25ème dimanche du temps ordinaire - 18 septembre 2022

Lc 16, 1-13

 

L’année dernière, aux obsèques d’une amie que j’avais accompagnée au long de son combat contre un cancer, dû au tabac, j’avais fait son éloge. J’avais dit que c’était une sainte. C’était l’avis de ses petits-enfants pleins d’admiration pour sa piété, son courage et son dévouement. Quelques personnes de l’assistance avaient récriminé : ‘ça se voit qu’il ne travaillait pas avec elle’.
Je connaissais ses défauts : ils n’empêchent pas la sainteté. Le Jugement, à notre mort, ne portera pas sur nos qualités et nos défauts, mais sur l’amour : nous serons jugés sur l’amour, l’amour de Dieu, la foi, et l’amour du prochain. Nous serons jugés sur le travail que nous aurons fait sur nos défauts, en nous appuyant sur nos talents, pour pouvoir aimer toujours davantage, suivant la ‘dynamique’ que j’évoquais dimanche dernier, cette dynamique qui n’est autre que le chemin vers Dieu. Que cherchez-vous ?

« Cherchez Dieu tant qu’il se laisse trouver ; invoquez-le tant qu’il est proche » (Is 55, 6), et Jésus dans le Sermon sur la Montagne : « Cherchez d’abord le royaume de Dieu et sa justice, et tout vous sera donné par surcroît » (Mt 6, 33).

Au soir de notre vie, nous serons jugés sur notre recherche du royaume de Dieu et sa justice. C’est bien ce qu’il y a d’étonnant dans cette parabole et dans l’éloge que ce maître fait de son gérant : que voit-il que nous ne voyons pas ?

Il voit un homme qui cherche à survivre.
Tous les moyens ne sont pas bons, mais ce désir, cette envie de vivre est le point de départ, la condition de base !
Seigneur, ravive en nous ce désir, cet amour de la vie, et convertis notre regard !
Pour que cet amour de la vie se tourne vers toi, et nous fasse grandir dans la foi !

Reconnaissons une certaine humilité à cet homme incapable de faire le plus beau métier du monde, le travail de la terre, pour nourrir les autres : ‘Je n’en aurais pas la force’. Qui tient à sa dignité d’homme en mesure de travailler : « Mendier ? J’aurais honte ». Et qui a l’idée, inspirée, de se tourner vers les autres, pour franchir ce cap phénoménal comparé à la façon dont jusqu’à présent il dilapidait les biens de son maître : il se tourne vers les autres, d’autres prisonniers de l’argent, des débiteurs, endettés. C’est un progrès énorme : non seulement il leur fait confiance, mais il se fait leur égal, il se fait semblable à eux, en dette.

C’est le propre du croyant : je sais ce que je dois à Dieu.

Je sais la confiance qu’il m’a faite, qu’il a mise en moi, et qu’il me maintient même si je n’en suis pas digne, une confiance qu’il me demande de faire à mon tour aux autres.

Décidé à survivre, cet homme ne va pas essayer de mettre la main sur des biens de son maître, d’en voler, d’en emporter pour les vendre. Non, il fait venir, un par un, ceux qui avaient des dettes envers son maître. Ces dettes, dans l’évangile, ont un nom : ce sont les péchés. C’est ainsi que l’évangile de saint Matthieu formule la prière du Notre Père : « Remets-nous nos dettes, comme nous-mêmes nous remettons leurs dettes à nos débiteurs » (Mt 6, 12).

Bien sûr que cet intendant ne pouvait pas, qui plus est après sa disgrâce, remettre une partie de leurs dettes aux débiteurs de son maître : il n’en avait pas reçu le mandat explicite comme nous prêtres avons reçu le pouvoir de rémission de tous les péchés dans le sacrement du pardon aux baptisés confirmés qui se tournent vers Dieu.

Il n’en avait pas le droit mais il en avait compris l’esprit.

Et c’est la révolution de l’évangile que de considérer que l’esprit est plus important que le droit.

Entre les deux, il n’y a rien ? Si : la morale. La morale également est plus importante que le droit, mais elle est elle aussi inférieure à l’esprit. Et pourtant c’est ce à quoi nous nous arrêtons quand nous jugeons, quand nous sommes choqués par cette parabole : nous nous arrêtons à la morale, au lieu d’entrer dans l’esprit.

Voilà ce qu’il nous faut remettre en ordre : le droit, le bien, et l’esprit.
Le droit au service de la société ; la morale au service du bien ; l’esprit au service de Dieu.

Chaque pas compte. Ici, ce que fait cet intendant, ce n’est pas bien mais déjà mieux. L’étape suivante ? Elle dépendra de nos prières.

Père Christian Lancrey-Javal, curé

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