17ème dimanche du Temps Ordinaire - 28 juillet 2019

Lc 11, 1-13

 

Pourquoi les Catholiques sont-ils si durs entre eux, si sévères les uns à l’égard des autres ? La question m’a été posée ces dernières semaines, par des femmes. Pour l’une, c’étaient les prêtres qu’elle côtoyait dont les critiques sur leur hiérarchie l’horrifiaient. Pour une autre, il s’agissait de séminaristes qu’elle recevait : c’est moi qui lui avais demandé comment étaient les nouveaux séminaristes. Elle m’avait répondu qu’ils ont du caractère, de la personnalité, mais ils sont impitoyables entre eux, au point qu’elle leur avait dit stop, arrêtez, c’est indigne de vous. Pour une autre, c’est l’accueil dans l’église qui est insupportable. Je vais changer de religion me dit-elle : on a l’impression de déranger quand on vient à l’église et qu’on ne fait pas partie du petit club en place. Je pourrais multiplier les témoignages, sans oublier de m’incriminer moi-même, comme s’il fallait choisir entre une naïveté de bisounours et une acuité de rapaces.

L’évangile de ce dimanche, avec ce réveil en pleine nuit, résonne comme un appel à sortir de nos enfermements et lourdeurs, à ouvrir les conditions d’accès à la grâce, changer les horaires d’ouverture de la charité. Reconnaissons qu’elle est chez nous la charité à géométrie variable. On peut y être habitué. Estimer que la malveillance et la jalousie ne sont pas plus grandes entre nous qu’ailleurs et s’y résigner même si c’est contraire à l’évangile : c’est à l’amour que vous aurez les uns pour les autres que l’on saura que vous êtes mes disciples dit Jésus.

Pourquoi les Catholiques sont-ils si durs entre eux, les uns à l’égard des autres ? Cela date de l’époque où nous étions majoritaires, m’a dit un ami. Je voudrais vous proposer deux ou trois pistes de réflexion, pour vous inviter à en discuter entre vous.

Peut-être que cette dureté vient de l’exigence chrétienne de perfection et de sainteté : soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait. Peut-être que l’appel à la sainteté a pour effet de nous rendre excessivement exigeants les uns à l’égard des autres, et dans des domaines d’autant plus variés que le spectre est immense qui couvre tous les aspects de la vie spirituelle, morale et apostolique. Si un chrétien passe son temps en prière, on lui reproche de ne pas assez s’occuper des autres. Nous savons tous que quoi que nous fassions l’exigence que nous portons nous sera retournée comme un reproche : Quoi ! tu te dis chrétien et tu critiques tes frères ?!

Une de mes hôtesses qui m’a hébergé quelques jours cet été m’a parlé de sa meilleure amie qui ne va plus à la messe depuis que leur curé l’a humiliée dit-elle devant tout le monde. Elle était arrivée en retard, pendant l’homélie. Il s’est interrompu et a dit : on va attendre que cette femme ait fini de s’asseoir. Ce n’était pas très délicat. Il aurait pu s’abstenir, même si on peut perdre le fil quand une personne se déplace. Elle aurait pu attendre la fin de l’homélie avant de traverser. Comme dans l’évangile de dimanche dernier : laquelle de Marthe et de Marie n’était pas gentille avec l’autre ? Marie qui laissait Marthe tout faire ? Ou Marthe qui venait se plaindre et les déranger ?

Le propos est symptomatique de notre conception de l’idéal chrétien. L’évangile au début du mois en rappelait la radicalité, et Jésus tenait des paroles dures : laisse les morts enterrer les morts. Il ne permettait pas à celui qu’il appelait comme disciple d’aller d’abord embrasser son père et sa mère. Est-ce l’idéal chrétien qui est dur ? Ou est-ce la conception que nous en avons chacun, qui varie d’une personne à une autre. Cet idéal est si élevé et si grand qu’il nous rend vite sévères entre nous.

Qu’est-ce qu’un bon chrétien sinon quelqu’un qui corresponde à nos critères ? Il y a quelques samedis, des contractuels sont venus pendant la messe verbaliser les voitures garées sur le parvis et faire procéder à leur enlèvement. Comme on leur demandait un peu d’indulgence sur une situation qui ne gêne personne, le chef des contractuels a exhibé un chapelet et expliqué que lui se gare correctement quand il va à la messe. Il n’y avait qu’un Catholique pour être aussi impitoyable avec d’autres Catholiques. Pour penser que ce qu’il faisait et pouvait faire lui – s’imposait aux autres.

Le fait est qu’une personne soit baptisée ne semble pas ou plus constituer aux yeux des autres chrétiens un ‘plus’. Je vous parlerai une autre fois de notre incapacité à expliquer pourquoi il est nécessaire d’être baptisé. Nous sommes la seule religion au monde qui n’ait pas de préférence pour ses membres. Mieux encore, nous sommes la seule religion où il ne puisse pas y avoir de communautarisme puisque nous sommes catholiques au sens d’universel. Le mot communautarisme a été inventé en pays post-chrétien pour stigmatiser les communautés qui refusent d’adhérer à la pensée unique, matérialiste et athée.

Dans la parabole du Bon Samaritain, il y a deux dimanches, Jésus prenait en exemple le membre d’une communauté étrangère. C’est une spécialité chrétienne de prendre les autres croyants en exemple et Jean-Paul II écrivait dans sa première encyclique qu’il « arrive parfois que la fermeté de la croyance des membres des religions non-chrétiennes – effet elle aussi de l’Esprit de vérité opérant au-delà des frontières visibles du Corps mystique – devrait faire honte aux chrétiens, si souvent portés à douter des vérités révélées par Dieu et annoncées par l’Eglise » (RH 6, 4 mars 1979).

Il y a une troisième raison qui fait que les Catholiques sont si durs entre eux. La première est une conception idéologique de l’idéal chrétien, que nul ne peut incarner dans tous les domaines. La deuxième est une vision faussée de l’universalisme chrétien, qui nous fait perdre le point de départ, le fondement de la mission : allez, baptisez-les – la joie et la fierté d’être baptisés ! Ces deux raisons se rejoignent dans une méconnaissance de l’Esprit Saint qui fait l’unité dans la diversité.

Une troisième raison m’a été donnée lors de maraudes que j’effectuais auprès de personnes de la rue, hommes et femmes travailleurs du sexe, livrées à la prostitution. Chris, transsexuel, se prostituait pour payer les interminables opérations de son changement de sexe. Chris disait que la féminisation de la police avait changé leur vie : l’arrivée des femmes dans la police l’avait adoucie et humanisée. On pourrait être tenté de l’appliquer à l’Eglise, de considérer que la dureté des Catholiques viendrait de sa hiérarchie exclusivement masculine, de l’absence de femmes dans le gouvernement de l’Eglise. C’est une vision très extérieure et superficielle. Il y avait ceci de remarquable que Chris faisait le trottoir en priant le chapelet. Voici ta mère : si nous entendions dans toute sa force cette parole du Christ sur la Croix, nous aurions d’autres relations entre nous. La solution vient de la Vierge Marie épouse du Saint-Esprit. Il n’y a chez nous Catholiques de véritable respect que là où nous nous en remettons à la Vierge Marie. Je garde en mémoire cette remarque d’une étudiante protestante venue dans une université catholique : elle disait que les prières à la Vierge Marie sont des prières au Saint-Esprit. En tout cas, la douceur de la Vierge Marie vient du Saint-Esprit. Si donc vous aussi voulez faire preuve de douceur, demandez-le au Saint-Esprit. La douceur vient du Saint-Esprit.

Père Christian Lancrey-Javal, curé

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