La liberté, le courage, la générosité, trois autres noms de la dignité

2ème dimanche de l'Avent - 10 décembre 2023

Mc 1, 1-8

 

Combien de temps Jean-Baptiste a-t-il vécu au désert ? Il y est parti très jeune puisque ses parents, Elisabeth et Zacharie, étaient très âgés à sa naissance. Il y est allé dès la fin de sa croissance, saint Luc relate, juste après le cantique de Zacharie : « L’enfant grandissait et son esprit se fortifiait. Il alla vivre au désert jusqu’au jour où il se fit connaître à Israël » (Lc 1, 80).Quel âge avait-il alors : quinze ans, seize ans ?
Et surtout combien de temps y est-il resté, combien de temps a-t-il vécu au désert ?

Presque vingt ans. Jean-Baptiste a passé l’essentiel de sa vie au désert, vêtu d’une peau de bête, se nourrissant de petites bêtes, de sauterelles et de miel sauvage, sans jamais rien perdre de sa dignité – puisque j’ai placé cet Avent cette année sous le signe de la dignité.

Vous connaissez la phrase rapportée par Saint-Exupéry : « Ce que j’ai fait, je te le jure, aucune bête ne l’aurait fait » lui avait dit Henri Guillaumet survivant dans les Andes à force de volonté.

Qu’on l’appelle force d’âme, force de caractère ou force de volonté, elles font notre admiration et la grandeur de l’être humain, sa dignité.

La volonté est une des trois facultés supérieures de l’esprit humain avec l’intelligence et la mémoire. Elle est le propre de l’âme, suivant la définition que l’Eglise donne de l’âme,élément spirituel doué de conscience et de volonté’, spirituel et immortel qui fait que le moi humain subsiste après la mort.
Après la mort, nous n’aurons plus besoin de l’intelligence puisque nous ‘verrons’ face à face et non plus de façon obscure (Cf. 1 Co 13, 12). La mort signifie la vision de Dieu. Nous n’aurons plus besoin de la mémoire : tout sera dans la lumière. Nous serons devant Dieu, et c’est notre volonté que le Seigneur provoquera : Que veux-tu que je fasse pour toi ?

A la différence de notre caractère, matériau brut, inné, à éduquer et à cultiver au meilleur sens du terme, la volonté s’exerce, se travaille, pour maîtriser notre caractère. Pour être digne de Dieu.

D’où la place donnée par la liturgie en ce temps de l’Avent à ces trois grandes figures de volonté et de sainteté (la volonté unie à Dieu) que sont le prophète Isaïe, Jean-Baptiste et la Vierge Marie.

Ils ont tous trois cette liberté qui est le premier trait de Jésus et qui fait l’authenticité de son amour, cette liberté que ses adversaires étaient forcés de lui reconnaître : « Maître, tu ne te laisses influencer par personne, car ce n’est pas selon l’apparence que tu considères les gens »(c’était l’évangile du 22 octobre, de l’impôt à César, Mt 22, 15-22).

Notre volonté est la condition de notre liberté. Nous le constatons malheureusement par défaut une fois perdue, dans tout ce qui concerne les addictions, esclavages ou emprisonnements, où on ne peut pas reprocher à la personne de ne pas arriver à retrouver sa liberté alors qu’elle a perdu sa volonté, et au bout du compte sa dignité.

Jean-Baptiste, précurseur de Jésus, ne se laissait pas plus influencer, aussi peu soucieux d’aller dans le monde que de garder les foules auprès de lui.

Le 2ème signe de la volonté est le courage. Il en a fallu au prophète Isaïe pour endurer le supplice qu’il avait d’ailleurs lui-même prédit, un des plus effroyables de l’histoire, raconté dans un très ancien récit : l’Ascension d’Isaïe. Il fut scié sur une planche à bois, sans jamais renoncer à sa foi. Le martyre d’Isaïe est un magnifique vitrail de la Sainte Chapelle.

Courage de Jean-Baptiste dans sa prison. Courage de Marie au pied de la Croix.

Je pense à ces personnes que j’ai accompagnées dans leurs dernières semaines, qui sont restées dignes, fortes, jusqu’au bout. Je vous ai raconté au premier dimanche d’août la mort de cet ami, d’un courage que seul l’amour peut donner. Je demande au Seigneur la grâce d’être aussi digne au moment de quitter ce monde.

Le 3ème signe de la volonté la plus accomplie est la générosité. Au sens de l’évangile : qui donne sans attendre en retour. Non par intérêt, mais d’un cœur pur.
Que veut en effet la volonté ? Elle veut le bien. C’est la clé de l’anthropologie chrétienne, qui doit tant à saint Thomas d’Aquin, qui montre que la volonté ne peut se porter que sur un bien, ce qui lui apparaît ou qu’elle analyse comme un bien. La volonté ne peut se porter que sur un bien, même quand ce bien ne l’est pas, qu’il ne l’est qu’en apparence, suivant cette distinction traditionnelle entre bien réel et bien apparent.

La volonté veut le Bien, c’est-à-dire Dieu, et si ce Dieu est notre Dieu, Notre Père, elle veut le bien de tous, le bien commun, et cette volonté du bien de tous conduit à la Sainteté. Nous venons de le célébrer dans l’Immaculée Conception de la Vierge Marie : sa parfaite volonté. Ce qui en elle avait été préservé du péché originel était sa volonté.

La générosité ne se contente pas de donner : elle ouvre le cœur, elle ouvre l’esprit, elle ouvredes horizons nouveaux. Comme l’amour ouvre sur un monde nouveau.

C’est le sens de l’appel d’Isaïe et de Jean-Baptiste que « tout ravin soit comblé, toute montagne et toute colline abaissées, que les escarpements se changent en plaine, et les sommets en large vallée » : pourquoi ? Pour voir l’horizon ! Pour ouvrir de nouveaux horizons. Pour voir plus loin, plus grand, pour voir ce qui est encore caché à nos yeux et que le Christ est venu révéler : l’amour divin.

La liberté, le courage, la générosité, trois autres noms de la dignité.

Père Christian Lancrey-Javal, curé

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