Messe de Noël - 24 et 25 décembre 2021

Lc 2, 1-14

 

Avant le Covid, du temps où on pouvait faire la fête, quinze jours avant Noël et pour s’y préparer, le 3ème dimanche de l’Avent étant le dimanche de la joie où le prêtre est habillé en rose, avec une chasuble et des ornements roses, je proposais aux paroissiens de venir à la messe avec un vêtement rose, je mettais dans la crèche des bougies parfumées à la rose et je faisais le rite de l’aspersion au début de la messe avec de l’eau de rose, parfumée à la rose, c’était génial !
On se serait cru à l’onction à Béthanie quand Marie verse un parfum sur les pieds de Jésus et « la maison fut remplie de l’odeur du parfum » (Jn 12, 3).
Judas proteste : traître et rabat-joie. C’est ainsi que la Passion de Jésus a débuté, à Béthanie qui veut dire maison de la tristesse, différent de Bethléem maison du pain, délicieuse odeur du pain ! et au matin de Pâques, les saintes femmes sont allées au tombeau avec les aromates, les huiles parfumées … Jésus était ressuscité !

J’ai de l’encens à la rose mais nous sommes trop nombreux dans cette église pour déposer Jésus dans la crèche dans une nuée odoriférante, digne du grand mystère de la Nativité, pour qu’une odeur de sainteté emplisse nos narines et nos cœurs.
Rappelez-vous les phénomènes survenus au long des âges, lors d’apparitions de saint Padre Pio, à la violette, ou bien quand l’âme de sainte Rita a quitté son couvent, ou encore les roses de Notre-Dame de Guadalupe en plein hiver, saint Jean Diego, libre dans sa tête ! les pluies de grâces et de roses de sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus.

L’odorat est un des premiers sens que nous développons dans le ventre de notre mère. En premier le toucher, autour de la bouche, vers la 7ème semaine de grossesse : Jésus conçu du Saint-Esprit le 25 mars, cela veut dire en mai : il embrasse Marie.
Marie, comme toutes les mamans, se rend compte rapidement que son bébé vibre quand elle pose la main sur son ventre pour caresser son enfant.
Avant, à partir de la 8ème semaine, l’odorat est apparu, avec les récepteurs des odeurs et la zone du cerveau qui reçoit l’information, les cellules nerveuses qui permettent d’analyser ces sensations.
Les narines du bébé ne s’ouvrent qu’au 4ème mois de grossesse : le 15 août pour Jésus. Le liquide amniotique circule alors dans le nez du bébé, et le 7ème mois, octobre, le mois du rosaire ! Jésus en Marie fait ses premières expériences olfactives qui vont influencer toute sa vie, qui viennent de l’alimentation de sa mère en passant dans le sang, le placenta, le liquide amniotique : Jésus a senti l’ail, le cumin, la figue, le fenouil, – pas le pastis, ni l’arak ni l’ouzo, ni thé ni café.

A la naissance, l’odorat du bébé est au taquet, sa sensibilité aux odeurs augmente d’heure en heure : le bébé reconnaît les odeurs du cou et des seins de sa mère. Il la reconnaît « entre toutes les femmes » ! Le lait, son lait, a l’odeur de l’amour et de la vie.

Joseph a pris Jésus dans ses bras : il l’a blotti contre son cou. Ils se sont sentis tendrement. Marie a emmaillotté Jésus dans un linge frais : rappelez-vous la Transfiguration, ce blanc que personne ne peut obtenir sur terre. Marie a couché Jésus sur la paille de la mangeoire : l’odeur l’accompagnera toute sa vie, chaque moisson le ramènera en ce jour béni, – l’odeur de la paille, la promesse de la vie ! Si le grain de blé ne meurt, il reste seul, mais s’il meurt il porte beaucoup de fruit. Priez le maître de la moisson d’envoyer des ouvriers pour la moisson.

C’est le moment mes amis de nous souvenir des odeurs de notre enfance, de la nuit et des repas de Noël, du sapin, du feu, des odeurs de la fête. « Les sons et les parfums tournent dans l’air du soir, valse mélancolique et langoureux vertige ! ». Ce poème de Baudelaire, Harmonie du soir, se termine par cette note prodigieuse :

« Un cœur tendre, qui hait le néant vaste et noir,
Du passé lumineux recueille tout vestige !
Le soleil s’est noyé dans son sang qui se fige…
Ton souvenir en moi luit comme un ostensoir ! ».

Ton souvenir en moi Seigneur resplendit comme ton Corps-Hostie, espérance de Vie au-delà de toute nostalgie ! Au Ciel, le chant des Anges sera celui de la nuit de Noël. Il y aura pour beaucoup d’entre vous une caresse de consolation de la Vierge Marie : oui, qu’elle vienne sécher vos larmes, apaiser votre peine. Nous aurons la synthèse de toutes les bonnes odeurs de notre vie : la Tradition ne dit-elle pas de la manne au désert qu’elle avait pour chacun le goût qu’il aimait ? Nous ressusciterons âme et corps, et nos sens seront – sublimés. Quand nous verrons le visage du Bien-Aimé.

Voilà le bonheur de Noël dans notre monde désemparé, saturé de technicités : hommage aux ingénieurs, aux chercheurs, aux inventeurs, hommage aux constructeurs, grâce à qui nous pouvons transmettre les sons, téléphoner. Transmettre les images, par internet ou la télévision. Et même en 3D en trois dimensions : peut-être qu’à l’avenir je viendrai pour Noël chez vous dire la messe en hologramme ! Est-ce que vous pourrez communier ? Ou plutôt à quoi ou à qui pourrez-vous communier ? Est-ce que vous pourrez toucher Jésus et vous laisser toucher, par l’enfant de la crèche, le Fils de Dieu, le Ressuscité ?

Mets ta main dans mon côté, ne sois pas incrédule, mais croyant !

Le Christ à Pâques a demandé aux disciples quelque chose à manger. Qu’est-ce qui fait qu’ils ont été bouleversés ? Il suffit d’écouter le Prologue de la 1ère Lettre de saint Jean :

« Ce qui était depuis le commencement,
ce que nous avons entendu,
ce que nous avons vu de nos yeux,
ce que nous avons contemplé et que nos mains ont touché du Verbe de vie,
nous vous l’annonçons.
Oui, la vie s’est manifestée !
La vie éternelle qui était auprès du Père.
Ce que nous avons vu et entendu,
nous vous l’annonçons pour que vous soyez en communion avec nous.
Nous sommes en communion avec le Père et avec son Fils, Jésus Christ.
Et nous vous l’annonçons pour que votre joie soit parfaite » (cf. 1 Jn 1-4).

Jésus venu, la joie parfaite.

Père Christian Lancrey-Javal, curé

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