notre mort, notre âme rencontrera le Christ vivant qui demandera : Que veux-tu que je fasse pour toi ? Ou bien, pour rester dans la lumière de l’Ecriture : Est-ce que tu m’aimes ?

A cet instant, se fera la conjonction entre notre conscience et notre volonté, et l’âme, prenant conscience en un éclair de tous les écarts de sa vie, se jettera d’elle-même dans ce que nous appelons le Purgatoire, pour se présenter dignement devant le Père. Cette rencontre du Christ constitue le Jugement particulier, plus proche d’un auto-jugement, puisque nous voudrons nous-mêmes nous purifier pour paraître dignement devant Dieu.
Nous aurons besoin des prières des croyants, à l’image de ce passage de l’évangile où quatre hommes viennent déposer devant Jésus un homme paralysé. Jésus, « voyant leur foi », le purifie. Tes péchés sont pardonnés.

Nous croyons que les martyrs, morts pour leur foi, qui ont préféré mourir que fuir, vont au Ciel sans passer par le Purgatoire. Leur martyre signifie leur préférence absolue pour Dieu : Seigneur, tu sais tout, tu sais que je t’aime, plus que tout, plus que ma propre vie, plus encore que ma femme, ma mère ou mes enfants.

Enfin, la 3ème donnée du devenir de notre âme tient à son lieu de repos avant la Résurrection finale, à la fin des temps, le Jugement général, dont le Christ a dit qu’il ne concernait pas les croyants – Celui qui croit échappe au Jugement.
Ce lieu de repos est le Royaume de Dieu. C’est là que sont les âmes des Saints. « Les âmes des justes sont dans la main de Dieu » dit le livre de la Sagesse. Michel Ange l’a représentée, au plafond de la Chapelle sixtine, tendue vers nous. Dans l’iconographie byzantine, c’est par cette même main que le Christ relève Adam des enfers pour l’emmener avec lui vers son Père et Notre Père.

La main tendue du Christ vivant : voudrez-vous la saisir ? En votre âme et conscience.

Père Christian Lancrey-Javal, curé

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