21ème dimanche du temps ordinaire - 27 août 2023

Mt 16, 13-20

 

On disait Césarée-de-Philippe pour la distinguer de l’autre Césarée, la Césarée-Maritime, dans la région de Haïfa, en face du Mont Carmel, ville portuaire où Paul s’est embarqué pour Tarse (Ac 9, 30).

Césarée de Philippe est plus au nord, au pied du mont Hermon, à la frontière de la Syrie, près de l’une des sources du Jourdain. Elle est la ville ou le lieu idolâtrique par excellence, qui fut consacrée à Baal (et se nommait Baal-Gad), puis au dieu Pan, dieu de la fécondité, s’appelant alors Paneas ou Panias arabisé en Baniyas, avant que le roi Hérode Philippe n’en fasse le siège de son Royaume, qu’il nomma modestement Césarée. Plus tard, à la fin du 1er siècle, un temple à Zeus y fut édifié.

On a le choix dans la vie entre être un petit César ou un petit Christ. C’est notre relation au monde qui est en jeu, et donc d’abord notre relation à Dieu.

Vous avez remarqué que je parle souvent dans mes homélies des personnes que je rencontre ou que je connais, que j’admire, qui m’impressionnent, qui m’étonnent ou que je ne comprends pas. Je suis prêtre parce que j’adore Dieu et parce que j’aime les gens. Jai raconté comment le Seigneur m’a appelé, comment j’ai entendu un jour cette parole sortir de ma bouche : ‘Y a-t-il un âge limite pour entrer au Séminaire ?’ – Ce n’est pas la chair et le sang qui m’ont fait dire cela ! Et je suis devenu prêtre parce que j’aime les gens. Et grâce à Dieu, je rencontre des personnes de tous âges, de tous milieux et de toutes croyances, c’est la beauté du ministère, pour des baptêmes, des obsèques, des mariages. Quelle diversité, quel renouvellement, quelle richesse ! Je crois qu’il n’y a pas de milieux, de professions ou de sans profession que je n’ai pas rencontrées. Qu’en chacune de ces personnes, Dieu soit glorifié !

En contrepartie, j’ai moins de temps pour mes proches : on ne le voit plus. Je ne considère pas pour autant l’Eglise comme ma famille : ma famille est bien plus gentille ! C’est ma belle-famille. Il y a des personnes qui trouvent dans leur belle-famille l’affection ou le respect dont elles ont manqué dans leur famille d’origine. Ce n’est pas mon cas. Si j’avais un vœu, un souhait en cette veille de rentrée, il serait que nous fassions dans l’Eglise des progrès en humanité. Tous. La hiérarchie, les évêques, les prêtres, les fidèles, tous. Quand on discute avec les jeunes en particulier, on est effaré par l’image qu’ils ont de l’Eglise et des croyantsque nous sommes. Ce n’est pas la peine dimaginer je ne sais quelles réformes de structure quand la première, peut-être l’unique mesure à prendre est une démarche qualité. Qualité de l’accueil, qualité des célébrations, d’attention aux personnes, à l’Ecriture et à la Tradition.

Au lendemain des JMJ, le 7 août, le Pape François a adressé une lettre aux prêtres du diocèse de Rome dont il est l’évêque, pour les mettre en garde contre la mondanité spirituelle. Il y avait consacré trois pages de sa 1ère Exhortation ‘La joie de l’évangile’ il y a dix ans (24 novembre 2013, nn. 93-97), citant le Cardinal de Lubac qui en parle à la fin de ‘Méditation sur l’Eglise’. La mondanité spirituelle est une apparence de religiosité, qui préfère la gloire des hommes à la Gloire de Dieu.

À Dieu seul la gloire ! s’exclame de Lubac qui en donne le modèle : la Vierge Marie.
« À Dieu seul la gloire ! Tout en Marie le proclame. Sa sainteté est toute théologale. C’est la perfection de la foi, de l’espérance, de l’amour. Elle accomplit la religion des Pauvres. La servante du Seigneur s’efface devant Celui qui a regardé sa bassesse. Elle admire sa puissance. Elle célèbre sa miséricorde et sa fidélité. Elle exulte en Lui seul. Elle est sa gloire. Tout son rôle maternel à notre égard consiste à nous mener à lui ».

Et nous avons la même mission, quelle que soit notre place dans l’Eglise : nous effacer devant Dieu, pour permettre aux personnes de trouver Dieu. Pourquoi ? Parce que c’est, pour chacun de nous, ce qui fait notre identité : notre relation à Dieu.

C’est ce que dit l’évangile que nous venons d’entendre, Jésus interroge ses disciples sur ce que les gens disent de lui, et sur ce que, eux-mêmes, ses disciples disent : non pas quelles sont ses qualités, ses valeurs, sa spécialité ou ses goûts, non pas quel type d’homme il est, mais quelle est sa relation à Dieu.

Nous sommes notre relation à Dieu. Notre relation à Dieu est notre identité.

Ce n’est pas une question ni un élément parmi d’autres, encore moins une activité parmi d’autres, c’est notre être même, certains diraient notre ‘moi profond’, ce sans quoi ou sans qui nous ignorons qui nous sommes.

Qu’est-ce que la mondanité spirituelle ? C’est faire de notre relation à Dieu, un aspect parmi  d’autres de notre vie, alors que c’est l’inverse : notre relation au monde fait partie de notre relation à Dieu.
C’est pourquoi il n’y a rien de notre vie qui ne puisse trouver place, d’une façon ou d’une autre, dans notre prière, à condition de respecter les mêmes règles que dans la vie amoureuse : la personne aimée passe avant tout le reste, avant toute activité ou occupation quelles qu’elles soient, comme avant les idées dont nous pouvons discuter. D’abord l’être aimé.

Il en va ainsi pour Dieu, pour le Christ : il passe avant et donne sens à toutes nos activités. S’il n’y est pas présent, nous non plus.

Nous sommes notre relation à Dieu.

Père Christian Lancrey-Javal, curé

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