Solennité du Christ Roi - 21 novembre 2021

Jn 18, 33b-37

 

Quel a été le tort de Pilate ? A-t-il été de céder à la pression des grands prêtres et de la foule ? En condamnant à mort Jésus qu’il savait pourtant innocent, s’en lavant les mains en disant : « Je suis innocent du sang de cet homme : cela vous regarde ! ». Tout le peuple répondit : « Son sang, qu’il soit sur nous et sur nos enfants ! ».
Son tort a-t-il été de ne pas écouter sa femme qui lui fit dire, tandis qu’il siégeait au tribunal : « Ne te mêle pas de l’affaire de ce juste : j’ai beaucoup souffert en songe à cause de lui » ?
Sa femme ou sa conscience : « il savait en effet que c’était par jalousie qu’on avait livré Jésus » (cf. Mt 27, 18-25).

La mission de Pilate en tant que gouverneur romain était de maintenir l’ordre et d’éviter à tout prix toute insurrection. Quitte à « faire un exemple ». Cela nous choque mais chacun apprenait ce que nous sommes tous, qu’on le veuille ou non : un exemple pour les autres, un exemple à suivre ou à ne pas imiter. Nous avons perdu cette notion, la conscience d’être chacun un exemple pour les autres.
Posez-vous la question, parmi vos proches et vos amis : quels sont ceux qui sont, pour vous, des exemples à suivre ? Vous en trouverez peu qui le soient en tous points, parfaits comme notre Père céleste est parfait. On ne dit plus ‘exemplaire’, on dit : ‘inspirant’.

Quel fut le tort de Pilate ? Est-il important de le savoir ? Est-ce qu’on peut apprendre des erreurs des autres ? Pourquoi la Bible accorde-t-elle une telle place aux péchés des hommes et contient-elle autant de récits si détaillés de nos fautes ? Pourquoi les évangiles insistent-ils autant sur les oppositions à Jésus et sur les défaillances des disciples ?
Comparez avec les textes sacrés des autres religions : ce « parler-vrai » est un fait religieux unique, sans équivalent. « Ce « parler-vrai » est le seul moyen de démasquer et de désamorcer la violence qui habite tous les hommes » (David-Marc d’Hamonville, Père Abbé d’En-Calcat, ‘Marc, l’histoire d’un choc’, Cerf, p. 333).

Est-ce qu’on peut apprendre des erreurs des autres ? Evidemment ! m’a répondu une amie. « C’est même comme ça qu’on fait pour l’éducation des enfants ! On s’ajuste en permanence en voyant les erreurs des autres parents ».

Souvenez-vous du roi David quand il commit l’adultère et le meurtre. Le Seigneur lui envoya un prophète lui raconter une histoire de vol, d’un riche qui vole un pauvre, pour que David prenne conscience de la gravité de son acte. Cet homme c’est toi !

Pilate c’est nous, quand nous préférons la tranquillité à la justice.

Pilate c’est nous, quand nous considérons comme un droit de supprimer une vie jusque dans le sein de sa mère. Le grand prêtre Caïphe l’avait dit avant même de se rapprocher de Pilate : « il vaut mieux qu’une seule personne meure pour tout le peuple » (cf. Jn 11, 50).

Pilate c’est nous quand nous ne prenons pas au sérieux l’innocence.
Pilate c’est nous quand nous nous réfugions derrière les règlements.
Pilate c’est nous quand nous nous défaussons de nos responsabilités.

Ce dernier péché est peut-être le premier, l’attitude et le tort du premier homme qui répondit : Ce n’est pas moi. « C’est la femme, c’est elle qui m’a donné du fruit de l’arbre ». Et la femme de son côté : « C’est le serpent qui m’a trompée » (cf. Gn 3, 12-13). Pour Pilate non plus, ce n’est pas lui. C’est la foule. C’est les Juifs. C’est les prêtres. C’est le système.

Cela n’a pas changé. Le système est le nom donné à l’univers dans lequel nous vivons : le système solaire. Il n’en désigne pourtant qu’une partie car le Christ-Roi de l’Univers n’est d’aucun système. Fils d’homme, dit la 1ère lecture, à qui « fut donné domination, gloire et royauté » (Dn 7, 14), il est le Fils de Dieu et il règne à la droite du Père, dans le Royaume où chacun se sait responsable de ses actes et de ses frères : le contraire d’un système.

« Rien de nouveau sous le soleil » dit l’Ecclésiaste (Qohélet 1, 9), parce que le Christ n’est pas sous le soleil : il est venu faire toutes choses nouvelles, séparer définitivement la lumière des ténèbres. Dans un système, personne n’est responsable. Pour entrer dans le Royaume, nous serons jugés sur l’amour.

Voilà quelques différences entre le Royaume et le système : avant tout le Christ, « l’Alpha et l’Oméga, Celui qui est, qui était et qui vient, le Souverain de l’univers » (2ème lecture, Ap 1, 8). Dans le Royaume, chacun est un exemple pour les autres. Chacun se reconnaît responsable de ses frères. Et tous nous suivons un seul modèle, un seul chemin, un seul Seigneur, le Christ ! L’adorer, adorer le Christ, c’est rendre témoignage à la vérité.

Père Christian Lancrey-Javal, curé

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