24ème dimanche du temps ordinaire - 11 septembre 2022

Lc 15, 1-32

 

« Je suis plein de gratitude envers celui qui me donne la force, le Christ Jésus notre Seigneur » (1 Tm 1, 12). Cette parole de la 2ème lecture aurait pu résonner dans la tête du fils prodigue tandis qu’il s’en retournait vers la maison de son père. Il faut imaginer les pensées qui l’animaient, contrastées, d’un extrême à l’autre, entre l’exaltation et l’appréhension, l’espérance et la crainte. Plus d’une fois il a été tenté de renoncer. Ne pensons pas que ce retour a été facile : le trajet était long ; il était parti dans un pays lointain.
La conversion prend du temps. C’est une dynamique, bien plus qu’une décision. Je le dis à ceux qui désespèrent du retour d’un proche, de son réveil spirituel, d’une réconciliation, à tous ceux qui ont au cœur la douleur de la séparation et l’angoisse qu’il soit ‘perdu’ dans une vie de désordre. Perdu, mort spirituellement, nous disions ‘susceptible d’être damné’ et c’est le danger, terrible, que nous ne pouvons pas écarter, et dont nous ne devons pas non plus nous dédouaner, sous peine de répondre au crime de non-assistance à personne en danger.

‘Non, ce n’est pas possible’ – je l’entends tout le temps ! y compris de la part de croyants, que ce ne serait pas possible d’être damné, que ce serait incompatible avec la bonté de Dieu. Pourquoi Jésus en parle-t-il si souvent dans l’évangile, et pourquoi, si ce n’était pas possible, y aurait-il « de la joie au Ciel pour un seul pécheur qui se convertit » si ce danger qu’il n’aille pas au Ciel n’était pas réel ?

Demandons-nous ce qui a permis à ce mort-vivant de revenir à la vie, de faire ce chemin de retour, jusqu’au bout ? C’est long, cela peut être très long, et pour nombre d’entre nous se terminer bien après notre mort, au Purgatoire. Je frémis quand j’entends aux obsèques ce texte qui dit : « Je suis passé dans la pièce à côté ». Je frémis en pensant au très long chemin qu’il nous reste à faire, au très long chemin que les disciples ont fait avec le Christ, jusqu’après sa mort, trouvant la force dans la prière et le souvenir de ses paroles d’exhortation et d’encouragement sur l’amour du Père.

« Je suis plein de gratitude envers celui qui me donne la force, le Christ Jésus notre Seigneur ».

Ce mort-vivant, mort spirituellement, ne marchait pas dans le désert : il revenait d’un pays lointain, un pays très semblable au monde que nous connaissons où chacun ne vit que pour soi, que pour son plaisir, et n’existe qu’en proportion de son argent et de ses biens. Où les pauvres sont parfois moins bien traités que les chiens : la parabole dit qu’il aurait bien voulu se remplir le ventre avec les gousses que mangeaient les cochons.

Au fur et à mesure qu’il avançait sur ce chemin du retour, le paysage se divinisait. Plus il se rapprochait, plus les gens qu’il rencontrait croyaient en Dieu, et se voulaient respectueux des pauvres et des étrangers, respectueux de leurs familles, de leurs anciens et de leurs traditions, respectueux de leur histoire et confiants en Dieu.

C’est un trajet qu’on peut faire dans un sens comme dans l’autre : je rencontre autant de personnes qui s’en vont que de personnes qui reviennent.

Il y a toutes sortes de raisons de s’en aller, de s’éloigner de Dieu et ceux qui s’en vont me disent que plus ils s’éloignent, plus les gens qu’ils rencontrent sont séduisants, et en tous cas la vie est plus facile que dans la Maison du Père où les exigences sont grandes. Vous connaissez l’histoire (rendue classique par le film « La haine » en 1995) de l’homme qui chute du 50ème étage : ‘Jusqu’ici tout va bien’.

Ces personnes qui s’en vont ressemblent à la brebis de la première parabole, toute à son aise d’avoir quitté le troupeau, pour exister enfin par elle-même et pour elle-même, au diable les aboiements des chiens ! Vous noterez que dans ces trois paraboles l’histoire finit bien, déjà le berger arrive avant les loups.
Et dans la deuxième parabole, la femme, la maîtresse de maison retrouve la dixième pièce égarée, tout un symbole, le dixième de son argent, le dixième de notre temps, en apparence pas grand-chose et pourtant la clé de tout quand ces dix pièces sont comme les dix commandements, comme les sept sacrements, un tout organique et vivant.

Au cœur de chacune de ces paraboles, se trouve la même dynamique d’unité, d’unification et de réconciliation : soit on cherche l’unité, soit on se perd dans la dispersion.

La vie spirituelle et la pratique religieuse sont des dynamiques de croissance, des chemins qui conduisent au Père, guidés par le Christ, poussés par l’Esprit.

Voilà pourquoi la seule façon correcte d’évaluer un acte humain est de voir dans quelle dynamique il s’inscrit : est-ce qu’il nous rapproche de Dieu ou est-ce qu’il nous en éloigne ?

Est-ce que nous partons ? Ou est-ce que nous revenons ?

On ne revient pas tous de très loin : regardez le frère aîné ; pour lui le Royaume était tout proche. Et pourtant si loin.

Le plus important dans une dynamique est de voir la force qui la soutient.

Le Christ est cette force du quotidien.

Père Christian Lancrey-Javal, curé

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